Harvey Weinstein accusé de viol et d’agression sexuelle

Plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui, le producteur Harvey Weinstein s’est livré vers 7 h 30 à la police, dans un commissariat du sud de Manhattan.
Photo: Andres Kudacki Associated Press Plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui, le producteur Harvey Weinstein s’est livré vers 7 h 30 à la police, dans un commissariat du sud de Manhattan.

Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein, accusé par des dizaines de femmes d’inconduites sexuelles, a été inculpé vendredi à New York pour un viol commis en 2013 et une fellation forcée en 2004, une première saluée par plusieurs figures de proue du mouvement #MeToo.

Plus de sept mois après les premières accusations portées contre lui, M. Weinstein, 66 ans, en veste bleu marine sur un pull bleu et une chemise claire, s’est livré vers 7 h 30 à la police, dans un commissariat du sud de Manhattan. Il avait sous le bras trois livres, dont une biographie du cinéaste Elia Kazan.

L’ex-producteur multioscarisé, accusé d’inconduites sexuelles par une centaine de femmes, y est resté une heure et demie, le temps notamment que sa photo soit prise et que ses empreintes digitales soient relevées.

Il est ressorti les mains dans le dos, menotté, ignorant les questions lancées par la foule de journalistes qui l’attendaient, avant d’être emmené au tribunal de Manhattan, où l’attendait une salle pleine à craquer.

Lors d’une audience éclair, le juge a confirmé les conditions de sa remise en liberté, négociées à l’avance avec son avocat : une caution d’un million de dollars en comptant, le port d’un bracelet électronique et la remise de son passeport aux autorités. Ses déplacements sont limités aux États de New York et du Connecticut.

Le producteur, qui avait disparu de la circulation depuis les premières accusations contre lui, n’a fait aucune déclaration lors de cette nouvelle étape dans sa déchéance.

Habitué des tapis rouges, il a été longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original, incarné notamment par le réalisateur Quentin Tarantino.

De nombreuses accusations

Son avocat Ben Brafman, un ténor du Barreau new-yorkais qui avait obtenu en 2011 l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel, a déclaré qu’il allait « agir très vite pour faire abandonner les poursuites ».

« Nous pensons que [les accusations] ne sont pas étayées par des preuves » et que M. Weinstein « sera exonéré », a-t-il ajouté. La prochaine audience a été fixée au 30 juillet.

Le bureau du procureur de Manhattan a précisé que l’accusation pour viol concernait des faits remontant au 18 mars 2013, à une adresse abritant un hôtel dans le quartier de Midtown. L’identité de la victime n’a pas été précisée. Il s’agirait d’une nouvelle accusation, non publiée jusqu’ici.

L’accusation de 2004 semble, elle, correspondre aux allégations de Lucia Evans, mais le procureur ne l’a pas confirmé.

Elle avait déjà publiquement accusé Harvey Weinstein de l’avoir forcée à lui faire une fellation au siège de sa société de production Miramax.

Depuis la publication des premières révélations sur lui début octobre, Harvey Weinstein a été accusé par une centaine d’actrices — dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Asia Argento —, de mannequins et d’ex-employées d’inconduites sexuelles, allant du harcèlement au viol.

Au fil des enquêtes du New York Times et du New Yorker, récompensées par le prix Pulitzer, il est apparu que Weinstein avait usé de son pouvoir, pendant près de 40 ans, pour obliger ces femmes à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de certaines victimes par des accords de confidentialité.

Il s’est avéré aussi que beaucoup de gens étaient au courant de son comportement, mais avaient préféré se taire, souvent par peur de voir leur carrière ruinée par le tout-puissant producteur.

Les révélations ont eu l’effet d’une bombe. Des centaines de femmes, sous le mot-clic #MeToo, se sont mises à témoigner sur des agressions sexuelles qu’elles avaient tues depuis des années. Le mouvement a fait chuter des dizaines d’hommes de pouvoir dans des secteurs aussi divers que le cinéma, les médias, la mode, la gastronomie ou la musique.

Une bataille judiciaire loin d’être gagnée

L’arrestation du producteur survient alors que le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, était soupçonné de reculer devant une bataille judiciaire dont beaucoup d’avocats soulignent qu’elle est loin d’être gagnée pour l’accusation. D’autant que Ben Brafman passe pour un redoutable adversaire.

« L’inculpation d’aujourd’hui marque une avancée importante dans une enquête toujours en cours », a sobrement déclaré le procureur Vance vendredi dans un communiqué, remerciant « les victimes courageuses qui sont sorties du silence ».

Cette inculpation survient après de nouvelles informations selon lesquelles Harvey Weinstein ferait également l’objet d’une enquête au niveau fédéral, qui pourrait avoir poussé Vance à agir.

Si une condamnation est loin d’être acquise, plusieurs figures du mouvement #MeToo ont applaudi aux images d’un Weinstein menotté.

« Je suis sous le choc », a déclaré sur la chaîne ABC l’ex-actrice Rose McGowan. « Je dois avouer que je ne pensais pas le voir un jour menotté. »

Dès l’annonce de son arrestation jeudi, celle qui dit avoir été violée par Weinstein au Festival de Sundance en 1997 avait salué son inculpation imminente comme « un pas de plus vers la justice ».

« C’est super cathartique pour beaucoup de victimes », avait aussi déclaré jeudi Tarana Burke, fondatrice du #MeToo. « Nous assistons peut-être à un changement dans la façon dont les affaires de violences sexuelles sont traitées. »