Donald Trump congédie son secrétaire d’État, Rex Tillerson

Rex Tillerson a appris qu’il était démis de ses fonctions de secrétaire d’État à la lecture d’un tweet de Donald Trump lundi matin.<br />
 
Photo: Jonathan Ernst Agence France-Presse Rex Tillerson a appris qu’il était démis de ses fonctions de secrétaire d’État à la lecture d’un tweet de Donald Trump lundi matin.
 

Changement à la tête de la diplomatie américaine : le président américain, Donald Trump, a annoncé mardi le congédiement de Rex Tillerson, remplacé au poste de secrétaire d’État par le directeur de la CIA, Mike Pompeo.

Après des mois de rumeurs sur un départ mille fois donné comme imminent, le sort de l’ancien homme fort de la pétrolière ExxonMobil, qui peinait à trouver sa place à Washington et entretenait des relations difficiles avec le locataire de la Maison-Blanche, a été scellé.

« Mike Pompeo, le directeur de la CIA, deviendra notre nouveau secrétaire d’État. Il fera un travail fantastique ! Merci à Rex Tillerson pour ses services ! » a lancé M. Trump sur Twitter.

Moins de 14 mois après sa prise de fonction, le président septuagénaire a par ailleurs annoncé que Gina Haspel deviendra la nouvelle directrice de la CIA, la première femme choisie à ce poste. Elle a un passé sulfureux pour avoir participé au programme de torture de la CIA après le 11-Septembre.

Dossiers chauds

La Maison-Blanche a mis en avant la volonté du président d’avoir une nouvelle équipe au moment d’aborder des négociations historiques avec la Corée du Nord. Ce dernier a accepté la semaine dernière l’invitation du dirigeant Kim Jong-un à une rencontre d’ici fin mai, afin notamment de discuter de dénucléarisation.

Ironie suprême : début octobre, l’impétueux président avait, fait rare, publiquement rabroué son secrétaire d’État pour avoir évoqué l’existence de canaux de communication visant à sonder les intentions de la Corée du Nord. « Il perd son temps à négocier, avait-il écrit sur Twitter. Conserve ton énergie, Rex, nous ferons ce que nous devons faire. »

Interrogé sur les raisons de ce limogeage, le président a parlé de désaccords de fond, en particulier sur le dossier nucléaire iranien. « Nous nous entendions bien, mais nous avions des désaccords », a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison-Blanche, en partance pour la Californie. « Quand vous regardez l’accord sur le nucléaire iranien : je pensais qu’il était horrible, il pensait qu’il était passable. »

« Je pense que Rex sera désormais beaucoup plus heureux », a-t-il ajouté dans une surprenante formule.

« Trumpland »

Signe des tensions et des dysfonctionnements au sein d’un gouvernement marqué par des départs et des congédiements en cascade, le président n’a pas prévenu le chef de la diplomatie de sa décision annoncée sur Twitter.

« Le secrétaire d’État n’a pas parlé avec le président ce matin et il ignore les raisons » de son limogeage, a déclaré Steve Goldstein, haut responsable de la diplomatie américaine, précisant que M. Tillerson aurait souhaité poursuivre sa tâche « en raison des progrès tangibles enregistrés sur plusieurs sujets de sécurité nationale ».

Quelques minutes plus tard, M. Goldstein était limogé à son tour, la Maison-Blanche n’ayant pas apprécié son intervention. « J’ai hâte de me reposer », adéclaré à l’AFP le sous-secrétaire d’État en commentant son propre départ.

Par contraste, Donald Trump a couvert d’éloges celui qu’il a choisi pour diriger la diplomatie au moment où le monde entier s’interroge sur la façon dont il abordera son tête-à-tête avec le leader nord-coréen. « Je travaille avec Mike Pompeo depuis un moment », a souligné le président américain, louant son « énergie formidable » et sa « grande intelligence ».

Aaron David Miller, ancien diplomate spécialiste du Proche-Orient, ne cachait pas sa stupeur. « Ayant travaillé avec une demi-douzaine de secrétaires d’État, je pensais avoir presque tout vu en matière d’intrigues bureaucratiques et de soap operas politiques », a-t-il écrit dans une tribune publiée sur le site de la chaîne américaine CNN.

« Ma foi, bienvenue dans Trumpland », a-t-il ajouté, commentant ce limogeage « sans précédent » et « humiliant » par réseaux sociaux interposés.

Mike Pompeo nommé secrétaire d’État

Mike Pompeo est un ancien militaire devenu chef de la CIA et l’un des conseillers les plus écoutés du président américain, mais dont les talents diplomatiques restent un mystère. « Nous avons la même façon de penser […] il y a eu des atomes crochus depuis le début », a dit M. Trump pour expliquer sa décision. Mike Pompeo apportait chaque matin au président les comptes rendus compilés par les agences de renseignement sous forme de graphiques, connaissant son aversion pour la lecture de longs rapports.

Considéré comme un « faucon », il a adopté depuis sa nomination fin janvier 2017 le ton agressif et parfois guerrier prisé par son chef en promettant une CIA plus « brutale », notamment face à l’Iran et à la Corée du Nord.

À 54 ans, Mike Pompeo a fondé une société d’ingénierie dans le Kansas avant de se lancer dans la politique en 2010. C’est principalement grâce à l’âpre combat mené par les républicains contre Hillary Clinton dans l’enquête sur l’attentat de Benghazi, qui a coûté la vie à l’ambassadeur des États-Unis en Libye en 2012, que l’élu est passé de l’ombre à la lumière.

Gina Haspel, 61 ans, est la première femme nommée à la tête de la CIA, mais le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés pourrait compliquer sa tâche. Espionne très expérimentée, elle a rejoint l’agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000, avant d’être nommée l’année dernière numéro 2 de la CIA par Mike Pompeo. Mais sa confirmation par le Sénat pourrait se révéler difficile.

L’influent sénateur républicain John McCain a prévenu qu’elle devrait s’expliquer sur « la nature et l’étendue de sa participation au programme d’interrogatoires de la CIA pendant le processus de confirmation » et s’engager à respecter les nouvelles lois qui interdisent l’usage de la torture dans les centres de détention américains.

Mme Haspel avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA, mais avait été remplacée après quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place de prisons secrètes à l’étranger après les attentats du 11-Septembre.

Une femme accusée de torture à la tête de la CIA

Gina Haspel, est la première femme nommée mardi à la tête de la CIA, mais le rôle de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes où des détenus étaient torturés, pourrait compliquer sa tâche pour diriger l’une des plus grandes agences de renseignement du monde.

Mme Haspel, 61 ans, est une espionne très expérimentée dans les opérations clandestines. Elle a rejoint l’agence en 1985 et a servi dans plusieurs endroits du monde, notamment à Londres à la fin des années 2000.

Trois anciens directeurs de la CIA et d’autres responsables, dont James Clapper, ancien directeur du renseignement américain, avaient apporté leur soutien à Mme Haspel. En revanche, deux sénateurs démocrates avaient fait part de leurs réserves sur sa nomination dans une lettre au président Donald Trump.

Elle avait été nommée en 2013 à la tête du Service national clandestin de la CIA, mais avait été remplacée après seulement quelques semaines, apparemment en raison de doutes sur sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l’étranger où des méthodes comme la simulation de noyade, assimilée à de la torture, étaient employées pour interroger les suspects.