Plus que jamais, les Américaines se lancent en politique

Lindsay Brown, développeuse Web de 29 ans, espère ravir l’investiture de son parti au député sortant, Leonard Lance.
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Lindsay Brown, développeuse Web de 29 ans, espère ravir l’investiture de son parti au député sortant, Leonard Lance.

Elles sont ex-militaire, développeuse pour le Web, voire auteure de romans : les Américaines n’ont jamais été aussi nombreuses à descendre dans l’arène politique, poussées par l’élection de Donald Trump, à vouloir en finir avec des années de sous-représentation.

« Je suis là-dedans depuis 30 ans et je n’ai jamais rien vu de tel », souligne Patti Russo, directrice d’un institut de l’Université Yale spécialisé dans la formation des femmes briguant des postes électoraux.

Les femmes, qui ne représentent aujourd’hui que 20 % des élus au Congrès, devraient notamment participer en force aux élections de novembre prochain, où les démocrates espèrent reprendre la majorité parlementaire et imposer une cuisante défaite à Donald Trump.

De la grande Marche des femmes organisée au lendemain de l’investiture de Trump au mouvement anti-harcèlement #MeToo, plusieurs facteurs contribuent à pousser les femmes à vouloir prendre plus de place sur la scène politique.

Selon le Centre pour les femmes et la politique de l’Université Rutgers, dans le New Jersey, 437 femmes devraient cette année briguer un poste au Congrès et 51 au Sénat, soit deux fois plus que lors des élections de 2016.

La plupart sont démocrates, scandalisées par la victoire d’un homme dépourvu de toute expérience politique et que plusieurs femmes accusent de harcèlement sexuel. Elles sont furieuses aujourd’hui encore que sa rivale Hillary Clinton ait pu perdre face à Donald Trump.

Beaucoup sont aussi animées par le sentiment que les droits des femmes sont aujourd’hui menacés, et particulièrement sensibles à la remise en cause de la loi sur la couverture médicale pour tous, de la protection de l’environnement ou des restrictions sur les armes à feu.

Plus jeunes

Témoin de la tendance : Emily’s List , une organisation pro-avortement qui milite pour l’élection de femmes démocrates, a dû embaucher et agrandir ses locaux après avoir été contactée par quelque 30 000 femmes souhaitant faire campagne depuis novembre 2016.

Ces femmes prêtes à sortir du rang sont plus jeunes qu’avant : alors qu’il y a une génération celles qui voulaient se présenter étaient typiquement quadragénaires, aujourd’hui l’âge moyen se situe dans la petite trentaine.

Lindsay Brown, développeuse Web de 29 ans, est de celles-là : féministe et républicaine, elle espère ravir l’investiture de son parti au député sortant, vieux routier de la politique du New Jersey, Leonard Lance.

« Ma mère a d’abord été choquée » quand elle a appris qu’elle se présentait, raconte Lindsay Brown depuis la maison où elle vit avec ses deux chiens et ses trois chats. Maintenant, « elle est tout excitée et très fière ».

La bataille s’annonce pourtant difficile : pour l’instant, Brown ne peut compter que sur une poignée de bénévoles et 3300 $ de dons, et n’a rassemblé que 20 des 200 signatures nécessaires d’ici avril pour enregistrer sa candidature à la primaire républicaine.

Jamais non plus on n’avait vu autant de femmes briguer un poste de gouverneur d’un État : près de 80 devraient se présenter cette année, contre 34 en 1994, le précédent record.

En Géorgie notamment, Stacey Abrams, à la fois femme d’affaires, avocate et auteure de huit romans à suspense, espère briser le plafond de verre et devenir la première femme gouverneure noire.

Sur les 50 postes de gouverneurs américains, seuls six sont aujourd’hui tenus par des femmes.