Des Américains renoncent à leurs armes après la tuerie en Floride

Bien qu'il se présente comme un ardent défenseur du deuxième amendement, Scott Pappalardo a sectionné son fusil AR-15.
Photo: Capture d'écran YouTube Bien qu'il se présente comme un ardent défenseur du deuxième amendement, Scott Pappalardo a sectionné son fusil AR-15.

Atlanta — Un résidant de l’État de New York a découpé son fusil AR-15 en pièces. Une femme du Connecticut a fait de même avec son arme de poing. En Floride, près du site de la récente fusillade, un homme a remis son fusil d’assaut aux policiers en leur demandant de le détruire.

Plusieurs Américains ont décidé de renoncer à leurs propres armes dans la foulée de la tuerie pendant laquelle un jeune de 19 ans a tué 17 personnes avec un fusil AR-15. Le fusil AR-15 est l’arme qui semble la plus digne de mépris lors de ces destructions publiques, leurs propriétaires affirmant qu’ils adorent l’utiliser, mais qu’ils en ont maintenant assez.

Scott Pappalardo est l’un d’eux. Assis dans la cour de sa résidence de Scotchtown, dans l’État de New York, le fusil AR-15 qu’il possède depuis 30 ans sur les genoux, M. Pappalardo se présente comme un ardent défenseur du deuxième amendement qui adore son AR-15.

Il dit toutefois en avoir soupé de toutes ces tueries. « Et voilà, encore 17 vies perdues. Quand allons-nous changer ? Quand allons-nous adopter des lois qui disent qu’une arme comme celle-ci n’est peut-être pas acceptable en société ? » dit-il dans une vidéo mise en ligne sur Facebook. Pendant qu’on montre du doigt la maladie mentale, les jeux vidéo et d’autres facteurs, ajoute-t-il, « ultimement, c’est une arme comme celle-ci qui fauche des vies ».

Il s’éloigne ensuite de la caméra et utilise une scie pour découper son fusil. Il a mis ces images en ligne le 17 février avec le mot-clic #oneless (#unedemoins), qualifiant le tout de « ma goutte dans un très gros seau ». Cinq jours plus tard, les images avaient été « aimées » plus de 375 000 fois et partagées plus de 425 000 fois. M. Pappalardo, un homme de 50 ans qui travaille dans le milieu de la construction, a confié que sa décision de détruire son arme a été un choix personnel difficile. Il adorait l’utiliser pour le tir à la cible. Il possède des armes depuis des décennies et on peut apercevoir sur son avant-bras un tatouage qui défend le « droit de posséder et de porter des armes ».

« J’étais amoureux de cette arme, a-t-il dit. C’était comme abattre mon vieux chien malade pour qu’il arrête de souffrir. Et j’ai dit à ma femme avant de le faire : « Je ne peux pas croire que je suis sur le point d’aller dehors découper mon arme ». Ça n’a pas été une chose facile à faire. »

Il explique toutefois qu’il ne veut plus être associé au fusil AR-15, qui a été utilisé non seulement lors de la tuerie en Floride, mais aussi lors de fusillades à Las Vegas, à Orlando et au Texas.

« Problème de société »

Le fusil AR-15 demeure malgré tout une arme extrêmement populaire aux États-Unis, et les propriétaires qui décident de détruire leur arme ne représentent qu’une infime portion du total.

Le président de l’Association des propriétaires d’AR-15 des États-Unis, Chris Waltz, a dénoncé des réactions instinctives qui ciblent erronément l’arme. Sa page Facebook est suivie par quelque 550 000 personnes et a ajouté environ 10 000 adhérents au cours des derniers jours. « Ce n’est pas un problème d’arme. C’est un problème de société, croit-il. Il faut réussir à comprendre ce qui pousse ces jeunes à commettre ces actes. »

Détruire une arme « est complètement illogique », selon lui. « Si vous êtes un propriétaire d’armes responsable et que vous avez acheté cette arme et que vous savez que vous n’êtes pas psychotique, alors pourquoi feriez-vous ça ? demande-t-il. On dirait presque une pièce de théâtre politique. »

Ben Dickman, qui habite près de l’école où a eu lieu la plus récente tuerie, a demandé aux policiers de détruire son fusil AR-57, une variante du fusil AR-15. « J’aimais vraiment beaucoup tirer avec cette arme, mais je n’en ai pas besoin, a-t-il expliqué sur Facebook. J’ai d’autres armes avec lesquelles je peux tirer et avoir autant de plaisir. »

Son message est accompagné de photos de policiers prenant possession de l’arme et promettant de la détruire. Les réactions vont du tout au tout : on le félicite, on l’accuse d’être une mauviette, on le soupçonne d’avoir une maladie mentale.

Amanda Meyer, une résidante de New Haven au Connecticut, a eu une expérience similaire. Après les événements de la Floride, elle a finalement décidé de se débarrasser de l’arme de poing Sig Sauer P229 qu’elle a achetée il y a cinq ans. « Je me suis simplement dit que c’était ridicule de s’attacher à un objet inanimé dont la seule fonction est de tuer des humains », a-t-elle dit.

Sa vidéo sur Facebook — où on la voit découper l’arme avec une scie — a été commentée et partagée des dizaines de milliers de fois. Certains lui ont promis qu’elle regretterait sa décision si jamais elle avait besoin de se défendre. Sa relation avec les armes est complexe : son frère s’est suicidé avec une arme à feu, elle habite à seulement quelques kilomètres de l’école Sandy Hook, et son cousin et sa femme ont survécu au massacre de 58 personnes à Las Vegas.

« La solution, du moins d’après les gens les plus calmes et les plus rationnels, est d’être plus gentils et plus respectueux et de mieux élever nos enfants, des trucs du genre, a-t-elle dit. Mais ces mêmes personnes vont ensuite dire qu’elles espèrent que quelqu’un entrera chez moi pour me tuer et prouver à tout le monde que j’avais vraiment besoin de cette arme. »