Église et armes semi-automatiques: cocktail détonant en Pennsylvanie

L'Église du sanctuaire prône une religion faite d’armes et de prières.
Photo: Jacqueline Larma Associated Press L'Église du sanctuaire prône une religion faite d’armes et de prières.

Des dizaines de personnes qui se font bénir dans une église, la main serrée sur leur arme semi-automatique : l’image est insolite, mais elle illustre à sa manière le fossé aux États-Unis entre défenseurs de la liberté de s’armer, et partisans d’un contrôle plus strict.

La scène se passe dans une église de Newfoundland, un bourg d’une région rurale de Pennsylvanie, dans l’est du pays, qui a voté pour Donald Trump à 68 % en 2016.

Pas n’importe quelle église : l’Église du sanctuaire, une émanation de l’Église de l’unification, plus connue sous le nom de secte Moon, dirigée par Hyung Jin Moon, fils cadet du Révérend Moon, décédé en 2012.

Homophobe et proche de la droite dure, selon le Southern Poverty Law Center qui suit les groupes extrémistes, Hyung Jin Moon prône une religion faite d’armes et de prières : il arrive à la célébration accompagné de trois hommes armés en treillis et anime régulièrement sur YouTube une émission, suivie par quelque 2000 abonnés, avec un AR-15 placé devant lui.

Photo: Don Emmert Agence France-Presse Hyung Jin Moon

Samedi, il organisait un dîner de « remerciement au président Trump », aux bénéfices destinés à une association américaine de propriétaires d’armes, la Gun Owners Foundation.

On est loin des foules que connaissait Moon à son apogée des années 1970. Les dimanches, l’Église du Sanctuaire rassemble quelque 200 participants, plus un nombre non précisé de fidèles, en Corée ou au Japon notamment, qui suivent les cérémonies via Internet, selon un de ses responsables, Tim Elder.

Mercredi, l’Église organisait une cérémonie de mariage collectif comme Moon père les affectionnait. Mais, nouveauté, son fils avait encouragé les participants – environ 500 personnes – à montrer leur volonté de défendre leur famille et leur religion en apportant une arme semi-automatique de type AR-15 – chargeur vidé et verrouillé pour éviter tout incident.

Église ou milice ?

La cérémonie, prévue depuis longtemps, tombait le jour où les lycéens de Parkland, en Floride, retournaient à l’école, 15 jours après qu’un ex-élève muni d’un AR-15 eut tué 17 personnes.

Photo: Jacqueline Larma Associated Press

Avec son culte des armes, l’Église du sanctuaire a parfois des airs de milice armée.

La célébration, parfaitement légale, aurait pu passer inaperçue. Mais au vu du débat sur les armes rouvert par la tragédie, une école primaire voisine a fermé pour la journée. Une dizaine de personnes manifestaient devant l’église, brandissant des pancartes disant : « Adorez Dieu, pas les armes », ou « Dieu ne bénit pas les armes ». Et plusieurs caméras de télévision couvraient l’événement.

Aussi marginale que soit cette congrégation, beaucoup de ses fidèles pensent, comme beaucoup d’Américains, que ces drames ne justifient pas l’adoption de lois plus strictes.

« Malheureusement, dans la majeure partie du monde, les gens semblent penser que les seules personnes qui devraient avoir des armes sont celles qui nous gouvernent », explique Andrew Kessler, un avocat venu avec un AR-15 acheté il y a quelques mois.

« Je ne crois pas qu’il a été prouvé que s’il y a moins d’armes, il y aura moins de violence », dit-il.

Chasseur de longue date, c’est dans cette église, qui a érigé les armes en symbole de la « souveraineté » de ses fidèles, que M. Kessler dit être devenu « plus favorable à la possession d’armes ».

John Paul Harris, venu de la ville voisine de Scranton, porte une casquette de la National Rifle Association. À 68 ans, il est « fier membre à vie » du puissant lobby des armes américain.

« J’espère bien ne jamais avoir à m’en servir sur un être humain », dit-il. « Mais partout dans ce pays où les lois sur les armes sont les plus strictes, la criminalité est au plus haut », avance-t-il.

Avec son culte des armes, l’Église du sanctuaire a parfois des airs de milice armée.

« Par essence, nous croyons en une police de la paix, une milice de la paix », confirme un de ses bénévoles, Kyle Toffey. « C’est juste que nous devons être centrés sur Dieu quand nous sommes armés ».