Trump échoue à bloquer un livre sur le «chaos» de sa présidence

Steve Bannon lors d’un rassemblement républicain en décembre 2017. Selon lui, ainsi cité dans le livre à paraître de Michael Wolff, la rencontre de proches de Donald Trump avec une avocate russe pendant la campagne présidentielle relevait de la « trahison ».
Photo: Joe Raedle Getty Images / Agence France-Presse Steve Bannon lors d’un rassemblement républicain en décembre 2017. Selon lui, ainsi cité dans le livre à paraître de Michael Wolff, la rencontre de proches de Donald Trump avec une avocate russe pendant la campagne présidentielle relevait de la « trahison ».

Donald Trump a tenté jeudi, en vain, d’empêcher la sortie d’un livre dressant le sombre tableau d’une Maison-Blanche dysfonctionnelle sur fond d’intrigues autour d’un président raillé par ses propres collaborateurs pour son incompétence et son incapacité à diriger.

Après la très vive réaction du président américain, qui a accusé son ex-conseiller Steve Bannon (qui avait mis en cause son fils) d’avoir « perdu la raison », la riposte judiciaire a été lancée. Son avocat, Charles J. Harder, a tenté de faire interdire la publication du livre.

Dans une démarche avant tout symbolique, il a adressé un courrier à son auteur, Michael Wolff, et à Steve Rubin, président de la maison d’édition Henry Holt and Co., leur demandant de « cesser immédiatement » sa distribution, évoquant, entre autres, la diffamation.

Mais la réponse de l’éditeur, probablement ravi de ce puissant coup de projecteur, n’a pas tardé. Il a avancé la sortie du livre de quatre jours : initialement prévue mardi, elle aura finalement lieu vendredi.

« Et voilà. Vous pouvez l’acheter [et le lire] demain. Merci, monsieur le président », a lancé Michael Wolff dans un tweet.

Dans cet ouvrage, dont plusieurs rédactions comme l’AFP ont obtenu une copie, Steve Bannon dénonce — entre autres — l’attitude de Donald Trump Jr., ce qui a provoqué la colère du locataire de la Maison-Blanche.

Jugeant qu’il a commis une « trahison » en rencontrant une avocate russe durant la campagne, il donne de facto du poids à l’enquête en cours du procureur spécial Robert Mueller sur les liens supposés entre Moscou et l’équipe Trump, qui empoisonne la présidence de ce dernier.

Fidèle à son style provocateur, Steve Bannon a assuré après la publication d’une série d’extraits au contenu explosif qu’il soutenait toujours l’ancien magnat de l’immobilier.

« Le président des États-Unis est un grand homme », a-t-il affirmé mercredi soir, quelques heures après le communiqué cinglant dans lequel Donald Trump l’accusait d’avoir « perdu la raison ». « Je le soutiens sans relâche », a ajouté sur Sirius XM radio le patron du très droitier site d’informations Breitbart News.

« Il m’a qualifié de grand homme hier soir, il a visiblement changé de ton très rapidement », a ironisé jeudi le président américain, visage fermé.

Depuis son départ de la Maison-Blanche l’été dernier, Steve Bannon s’est autodésigné sauveur du « trumpisme » face à ce qu’il juge être un dévoiement par les républicains du sérail et les « élites » de Washington.

« Mensonges ridicules »

Parallèlement, l’exécutif a continué à dénoncer avec véhémence « les mensonges ridicules » d’un ouvrage truffé de « ragots de tabloïd ».

Le livre raconte en particulier combien le candidat républicain et son équipe rapprochée ont été surpris par la victoire, tant ils étaient convaincus qu’elle était hors de portée. « Risible ! » a répondu sa porte-parole.

Le livre de Michael Wolff (Fire and Fury : Inside the Trump White House) relate aussi une première année au pouvoir de Donald Trump marquée par une forme de « chaos » permanent.

Il décrit un président fréquemment reclus dans sa chambre dès 18 h 30 avec un cheeseburger, les yeux rivés sur ses trois écrans de télévision, multipliant les appels à un petit groupe d’amis sur lesquels il déverse « un flot de récriminations », allant de la malhonnêteté des médias au manque de loyauté des membres de son équipe.

Volonté d’envoyer un signal fort à ceux qui, au sein de l’équipe Trump, seraient tentés de raconter aux journalistes les coulisses de la présidence ? La porte-parole de la Maison-Blanche a annoncé jeudi que toute personne travaillant à la Maison-Blanche ne pourrait désormais plus utiliser son téléphone portable personnel dans la West Wing, centre névralgique de l’exécutif américain.

Sarah Sanders a mis en avant « la sécurité et la protection des systèmes technologiques à la Maison-Blanche » pour justifier cette décision, assurant qu’elle était à l’étude depuis plus de six mois.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump n’a de cesse de dénoncer les fuites au sein de ses équipes. Dans son communiqué vengeur diffusé mercredi, il déplorait notamment que Steve Bannon ait passé son temps à la Maison-Blanche « à faire fuiter de fausses informations pour se rendre plus important qu’il ne l’était ».

4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 4 janvier 2018 12 h 46

    Deux rigolos!

    Bannon et Trump, deux sacrés rigolos, qui mentent comme ils respirent! Passons!

    M.L.

  • Simon Sauvé - Abonné 4 janvier 2018 14 h 21

    opération marketing

    Il faut être naïf pour y voir autre chose qu'une simple campagne de marketing pour mousser la vente d'un livre. Trump sera à la maison blanche pour un autre 7 ans à moins que sa santé physique lui fasse défault. The Donald can do no wrong!

    • Jean-Marc Tremblay - Abonné 5 janvier 2018 03 h 25

      ... ou sa santé mentale....

  • Colette Pagé - Inscrite 4 janvier 2018 16 h 54

    La dégringolade d'un voyou au bord de la crise de nerfs !

    Le terme n'est pas trop fort !

    À preuve des personnes aussi respectables que John A. McArthur, éditeur de Harper's Magazine ainsi que l'écrivain Philip Roth dans Vanity Fair sans oublier Mick Romney et Rick Tillerson qui a utilisé le mot moron.

    Nul doute que le népotisme a révolté Steve Bannon de même que la surprenante nomination du gendre incompétent du Président en matière de politique étrangère comme conseiller spécial au Moyen-Orient. Ce gendre qu'il considère responsable en grande partie de son départ de la Maison Blanche et qu'il accuse sauf erreur de blanchiment d'argent comme le fils du Président.

    Désormais le Président déjà déstabilisé, au plus bas dans les sondages et, selon de nombreux psychologues, atteint d'un narcissisme pathologique, verra des complots partout ainsi que le manque de loyauté se multiplier alors que de nombreux conseillers quitteront cette administration sans gouvernail.

    Un Président devenu la honte de l'Amérique vers qui aucun des anciens alliés des États-Unis ne peut se fier.

    Mais pour les médias américians la publication de ce livre sera du gâteau en raison du fait que Steve Bannon agissait comme conseiller spécial du Président et qu'il buvait comme du petit lait ses conseils.

    Aujourd'hui, ce qui démontre son manque de jugement et de discernement dans le choix de ses collaborateurs. il souhaite s'en éloigner tout en poussant des cris d'orfraies en criant aux mensognes alors que Steve Bannon est dans les mêmes eaux que le Président.