Les États-Unis en deuil au lendemain d’une fusillade meurtrière

Après une nuit d’interrogatoire par la police, l'auteur de l'attaque, Nikolas Cruz, s’est présenté devant le juge vêtu de la traditionnelle combinaison orange de détenu.
Photo: Susan Stocker Associated Press Après une nuit d’interrogatoire par la police, l'auteur de l'attaque, Nikolas Cruz, s’est présenté devant le juge vêtu de la traditionnelle combinaison orange de détenu.

Les États-Unis ont pleuré jeudi les victimes de la fusillade survenue la veille dans une école secondaire de la Floride alors que le tireur présumé a été formellement accusé de 17 meurtres prémédités.

Après une nuit d’interrogatoire par la police du comté de Broward, Nikolas Cruz s’est présenté devant le juge vêtu de la traditionnelle combinaison orange de détenu. Le jeune homme de 19 ans a reconnu être l’auteur de l’attaque. Il devra rester en détention sans possibilité de libération sous caution durant la suite des procédures.

Muni d’un fusil d’assaut AR-15, Nikolas Cruz a semé la panique mercredi dans l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas à Parkland, vidant ses munitions sur les élèves, professeurs et employés de l’établissement.

Dix-sept personnes sont décédées et treize autres étaient toujours hospitalisées jeudi, dont deux dans un état critique. Il s’agit de la tuerie la plus meurtrière perpétrée dans un établissement scolaire depuis le massacre de l’école primaire Sandy Hook, au Connecticut, qui avait fait 28 morts en décembre 2012.

Jeudi soir, plusieurs milliers de personnes ont participé à une veillée au Pine Trails Park à Parkland, en hommage aux victimes.

L’enquête suit son cours, a indiqué le shérif du comté de Broward, Scott Israel, précisant que le tireur présumé avait précédemment été expulsé de l’école pour des raisons disciplinaires.

Attitude menaçante, fascination pour les armes, comportement « déséquilibré » : le profil du suspect est devenu plus clair au fil de la journée.

Son avocat a révélé qu’il vivait dans la famille d’un ancien ami de classe depuis le décès de ses parents adoptifs. Il a été suivi dans un établissement de soins psychiatriques, mais avait interrompu son traitement il y a un an.

Il était membre d’un groupuscule d’extrême droite. L’Anti-Defamation League, une association luttant contre l’antisémitisme, a révélé qu’il prenait part à des réunions de la « République de Floride », un groupuscule prônant la supériorité de la race blanche.

La police fédérale (FBI) a reconnu avoir été alertée en septembre d’un commentaire laissé sur YouTube par un utilisateur nommé Nikolas Cruz : « Je vais devenir tireur professionnel dans les écoles. »

Un détail qui a soulevé plusieurs interrogations : comment Nikolas Cruz a-t-il pu échapper à la vigilance des autorités ? Le FBI a affirmé avoir tenté en vain d’établir l’identité de l’individu en 2017.

Débat ravivé sur les armes

Le drame n’a pas manqué de raviver le débat sur les armes à feu à travers le pays, excepté du côté de la Maison-Blanche.

Dans son discours à la nation jeudi, Donald Trump ne s’est pas une seule fois interrogé sur le fait que le tireur ait pu s’équiper d’un fusil d’assaut à un âge où il est interdit d’acheter des cigarettes ou de l’alcool.

Évitant toute allusion aux armes à feu, le président s’est plutôt attardé sur la personnalité du tireur, présenté comme un « adolescent déséquilibré ». Il a promis de s’attaquer au « difficile problème des maladies mentales » et d’envisager des solutions pour rendre les écoles plus sécuritaires. Il a annoncé qu’il se rendrait à Parkland pour rencontrer les familles des victimes.

Chaque lendemain de fusillade, c’est la même rengaine : les élus reportent l’épineux débat des armes à feu, invoquant la dignité et le respect des victimes. « Ce n’est pas le moment pour cette discussion », a tranché le gouverneur républicain de la Floride, Rick Scott, invitant plutôt la population à prier.

« Nous pleurons avec Parkland. Mais nous ne sommes pas impuissants. Prendre soin de nos enfants est notre première tâche », a dit l’ancien président démocrate Barack Obama. Il a réclamé « des lois sur la sécurité des armes à feu qui tombent sous le sens ».

De nombreux citoyens et politiciens souhaitent depuis des années une réforme législative pour limiter les armes à feu. Mais les espoirs sont minces en présence d’un Congrès à majorité républicaine.

Les États-Unis sont le seul pays développé à voir les tueries par armes à feu se succéder. Mercredi, c’était la 18e fois en 2018 qu’une fusillade se produisait dans une école.