Statut de Jérusalem: les États-Unis condamnés à l’ONU malgré les menaces de Trump

Sur les 193 pays membres des Nations unies, 128 ont voté en faveur de la résolution condamnant la décision de Donald Trump sur Jérusalem.
Photo: Spencer Platt Getty Images/AFP Sur les 193 pays membres des Nations unies, 128 ont voté en faveur de la résolution condamnant la décision de Donald Trump sur Jérusalem.
Les États-Unis ont essuyé jeudi à l’Assemblée générale de l’ONU une large condamnation de leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, après avoir multiplié les menaces financières contre les pays opposés à leur position.

Sur les 193 pays membres des Nations unies, 128 ont voté en faveur d’une résolution condamnant la décision annoncée le 6 décembre par Donald Trump sur Jérusalem, à rebours de la position américaine traditionnelle et du consensus de la communauté internationale qui n’a jamais reconnu l’annexion de la partie orientale de la ville par l’État hébreu.

De nombreux alliés de Washington ont approuvé la résolution, dont la France et le Royaume-Uni.

Neuf pays, parmi lesquels les États-Unis et Israël, mais aussi le Guatemala et le Togo, ont voté contre ce texte qui répond à une initiative des Palestiniens.

Signe que les menaces et pressions de Washington ont pesé ? Trente-cinq États, dont le Canada, le Mexique, l’Argentine, la Pologne ou la Hongrie, se sont abstenus et 21 n’ont pas pris part au scrutin. Avant le vote, plusieurs ambassadeurs interrogés par l’AFP tablaient pour une adoption plus large, avec un score oscillant entre 165 et 190 votes pour.



Le vote n’est pas contraignant et l’administration américaine a fait savoir qu’elle ne changerait pas d’avis.

« Les États-Unis se souviendront de cette journée qui les a vus cloués au pilori devant l’Assemblée générale pour le seul fait d’exercer notre droit de pays souverain », a déclaré l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley. « Nous nous en souviendrons quand on nous demandera encore une fois de verser la plus importante contribution » financière à l’ONU, a-t-elle lancé, menaçant à nouveau de « mieux dépenser » l’argent des Américains à l’avenir.

Donald Trump avait pris les devants mercredi. « Ils prennent des centaines de millions de dollars et même des milliards de dollars et, ensuite, ils votent contre nous », avait tempêté le président américain. « Laissez-les voter contre nous, nous économiserons beaucoup, cela nous est égal. »

Un deuxième désaveu en moins d’une semaine
Les États-Unis ne cachent pas leur colère depuis un premier vote, lundi, au niveau du Conseil de sécurité.

Ce vote « est une insulte que nous n’oublierons pas », avait lancé, l’œil noir, Nikki Haley à ses 14 partenaires du Conseil, dont ses alliés européens, qui avaient unanimement approuvé la condamnation de la décision américaine.

In fine, cette résolution-là n’avait pas été adoptée, les États-Unis ayant utilisé leur veto de membre permanent, mais l’unité des autres membres avait résonné comme un cinglant désaveu pour Washington.

À l’Assemblée générale de l’ONU, aucun pays n’a de droit de veto.

Les États-Unis se souviendront de cette journée qui les a vus cloués au pilori devant l’Assemblée générale pour le seul fait d’exercer notre droit de pays souverain.



Le texte adopté jeudi affirme que toute décision sur le statut de Jérusalem « n’a pas de force légale, est nulle et non avenue et doit être révoquée ». Il souligne que cet épineux statut doit faire partie d’un accord de paix final entre Israéliens et Palestiniens, ces derniers voulant établir à Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Menaces et pressions américaines
À l’approche du scrutin, Washington, qui assure que sa décision ne préjuge pas de l’issue de futures négociations de paix, a multiplié menaces et pressions. Des avertissements qui ont sidéré nombre de diplomates onusiens.

En réponse à la menace de Nikki Haley de « noter les noms » de ceux qui ont voté la résolution, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Malki, a estimé que « l’Histoire note les noms » de « ceux qui défendent ce qui est juste » et de « ceux qui mentent ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, parmi les opposants les plus virulents à la position américaine malgré l’alliance entre Washington et Ankara, avait lui exhorté la communauté internationale à ne pas se « vendre » pour « une poignée de dollars » face aux menaces de Donald Trump de couper des aides financières.

L’impact des pressions américaines était diversement apprécié après le vote.

Les Palestiniens ont salué un « revers cinglant » pour les États-Unis. Cela « réaffirme que la juste cause des Palestiniens bénéficie du soutien du droit international », a réagi le porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas, qui espère ainsi maximiser son poids lors d’une éventuelle reprise du processus de paix.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, rejetant la décision de l’Assemblée générale de l’ONU, qualifiée de « maison des mensonges », a lui au contraire réagi « avec satisfaction face au nombre important de pays qui n’ont pas voté en faveur » de la résolution.

« Il est clair que de nombreux pays ont donné la priorité à leur relation avec les États-Unis par rapport à une tentative vaine de nous isoler », s’est aussi réjoui un porte-parole de la mission américaine à l’ONU à la lecture des résultats détaillés du vote.
12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 décembre 2017 13 h 25


    Quelle manifestation de courage de la part du gouvernement canadien! Pleutre!


    M.L.

    • Pierre Robineault - Abonné 21 décembre 2017 17 h 51

      Et comment donc!? Pleutre en effet.
      Dire que le PLQ se sent tellement solidaire de ce pleutre pays!

  • Nicole Delisle - Abonné 21 décembre 2017 13 h 40

    Les nations remettent les USA à leur place!

    Même les menaces n’ont pas eu d’effet! Il fallait quand même être provocateur que faire des menaces aux autres s’ils ne se rangeaient pas de leur côté. Ils oublient que leur influence dans le monde diminue au rythme des incartades de leur président.
    Plus il gouverne en se mettant les nations à dos et plus la confiance envers eux diminue. La crédibilité se gagne par la diplomatie, le respect de l’autre et la discrétion
    en affaires internationales. M. Trump avec ses déclarations provocatrices, protectionnistes et fausses le plus souvent ne se fait pas des amis. Il doit s’attendre à des conséquences surtout quand il met le feu au poudre au Moyen-Orient!

    • Pierre Fortin - Abonné 21 décembre 2017 18 h 07

      Pas seulement au Moyen-Orient. Regardez aussi ce qu'il se passe en Asie où l'acharnement US ne sert qu'à justifier sa présence entre la Chine, la Russie et le Japon pour " préserver ses intérêts ".

      Il faut rappeler que ce sont les USA qui ont bloqué toutes les entreprises de réconciliation entre le Nord et le Sud en Corée parce que le départ de leur troupes aurait réduit leur position stratégique ... pour " préserver leurs intérêts ". Mais Kim Jong-un ne menace personne, il a simplement démontré qu'il a désamorcé les menaces US à son endroit. Les USA refusent de le reconnaître et perdent sur ce tableau comme il perdent en Syrie sans vouloir quitter le territoire qu'ils occupent illégalement.

      En Ukraine, leurs efforts — et ceux du Canada qui ne disent pas leur nom — n'ont mené qu'à la faillite de l'État et à l'imperium d'un gouvernement illégal et inepte qui continue sa guerre malgré les Accords de Minsk qu'il a signés.

      Et le Canada leur fournit des armes. Misère !

  • Pierre Fortin - Abonné 21 décembre 2017 14 h 16

    Compromis ou compromission ?


    L'abstention canadienne est la voie de sortie facile quand vient le temps de concilier la chèvre et le chou sans trop se mouiller, mais elle ne saurait en aucun cas faire prévaloir les principes onusiens.

    Si en s'abstenant de voter, on voulait ne pas déplaire à l'administration Trump en vue des négociations sur l'Alena, on vient plutôt de lui démontrer qu'on lui est bel et bien soumis. Justin aurait mieux fait de se rappeler la position de son père de tenir tête aux USA quand il fut question de maintenir des liens avec Fidel Castro ou Mao Zedong.

    Entendre le porte-parole des Affaires étrangères déclarer « Nous sommes déçus que cette résolution soit unilatérale et ne favorise pas les perspectives de paix auxquelles nous aspirons », est désolant et exonère trop facilement la véritable décision unilatérale qui fut de modifier le statut de Jérusalem contre les résolutions 476 et 478 (1980) du Conseil de sécurité.

    Si le Canada espère toujours le soutien international pour retrouvrer un poste au Conseil de sécurité, il devra démontrer qu'il est un pays indépendant et qu'il sait défendre ses convictions et ses engagements envers l'ONU, même et surtout devant une superpuissance.

  • Louise Nepveu - Abonnée 21 décembre 2017 14 h 22

    Le pleutre

    Si Trudeau avait été Premier ministre en 2003, nul doute qu'il aurait mangé dans la main de George W. Bush et nous aurait entraînés dans la guerre en Irak. J'ai honte de faire partie du Canada. Seule la coexistence de deux États pourra ramener la paix, assurément pas la colonisation hystérique pratiquée par Israël avec la complicité des USA et du Canada.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 21 décembre 2017 17 h 51

      C'est facile de critiquer...lui contrairement à vous il est en train de négocier l'ALENA.
      Une certaine prudence est recommandée vu le phénomène qu'il a en face de lui...
      On peut pas lui enlever ça, il essaye de faire face aux USA dans cette négociation...pas simple...

  • Marc Davignon - Abonné 21 décembre 2017 14 h 34

    Dictature!

    Nous devons nous inquiéter! Nous devons nous méfier! Des personnages de ce genre, il y en a que trop; des intimidateurs.

    Il y en aura encore plus, car l'exemple vient d'en haut!