Mark Zuckerberg s’excuse devant les sénateurs pour le détournement de données de Facebook

Mark Zuckerberg a tenté de se montrer rassurant devant les sénateurs américains quant à la volonté de son entreprise de corriger ses défauts en protégeant davantage les données personnelles fournies par ses clients.
Photo: Andrew Harnik Associated Press Mark Zuckerberg a tenté de se montrer rassurant devant les sénateurs américains quant à la volonté de son entreprise de corriger ses défauts en protégeant davantage les données personnelles fournies par ses clients.

Un coup de tonnerre n’aurait pas eu plus d’effet sur le Capitole.

Mark Zuckerberg répondait mardi après-midi à Washington aux questions des sénateurs américains depuis une heure et demie quand Richard Durbin, le représentant démocrate de l’Illinois, lui a carrément demandé s’il accepterait de révéler dans quel hôtel il avait passé la nuit. Le président fondateur de Facebook a répondu « non », après une légère hésitation.

« Alors pouvez-vous fournir les noms des personnes avec lesquelles vous avez été en contact depuis une semaine ? » a renchéri l’élu. M. Zuckerberg a encore refusé.

« Voilà exactement la raison de notre rencontre : le droit à la vie privé, les limites de ce droit et ce qui en reste dans l’Amérique moderne au nom de l’interconnexion des gens dans le monde, a conclu M. Durbin. La question revient à savoir quelles informations collecte Facebook, à qui elles sont envoyées et si on nous demande à l’avance la permission de faire tout ça. »

Comme dans ses réponses aux autres sénateurs, M. Zuckerberg a tenté de se montrer rassurant quant à la volonté de son entreprise de corriger ses défauts en protégeant davantage les données personnelles fournies par ses clients.

Cet échange concentre les quelque 300 minutes de comparution marathon qu’a passées le président de Facebook sur le gril. Pas moins de 44 sénateurs assistaient à la rencontre, presque la moitié des membres de la chambre haute. Chacun a pu interroger le témoin, pour au moins 200 questions au total.

Beaucoup d’entre eux témoignaient d’un assez fort scepticisme face à la capacité ou même la volonté réelle de Facebook de protéger les informations de ses utilisateurs.

Le sénateur démocrate Gary Peters, du Michigan, a résumé le problème très simplement au bout de trois heures et demie de témoignage en déclarant : « Je crois que beaucoup d’Américains perdent la confiance en Facebook. »


Revoyez les meilleurs moments du témoignage de Mark Zuckerberg
 

 

Avec Mueller

Le fondateur du réseau social témoignera devant des représentants du Congrès mercredi. Cette exceptionnelle double sortie fait suite au détournement des données de quelque 87 millions d’utilisateurs à des fins politiques par la firme britannique Cambridge Analytica.

« J’ai lancé Facebook, je le dirige et je suis responsable de ce qui?arrive », a dit d’entrée de jeu Mark Zuckerberg, jeune entrepreneur de 33 ans à la tête du plus grand réseau social en ligne du monde. « Nous avons fait beaucoup d’erreurs en gérant cette compagnie. »

« C’était mon erreur et je suis désolé », a-t-il ajouté à propos de la propagation de fausses nouvelles.

Il a promis d’investir beaucoup de ressources et d’effort pour s’assurer que Facebook ne sera pas utilisé pour intervenir dans les élections aux États-Unis et ailleurs.

M. Zuckerberg a d’ailleurs annoncé que son entreprise collabore avec l’enquêteur Robert Mueller, chargé d’enquêter sur l’ingérence russe dans les présidentielles américaines de 2016. Des employés de Facebook ont été interrogés par l’équipe d’enquête fédérale.

« Un de mes grands regrets à la tête de cette compagnie, c’est que nous avons été lents à identifier les opérations russes de contrôle d’information », a dit Zuckerberg. Il a ajouté que la compagnie employait maintenant l’intelligence artificielle pour surveiller et bloquer ces interférences.

Un  « nerd  asocial »

Réputé arrogant et froid, celui que certains chroniqueurs américains décrivent comme un « nerd asocial » était très bien préparé et aussi clair que possible, y compris sur les questions techniques.

M. Zuckerberg a tout de même été obligé de promettre à plusieurs reprises que son « équipe » fournirait plus tard, après vérifications, certaines informations précises demandées par ses questionneurs.

Plusieurs élus ont dit être sceptiques devant les remords et les promesses de corrections de M. Zuckerberg. Plusieurs ont évoqué la possibilité de faire adopter des lois pour garantir que les informations privées le demeurent. Le porte-parole du géant numérique a semblé ouvert à cette éventualité.

Le fait que Cambridge Analytica ait pu avoir accès à des informations privées sur des dizaines de millions de personnes a visiblement troublé les sénateurs.

M. Zuckerberg a d’ailleurs annoncé que cette firme a encore des données glanées sur Facebook alors qu’elle avait affirmé les avoir détruites en 2015.

La compagnie britannique a réagi immédiatement. Elle s’est défendue sur son compte Twitter d’avoir volé des données et d’avoir contrevenu à une loi pour les obtenir. Cambridge a acheté les données à un chercheur pour quelques dizaines de milliers de dollars.

La compagnie de marketing politique dit aussi que les données obtenues de cette manière ont été détruites et qu’une enquête, déjà déclenchée, allait le prouver.

1 commentaire
  • François St-Pierre - Abonné 11 avril 2018 07 h 46

    Quand on cherche des poux

    Au fond, M. Zuckerberg a simplement été assez astucieux pour gagner beaucoup de fric avec ce que les gens divulguaient sans réserve sur le réseau qu'il a fondé. Il bâti une maison de verre et tout le monde s'y est précipité, laissant le jugement à la porte.