Les démocrates portent plainte contre la Russie

La plainte vise directement l’équipe de campagne de Donald Trump, dont de hauts responsables comme Paul Manafort.
Photo: Mark Wilson / Getty Images / Agence France-Presse La plainte vise directement l’équipe de campagne de Donald Trump, dont de hauts responsables comme Paul Manafort.

En déposant une poursuite contre l’équipe de Donald Trump, les démocrates s’assurent de garder dans l’actualité le caractère illégitime de la campagne menée par l’actuel président, estiment des experts.

Le Parti démocrate américain a porté plainte vendredi contre de hauts responsables de l’équipe de campagne de Donald Trump, la Russie et WikiLeaks en les accusant d’avoir conspiré pour faire pencher l’élection présidentielle de 2016 en faveur de l’actuel président.

Cette plainte au civil déposée auprès d’une cour fédérale à Manhattan par le comité national démocrate (DNC) accuse la Russie d’avoir informé l’équipe de campagne de M. Trump qu’elle avait mené une cyberattaque contre le DNC, menant ainsi à la révélation d’informations préjudiciables pour la rivale de M. Trump, la démocrate Hillary Clinton.

À quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, difficile de ne pas voir dans cette action un jeu politique, indique Rafael Jacob, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

Décision stratégique

Cette plainte est déposée au moment où M. Trump fait face à une nouvelle tourmente : le FBI a perquisitionné les bureaux de son avocat personnel, Michael Cohen, et l’ex-directeur du FBI James Comey vient de publier un livre dans lequel il affirme que Donald Trump était obsédé par l’enquête sur une ingérence russe.

« Il y a une décision stratégique qui a été prise à l’interne, on peut penser qu’ils tentent de tirer profit des sorties répétées de l’ex-directeur du FBI. En déposant une plainte, ils s’assurent que l’histoire continue à circuler », note M. Jacob.

La plainte des démocrates assure qu’un proche conseiller de M. Trump, Roger Stone, semblait avoir « une connaissance avancée » des projets du groupe WikiLeaks de diffuser une partie de ces informations, participant ainsi à ce que le texte qualifie de vaste complot pour influencer l’élection.

Elle vise directement l’équipe de campagne de Donald Trump — dont de hauts responsables comme Paul Manafort —, son fils Donald Trump Jr., son gendre Jared Kushner, le gouvernement russe (y compris son agence de renseignement militaire) et enfin WikiLeaks et son fondateur, Julian Assange.

« Pendant la campagne présidentielle de 2016, la Russie a lancé une attaque contre notre démocratie, et elle a trouvé dans l’équipe de campagne de Donald Trump un partenaire actif et enthousiaste », a déclaré dans un communiqué le patron du DNC, Tom Perez.

« Ce fut un acte de trahison sans précédent : l’équipe de campagne d’un candidat à la présidence des États-Unis liguée à une puissance étrangère hostile pour multiplier ses chances de remporter la présidence », a-t-il accusé.

Protection

Philippe Fournier, chargé de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), voit dans cette poursuite une tentative des démocrates de se protéger contre une éventuelle dissolution de l’enquête de Robert Mueller.

Le procureur spécial est chargé de déterminer s’il y a eu collusion entre l’équipe de campagne du milliardaire et la Russie lors de la présidentielle de 2016.

« On craint que le président Trump décide de renvoyer le sous-ministre de la Justice [Jeff Sessions] pour le remplacer par quelqu’un qui étoufferait l’enquête. Pour faire face à cette possibilité, les démocrates veulent se protéger en mettant de la pression sur le gouvernement Trump », souligne-t-il.

Les deux experts estiment que la poursuite pourrait demeurer symbolique, mais elle atteint l’objectif des démocrates de « provoquer » le président.

« La dernière chose dont le président Trump veut parler, c’est des allégations contre lui. Ça lui colle à la peau depuis le début de sa présidence et on le sait que ça l’agace », souligne M. Jacob.

Le président américain n’a effectivement pas tardé à souligner à gros traits sur Twitter qu’« il n’y a PAS eu de COLLUSION » entre des responsables de sa campagne et la Russie.

Comey est «louche», dit Trump

Washington — Donald Trump a encore donné libre cours à son exaspération vendredi, après le dévoilement de notes confidentielles de l’ex-chef du FBI qu’il a limogé, montrant le président américain obsédé par l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016. M. Trump a qualifié de « louche » James Comey dans un dernier tweet, après l’avoir déjà traité de « menteur », de « fuyant » ou encore de « raclure ». Le locataire de la Maison-Blanche ne pardonne pas à l’ancien patron policier de l’avoir présenté comme « moralement inapte » à être président des États-Unis, dans un livre sorti cette semaine. Mais la colère présidentielle a été encore avivée par des notes confidentielles de M. Comey dévoilées jeudi soir. Ces documents indiquent à nouveau que Donald Trump s’est plaint à diverses reprises auprès de l’ex-chef du FBI de l’ombre que faisait planer sur sa présidence l’enquête russe.