Près de 200 000 Salvadoriens installés aux États-Unis devront quitter le pays

Des partisans portent les couleurs du Salvador lors d'un match de football à Houston.
Photo: Bob Levey Agence France-Presse Des partisans portent les couleurs du Salvador lors d'un match de football à Houston.

Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé lundi la suppression d’un statut temporaire spécial qui protège de l’expulsion plus de 200 000 Salvadoriens résidants aux États-Unis, un nouveau signe du durcissement de la politique migratoire américaine.

Ce statut de protection temporaire (TPS) est destiné aux réfugiés qui ne peuvent rentrer dans leur pays en raison de conflits armés, de catastrophes naturelles ou d’autres conditions temporaires extraordinaires. Il avait été instauré en mars 2001 pour le Salvador après deux tremblements de terre dévastateurs qui avaient fait plus de 3000 morts. Les Salvadoriens représentent actuellement près de 60 % des bénéficiaires du TPS, qui permet de travailler légalement, mais sans recevoir certaines allocations.

L’administration Trump qui a déjà annoncé l’abrogation du TPS pour près de 60 000 Haïtiens, plus de 5000 Nicaraguayens et un millier de Soudanais, estimant que les « conditions extraordinaires, mais temporaires [...] n’existaient plus » pour eux.

C’est une décision dégoûtante qui va briser des milliers de familles.

Le dispositif a toutefois été prolongé jusqu’en juillet pour 57 000 Honduriens, alors que le pays est depuis plusieurs mois en proie à des violences après la réélection contestée du président Juan Orlando Hernandez.

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson avait estimé en novembre que plus de 300 000 migrants d’Haïti et d’Amérique centrale ne devraient plus bénéficier de ce statut spécial, ouvrant ainsi la porte à leur expulsion.

Selon le Washington Post, les Salvadoriens bénéficiaires du TPS auront jusqu’en septembre 2019 pour quitter le territoire ou trouver d’autres moyens d’obtenir un permis de résidence.

« C’est une décision dégoûtante qui va briser des milliers de familles », a réagi Joe Crowley, élu démocrate de New York qui accueille une importante communauté.

Selon le Centre d’études des migrations, les Salvadoriens sont bien intégrés avec un taux d’emploi de 88 %, et résident en majorité en Californie (25 %) et autour de la capitale fédérale (20 %).

 

Des élus inquiets du sort réservés aux gens expulsés

En décembre, le sénateur démocrate du Maryland, Ben Cardin, s’est inquiété des effets dévastateurs de la mesure sur les expulsés et sur le Salvador, en proie à une criminalité généralisée avec notamment le groupe ultraviolent MS-13 et à la pauvreté, ainsi que sur leur famille alors que plus de 190 000 enfants de bénéficiaires du TPS ont la nationalité américaine.

« Depuis près d’une décennie, le Salvador connaît l’un des pires taux d’homicide par habitant au monde », a-t-il écrit dans une lettre au DHS. Il a également mis en doute « la capacité du gouvernement salvadorien à recevoir près de 200 000 ressortissants ».

Selon lui, cette vague d’expulsion « pourrait faire empirer des conditions déjà précaires dans le pays et faire augmenter les pressions vers l’émigration ».

La lutte contre l’immigration clandestine et l’expulsion des résidents illégaux est l’un des chevaux de bataille de Donald Trump, qui veut réformer un système « laxiste » permettant « à beaucoup trop de gens dangereux » de rentrer aux États-Unis.

 
Décret migratoire de Trump

Dès son entrée en fonction, en janvier 2016, il a signé un décret migratoire qui interdit de façon permanente le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de sept pays en majorité musulmans (Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Corée du Nord et Tchad).

Ce décret a fait l’objet d’une intense bataille judiciaire, ses détracteurs dénonçant un ciblage discriminatoire de dizaines de millions de musulmans.

Puis il a mis dans la balance le sort de 690 000 jeunes arrivés clandestinement alors qu’ils étaient enfants, qui ont obtenu de l’administration Obama un permis de travail et une garantie qu’ils ne seraient pas expulsés. Donald Trump espère monnayer le maintien de ce programme avec l’opposition démocrate en échange du financement de son projet de mur à la frontière du Mexique.

Après l’attentat de New York perpétré par un Ouzbek le 31 octobre, il a annoncé la fin du « Programme de loterie de visas de diversité », un tirage au sort qui offre chaque année un permis de résidence à 50 000 étrangers.

Il veut également mettre un terme au système de regroupement familial, appelé « migrations en chaîne » par les conservateurs anti-immigration.

2 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 8 janvier 2018 13 h 17

    Une décision empreinte de préjugés et de misanthropie!

    Quand M. Trump et ses comparses républicains, adeptes de théories rétrogrades et archiconservatrices, auront mis à la porte de leur pays tous les américains d’origine étrangère et ceux qui pensent à le devenir, comment comptent-ils combler les emplois que ces personnes occupent dans les différents États? Souvent ces gens ont des emplois dont personne ne veut ou encore ils occupent des emplois avec pratiquement aucun avantage social qui les protégeraient. Alors, qui les remplacera? Les chômeurs américains voudront-ils assumer ces postes? Cela reste à voir! M. Trump en ex-patron qui employait des immigrés « cheap labour » pour construire ses tours et hôtels et ne les payaient pas bien souvent ou si peu, est en net conflits d’intérêts et congédient brutalement ceux qui l’ont aidé à bâtir son empire! Il y a risque de pénurie d’employés dans des secteurs névralgiques aux USA.
    Gros problème à l’horizon! Un esprit étroit et qui manque de clairvoyance vient une autre fois de se mettre les pieds dans les plats! Ce pays s’enlise dans la déchéance plutôt que dans la grandeur! Ils n’ont plus rien pour être envié, ce sont de misérables « loosers » qu’un président manipule et à qui il ment effrontément. Quand ils en auront assez, ils le mettront à la porte comme il fait avec des américains aujourd’hui.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 janvier 2018 15 h 46

    Les Salvadoriens....

    parlent ...l'espagnol, une langue dont les racines sont très proche du français.

    Leur pays natal est une petite République....C'est ce que nous désirons faire du Québec...une République. Donc, ils ne seront pas dépaysés.
    Une population de 6 millions +....donc à peu près comme la nôtre ici...

    Les Québécois sont très friands d'escapades en Amérique latine.
    Les migrants apprennent le français et nous, nous apprenons l'espagnol...comme langue seconde. ( un pied de nez aux orangistes du ROC )

    Plutôt que d'aller chercher les immigrants en Asie du sud-est et au Maghreb,
    pourquoi pas aux États-Unis... d'où ils seront bientôt refoulés . Les entreprises du
    Québec devront payer pour les frais de recherche et de relocalisation des migrants
    retenus, avec en prime un cours de français pour chacun d'eux avec obligation de réussite et un emploi à la clef. (une aide du gouvernement québécois peut, sans doute ...se négocier.)

    Ces derniers (les migrants) par contre devront prouver leur bonne foi en s'intégrant au Québec harmonieusement et sans accommodements (irraisonnables ou raisonnables)...Ah oui...il est bon de leur rappeler que nous sommes un peuple non belliqueux...mais aussi une nation fort consciente de notre indépendance d'esprit, de nos valeurs culturelles et de notre environnement dont nous protégeons jalousement l'intégrité.
    Ici, c'est en français que ça se passe. Ici, les migrants-machos ne sont pas les bienvenus (on en a assez avec ceux qui sont déjà ici.)...et les migrants, tout court, ont intérèt à respecter nos us et coutumes.

    Voilà c'était ...un méli-mélo de ce que je dirais...SI j'étais partie prenante d'une délégation québécoise envoyée aux ...ÉU pour la cause.

    La cause étant que les gens d'affaires se plaignent du manque de main d'oeuvre...
    sur place ...ici.