Encore des morts et des larmes

Une étudiante de l’école de Santa Fe, où a eu lieu la fusillade, est réconfortée par sa mère, qui s’était précipitée à l’école en apprenant ce qui s’y passait.
Photo: Stuart Villanueva/The Galveston County Daily News/AP Une étudiante de l’école de Santa Fe, où a eu lieu la fusillade, est réconfortée par sa mère, qui s’était précipitée à l’école en apprenant ce qui s’y passait.

Tragiquement, les fusillades se suivent et se ressemblent dans les écoles américaines. Vendredi, c’était au tour d’une école secondaire de Santa Fe, au Texas, d’être au coeur d’un drame alors qu’un adolescent de 17 ans a tué dix personnes et en a blessé dix autres.

Le triste événement avait des airs de déjà-vu, trois mois après la tuerie à l’école Marjory Stoneman Douglas, à Parkland en Floride, qui a coûté la vie à dix-sept étudiants. Des images semblables d’adolescents en larmes, se serrant dans leurs bras à la recherche de réconfort, ont circulé vendredi.

Si ce nouveau drame a surpris un résident de cette municipalité de 13 000 âmes, au sud-est de Houston, qui a confié au New York Times ne jamais avoir pensé « que quelque chose comme ça pourrait arriver ici », il n’a aucunement étonné une jeune survivante du drame.

« C’est arrivé partout, j’ai toujours eu le pressentiment que ça finirait par arriver ici aussi », a-t-elle déclaré, un trémolo dans la voix, à un reporter.

Son témoignage émouvant, devenu viral, illustre à quel point l’inconcevable se répète depuis des années. La fusillade de Sante Fe est la 22e à se produire dans une école au sud de la frontière en 2018.

Elle suscite d’autant plus l’incompréhension qu’elle est perpétrée quelques semaines après une mobilisation sans précédent pour un meilleur contrôle des armes à feu, menée par les survivants de Parkland.

Aucune mesure législative à cet effet n’a été adoptée depuis, et le statu quo risque de demeurer, prévient le chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Rafael Jacob.

Peu après 8 h vendredi, alors que les cours venaient de commencer, le tireur a ouvert le feu sur ses camarades de classe avec des armes appartenant à son père. « La majorité [des morts] sont probablement des élèves », a indiqué le shérif Ed Gonzalez.

Au moment d’écrire ces lignes, l’identité des victimes n’avait pas encore été révélée. Un policier figure au rang des blessés. Son état était critique vendredi soir.

Le tireur a aussi laissé des explosifs dans une maison et un véhicule, a prévenu le gouverneur du Texas, Greg Abbott. « L’une des raisons pour lesquelles nous sommes préoccupés par les explosifs est le fait que nous en avons détecté différents types », a-t-il détaillé en conférence de presse. Le shérif Gonzalez avait déjà indiqué que des équipes d’artificiers étaient sur place.

Le suspect, Dimitrios Pagourtzis, avait l’intention de se suicider après avoir commis ses crimes. Il s’est finalement rendu aux policiers.

Le pistolet et le fusil employés appartiennent à son père, qui les possédait légalement. On ignore si ce dernier était au courant.

Selon CNN, Dimitrios Pagourtzis a comparu brièvement devant un juge en soirée. Il fait face à des accusations de meurtres et d’assaut envers un membre des forces de l’ordre.

Deux autres personnes ont également été interrogées, a indiqué M. Abbott.

« Né pour tuer »

Le profil du tueur se dessinait lentement vendredi soir. Selon les autorités, il avait publié sur les réseaux sociaux une photo d’un t-shirt portant l’inscription « Born to kill » (« Né pour tuer »), ainsi que la photo d’un long manteau sur lequel étaient accrochés des emblèmes communistes et suprémacistes blancs.

La police n’a pas détecté de signaux d’alarme. Le suspect n’avait pas de casier judiciaire et n’avait jamais eu de problème avec les forces de l’ordre.

Le président américain, Donald Trump, a rapidement dénoncé « une attaque horrible ». Il a assuré que son gouvernement ferait « tout en son pouvoir pour protéger nos élèves, renforcer la sécurité de nos écoles et garder les armes hors des mains de ceux qui sont une menace envers eux-mêmes et les autres ».

Le vice-président Mike Pence en a personnellement pris l’engagement. « Je vous fais une promesse : nous ne nous reposerons pas, nous n’abandonnerons pas », a-t-il martelé dans le cadre d’un événement politique en Indiana.

La Maison-Blanche n’a pas détaillé la façon dont elle compte tenir cette promesse.

Les élèves survivants de Parkland, qui ont déclenché un mouvement national pour un meilleur contrôle des armes à feu, baptisé March For Our Lives, ont exprimé leur solidarité vendredi, tout en réclamant à nouveau des actions politiques. « Nous envoyons tout notre amour aux familles affectées ainsi qu’à l’ensemble de la communauté. […] De telles tragédies vont continuer à se produire si aucune mesure n’est prise », ont-ils publié sur le compte Twitter du mouvement.

Rappelons qu’à leur initiative, 1 million de personnes sont descendues dans les rues de Washington et d’autres grandes villes américaines le 24 mars pour réclamer des resserrements législatifs.

Devenue la figure de proue de ce mouvement, la jeune Emma Gonzáles s’en est prise à l’inaction des dirigeants politiques. « Étudiants de Santa Fe, vous ne méritiez pas ça. […] Vous méritez mieux que des pensées et des prières », a-t-elle déclaré sur Twitter.

Statu quo

La chef démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a réclamé un vote au Congrès. « Le Congrès doit montrer autant de courage que ces élèves, en agissant maintenant pour s’assurer qu’aucune autre communauté ou famille n’endure l’horreur inimaginable de la violence causée par les armes à feu. »

La tenue d’un tel vote est « impensable à court terme », explique Rafael Jacob, et ce, parce que les républicains sont majoritaires.

« La seule possibilité de changement à moyen terme serait au lendemain des élections de mi-mandat, si les démocrates prenaient le contrôle des deux chambres », avance le chercheur très prudemment. Et même dans ce contexte, leur caucus resterait divisé.

La mobilisation lancée par les étudiants a néanmoins eu un impact dans les rangs démocrates. « Je ne suis pas sûr que Nancy Pelosi aurait pris cet engagement s’il n’y avait pas autant de pression de ces activistes, qui font partie de la base de son parti », souligne M. Jacob.

Elle s’est également fait sentir en Floride, où le gouverneur républicain a récemment signé une loi faisant notamment relever l’âge légal pour posséder une arme à feu de 18 à 21 ans.