Le livre de Michael Wolff pourrait avoir un impact dans l’enquête sur l’ingérence russe

La publication du livre «Fire and Fury: Inside the Trump White House» («Le feu et la fureur: à l’intérieur de la Maison-Blanche de Trump») a suscité la colère de Donald Trump.
Photo: Charles Rex Arbogast Associated Press La publication du livre «Fire and Fury: Inside the Trump White House» («Le feu et la fureur: à l’intérieur de la Maison-Blanche de Trump») a suscité la colère de Donald Trump.

S’il ne signe pas la destitution de Donald Trump, le nouveau livre accablant sur les coulisses de la Maison-Blanche aura certainement un impact dans l’enquête sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine, estiment des experts.

Basé majoritairement sur le témoignage de Steve Bannon, ancien conseiller spécial du président, Fire and Fury : Inside the Trump White House (Le feu et la fureur: à l’intérieur de la Maison-Blanche de Trump) apporte de nouvelles informations, « qui pourraient marquer un tournant dans l’enquête [menée par le procureur] Robert Mueller si elles sont prouvées », soutient Frédérick Gagnon, professeur en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

En entrevue avec l’auteur et journaliste Michael Wolff, M. Bannon revient sur la fameuse réunion de juin 2016 à la Trump Tower entre Donald Trump fils, des conseillers de la campagne électorale et un avocat russe. Une rencontre qu’il qualifie d’acte de « trahison » et de geste « antipatriotique », donnant ainsi du poids à l’enquête en cours sur les liens supposés entre Moscou et l’équipe Trump, qui empoisonne la présidence depuis des mois.

Mercredi, Donald Trump, qui dénonce des fuites au sein de ses équipes depuis le début de son mandat, a accusé M. Bannon d’avoir passé son temps à la Maison-Blanche « à faire fuiter de fausses informations pour se rendre plus important qu’il ne l’était ».

Impact limité ?

Mais les partisans de Trump ne quitteront pas le navire pour autant, d’après M. Gagnon. « Ils lui ont pardonné tellement de choses, je ne vois pas ce que le livre pourrait changer. »

Quant à ceux qui dévoreront avec plaisir les quelque 300 pages de révélations, « ils détestent déjà Donald Trump », selon lui.

C’est surtout la fracture avec Steve Bannon, désormais « boudé » par le président, qui pourrait faire perdre des plumes à ce dernier au sein de ses propres rangs, croit M. Gagnon. « Bannon était aimé par plusieurs conservateurs, beaucoup appréciaient sa présence à la Maison-Blanche. »

Pour Rafael Jacob, de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, le livre constitue un fil conducteur entre les différentes histoires parues au compte-gouttes dans les journaux. « C’est un étalement de plein de controverses sur des centaines de pages. Tout le monde paraît mal : Jared Kushner a l’air d’un crétin qui n’a rien à faire là, Steve Bannon perd la face avec ses révélations croustillantes, et Donald Trump est incapable de faire fonctionner son gouvernement », décrit-il.

De son côté, le fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand, Charles-Philippe David, considère le livre de Michael Wolff comme un pavé de plus lancé dans la mare. « Il ne va pas complètement ébranler la présidence de Trump, mais ça ajoute encore un élément dans le dossier déjà riche en anecdotes, tweets et déclarations qui prouvent son incompétence. »

Crédibilité remise en question

La publication du livre controversé a suscité la colère de Donald Trump. Ses avocats ont mis en demeure l’auteur et ses éditeurs. Cela n’a fait que devancer la publication à vendredi au lieu du 9 janvier.

Jeudi soir, le président s’est enflammé sur les réseaux sociaux. « Je n’ai jamais, au grand jamais accordé un accès à la Maison-Blanche à l’auteur de ce pseudo-livre (en fait, je le lui ai refusé à plusieurs reprises) ! Jamais parlé avec lui pour un livre. Tissu de mensonges, de faussetés et de sources qui n’existent pas. Consultez le passé de ce gars-là, et regardez bien ce qui leur arrivera, à lui et à Steve le débraillé ! » a-t-il tweeté.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders affirme aussi que plus d’une vingtaine de demandes d’entrevue avec le président ont été refusées au journaliste.

Sur les ondes de NBC, M. Wolff n’en démord pas et assure avoir parlé au milliardaire. « Je ne sais pas s’il a réalisé qu’il s’agissait d’une entrevue ou non, mais ce n’était certainement pas à titre confidentiel. »

Pour que son livre voie le jour, le journaliste dit avoir réalisé plus de 200 entrevues — la plupart avec des sources anonymes — et s’être entretenu avec M. Trump pendant trois heures avant et après son intronisation.

« Ma crédibilité est remise en question par un homme dont l’absence de crédibilité est peut-être sans précédent dans toute l’histoire de l’humanité », renchérit-il.

C’est que la réputation du journaliste a déjà été mise à mal dans le passé, rappelle M. David, qui compte parcourir son ouvrage « avec un grain de sel ». « Il faut quand même se méfier, conseille-t-il. Wolff a la réputation d’exagérer, d’arrondir pas mal les coins. Il a déjà dit des choses fausses dans le passé. »

Les ventes du livre de Michael Wolff en première place

Publié vendredi, le livre controversé du journaliste Michael Wolff sur la première année à la Maison-Blanche du président Donald Trump est déjà en tête des ventes aux États-Unis. Fire and Fury ne devait sortir que le 9 janvier, mais les réactions de Donald Trump à certaines déclarations contenues dans le livre ont incité l’éditeur Henry & Holt Company à devancer son lancement. Le président avait menacé d’entamer des poursuites si la publication du livre, où son ancien conseiller Steve Bannon est souvent cité, n’était pas suspendue.

Associated Press

2 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Abonné 6 janvier 2018 13 h 58

    Éthique sur les affaires internationales


    Hillary Clinton lance un livre, on couvre la chose.
    Un critique lance un livre contre Trump, on couvre la chose.

    Pourtant, Sharyl Attkisson, journaliste émérite, fait une longue enquête qui touche jusqu'à l'obstruction de l'administration Obama à propos de l'affaire «Fast and Furious». Si on lit le Devoir, on n'entendra jamais parlé de ça. « A new House Oversight Committee report contains Department of Justice emails that the government improperly withheld from Congress and reporters. The report was released Wednesday as the Oversight Committee held a little publicized hearing on still unanswered questions six years after the investigations began.» (référence : le site de madame Attkisson).

    Remarque : les médias québécois vivent dans une bulle où ils ne trouvent leurs informations que dans «la chambre d'echo» des médias américains.
    Faut-il rappeler que ces mêmes médias ont eu tort quant à leur prédiction au sujet de l'élection américaine? Il n'ont pas couvert honnêtement la campagne en rapportant de faux chiffres alors qu'on sait que «les sondages forment l'opinion», ils ne la reflètent pas.. Ils n'ont pas couvert honnêtement les allégations au sujet de Clinton, de son serveur et de sa fondation, mais les partisans de Trump, eux, étaient au courant, le FBI vient enfin de rouvrir l'enquête et je suppose que des lecteurs québécois ont dû découvrir avec stupeur les faits repprochés, or il s'agit de faits connus.

    CNN a été jusqu'à prétendre, en direct, que le public n'avait pas le droit de lire le contenu de Wikileaks au sujet de l'affaire Clinton. Les médias québécois ont-ils couvert la chose?

    Les médias américains ne se sont pas «trompés», ils ont menti. Et la Chaire Raoul Dandurand, citée ici a participé à la mascarade en prenant au sérieux la description de l'Amérique qui provient de ces grands médias.

    Pourtant la Chaire est financée par Power corp, un compétiteur du Devoir (propriétaire de La Presse). Pourquoi relayer un tel organe?

  • Solange Bolduc - Inscrite 6 janvier 2018 21 h 28

    Voilà qui est dit!

    Et le Devoir n'en parle pas honnêtement, et encore moins à 24/60 avec La Dussault et son compère, si biaisé, Charles Philippe David, et parent de Jean Pelletier à l'information de Radio-Canada !

    Peut-on croire toutes ces informations biaisées, peut-on reprocher à Trump de se défendre d'être un fou furieux!

    Je me demande parfois si les fous de l'information ne seraient pas tout aussi furieux !?