Les agences fédérales américaines ferment

Les tractations entre les deux camps, qui se rejettent la faute, doivent reprendre pour tenter de trouver un compromis budgétaire même temporaire.
Photo: Aaron P. Bernstein Agence France-Presse Les tractations entre les deux camps, qui se rejettent la faute, doivent reprendre pour tenter de trouver un compromis budgétaire même temporaire.

Washington — Un an jour pour jour après l’élection de Donald Trump, les États-Unis sont entrés samedi dans une période de turbulences avec la fermeture partielle de l’administration fédérale après l’échec d’un vote crucial au Sénat.
 

Malgré d’intenses tractations ces derniers jours, la majorité républicaine, l’opposition démocrate et la Maison Blanche n’ont pas pu s’entendre sur un budget, même temporaire, qui aurait permis d’éviter ce «shutdown» entré en vigueur à 00H00.
 

Républicains et démocrates se sont rejetés immédiatement la responsabilité de cet échec, la Maison Blanche accusant les démocrates de prendre les citoyens américains «en otage».

« Les démocrates sont bien plus préoccupés par les immigrants illégaux que par notre grande Armée ou la Sécurité à notre dangereuse frontière Sud », a tweeté à l’aube le président Américain. « Ils auraient pu facilement conclure un accord, mais ils ont préféré jouer la carte du “shutdown” à la place ».
 


Les républicains, majoritaires avec 51 sièges au Sénat, n'ont obtenu que 50 voix, loin des 60 voix (sur 100) nécessaire en faveur d'une extension pour quatre semaines, jusqu'au 16 février, du budget fédéral.

 

Il s’agit du premier «shutdown» depuis octobre 2013 —sous l’administration Obama— qui avait duré 16 jours. Il se traduira par la mise au chômage technique sans paie de plus de 850 000 employés fédéraux considérés comme «non essentiel» au fonctionnement de l’administration.
 

Il était impossible de savoir combien de temps durerait cette nouvelle fermeture, les tractations entre les deux partis devant très vite reprendre. Mais les démocrates ont indiqué qu'ils n'accepteront de voter pour un texte de compromis que s'il pérennise la régularisation de 690 000 jeunes immigrés au statut précaire, les « Dreamers ».
 

Activités réduites

Les premiers effets du «shutdown» devraient se faire sentir lundi. Les activités de nombreuses agences fédérales, comme les services fiscaux, seront réduites mais les services de sécurité seront globalement épargnés. Les 1,4 million de militaires américains poursuivront leurs opérations mais sans être payés.
 

«Notre pays a été fondé par des génies mais il est dirigé par des idiots», a lancé le sénateur républicain de Louisiane John Kennedy, résumant d’un trait d’esprit l’ambiance générale.
 

« Les choses se présentent mal », avait estimé peu avant le scrutin Donald Trump, l'issue du vote ne faisant plus aucun doute malgré une journée d'intenses tractations. Le président, qui devait rejoindre sa luxueuse résidence en Floride, est finalement resté à Washington. Il ne s'est pas exprimé personellement après le vote.


Dans l’après-midi, M. Trump avait pourtant évoqué une «excellente réunion préliminaire» avec Chuck Schumer, après une rencontre à la Maison Blanche, laissant espérer un accord de dernière minute. Le sénateur démocrate a accusé le milliardaire de faire la girouette alors qu’un accord était à portée de main après la réunion.

 

La Chambre des représentants, à forte majorité républicaine, avait approuvé jeudi soir cette extension provisoire du financement de l’État fédéral, qui prévoyait également de prolonger pour six ans le programme d’assurance santé destiné aux enfants pauvres (Chip), une demande des démocrates.
 

Au-delà d’un budget temporaire, la quatrième depuis septembre, la majorité républicaine souhaite adopter un budget 2018 définitif de plusieurs centaines de milliards de dollars qui dope notamment les dépenses militaires, une promesse de campagne de M. Trump qui estime les forces armées sous-équipées après plus de seize ans de guerre ininterrompue.


Les démocrates veulent la régularisation de 690 000 «Dreamers», arrivés clandestinement aux États unis quand ils étaient enfants et expulsables depuis l’abrogation par M. Trump du programme Daca datant de l’administration Obama qui leur offrait un statut de résident temporaire. Le président Trump a donné au Congrès jusqu’au 5 mars pour légiférer.

 

Le président républicain de la Chambre Paul Ryan, avait affirmé que « le peuple américain, en particulier les hommes et femmes en uniforme, mérite mieux qu’une fermeture du gouvernement ».

« Des gens vont mourir », avait lancé le conseiller parlementaire de la Maison-Blanche, Marc Short, blâmant des sénateurs démocrates « retranchés pour forcer une paralysie » alors que le texte sur les « Dreamers » n’est pas prêt.

Élections de mi-mandat
Et au-delà du budget, les parlementaires pensent aux élections de mi-mandat en novembre.

Les démocrates estiment que les républicains qui ont tous les leviers du pouvoir — Maison-Blanche, Chambre des représentants, Sénat — seront tenus pour responsables de la paralysie et paieront le prix fort. Les républicains espèrent se servir du « shutdown » pour punir les sénateurs démocrates qui brigueront un nouveau mandat dans dix États remportés par Donald Trump à la présidentielle. Quatre d’entre eux, selon les médias, ont d’ailleurs voté avec les républicains vendredi soir. 

Mais selon un sondage du Washington Post et d’ABC publié vendredi, 48 % des Américains estiment que les républicains seraient responsables d’un éventuel blocage, contre 28 % pour les démocrates.

2 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 20 janvier 2018 10 h 38

    Ces républicains de mauvaise foi!

    Ces hauts cris pour une tactique qu’ils ont fait subir aux démocrates et à l’administration Obama alors qu’ils n’étaient pas au pouvoir. Ils n’ont pas cessé de mettre des bâtons dans les roues du clan démocrate et empêché Obama de faire passer ses réformes. Maintenant, ils sont indignés de subir le même sort. Vraiment, ils sont de mauvaise foi. Ils voudraient garder le contrôle sur tout et diriger en dictateurs peu soucieux du peuple américain mais soucieux de mettre en marche leur idéologie de vieux politiciens! Ils sont à contre-courant du modernisme et du monde actuel et ne sont respectueux que de leurs préjugés et de leur porte-feuille. J’espère qu’ils porteront l’odieux de leurs machiavéliques manigances de politiciens du passé.

  • Sylvia Pelletier-Gravel - Abonnée 20 janvier 2018 10 h 52

    Le courage de confronter Trump

    Il est rassurant de constater le courage de ceux et celles qui ont osé confronter leur affreux Président en mettant le bouchon sur ses insanités. En espérant que le Canada fasse de même puisque la diplomacie ne l'atteint pas.