Le procureur Robert Mueller se rapproche de la Maison-Blanche

L’ex-conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Michael Flynn a indiqué avoir agi sur les instructions d’un «très haut responsable» non désigné de l’équipe de transition présidentielle de Donald Trump. 
Photo: Susan Walsh Associated Press L’ex-conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Michael Flynn a indiqué avoir agi sur les instructions d’un «très haut responsable» non désigné de l’équipe de transition présidentielle de Donald Trump. 

L’ex-conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Michael Flynn a reconnu vendredi avoir menti au FBI. Il entend désormais collaborer à l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour le président Donald Trump.

« Trump doit être hors de lui parce que, depuis des semaines, cette enquête est devenue sa préoccupation première. Il sait que c’est cette enquête qui peut le faire tomber », dit Philippe Fournier, coordonnateur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

Menée par le procureur spécial Robert Mueller, cette vaste investigation fait peser depuis plusieurs mois une lourde épée de Damoclès au-dessus du 45e président des États-Unis.

Vendredi, Michael Flynn a plaidé coupable, face à un juge fédéral à Washington, d’avoir entre autres fait de fausses déclarations aux enquêteurs sur ses discussions avec l’ambassadeur russe aux États-Unis, Sergueï Kisliak.

« [En reconnaissant sa culpabilité], on comprend qu’il ne va pas se sacrifier sur l’autel de la présidence », souligne M. Fournier.

M. Flynn est considéré comme un témoin dangereux pour le gouvernement Trump, puisqu’il était très proche de lui durant la campagne présidentielle.

« Si le procureur est prêt à faire une entente avec lui, c’est parce qu’il y a un bénéfice à l’avoir comme collaborateur », fait valoir Julie-Pier Nadeau, chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Accusation « mineure »

Mme Nadeau souligne que l’accusation portée contre M. Flynn, bien que passible de cinq ans de prison, est somme toute « mineure » dans le contexte que l’on connaît.

« Le fait qu’il n’y ait pas eu d’accusation de corruption ou de collusion, éléments centraux de l’enquête de Mueller, laisse croire qu’il a obtenu une sorte d’immunité », indique la chercheuse.

M. Flynn a ainsi avoué que des conversations avec l’ambassadeur Kisliak ont porté sur les sanctions des États-Unis infligées à la Russie. Il se fait par ailleurs reprocher d’avoir dissimulé qu’il a tenté d’influencer un vote du Conseil de sécurité des Nations unies sur la colonisation menée par Israël. Ces manoeuvres devaient affaiblir l’action de Barack Obama, à l’époque encore président des États-Unis.

M. Flynn a indiqué avoir agi sur les instructions d’un « très haut responsable » non désigné de l’équipe de transition présidentielle de M. Trump, selon les documents d’accusation, dont il a confirmé la véracité de sa signature.

« M. Flynn semble vouloir sauver sa peau. Il ne veut pas écoper plus qu’il ne le faut, et ça laisse croire qu’il est prêt à partager certaines informations critiques au sujet d’une possible collusion », poursuit M. Fournier.

Le gouvernement Trump a immédiatement tenté de minimiser le rôle de M. Flynn au sein de son équipe.

« Rien dans la déclaration de culpabilité ou les chefs d’inculpation n’implique d’autres personnes que M. Flynn », a indiqué Ty Cobb, conseiller de la Maison-Blanche, soulignant dans une formulation alambiquée que M. Flynn n’avait été conseiller que pendant 25 jours et le qualifiant d’« ancien du gouvernement Obama ».

C’est pourtant la quatrième fois que Trump est rattrapé par l’affaire russe alors que des personnes de son entourage sont montrées du doigt par la justice. Une première vague d’inculpations avait eu lieu fin octobre avec la mise en accusation de Paul Manafort, l’ex-directeur de son équipe de campagne, et Richard Gates. Un troisième, George Papadopoulos, a lui aussi plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs du FBI et accepté de collaborer avec les enquêteurs.

Au Congrès, les élus démocrates ont insisté sur le fait que les investigations ont désormais franchi le cercle rapproché du président.

« Quand son propre conseiller à la sécurité nationale est reconnu coupable d’avoir menti au FBI sur ses contacts avec les Russes, on peut s’attendre à de nouveaux développements », a commenté Mark Warner, membre de la Commission du renseignement.

Ce rebondissement de taille a assombri ce qui s’annonçait comme une journée de victoire pour M. Trump avec le vote probable par le Sénat de sa grande réforme fiscale.

Ces révélations ont instantanément mis en ébullition la capitale fédérale américaine et fait chuter Wall Street. Le Dow Jones a baissé de plus de 1 %, avant de réduire ses pertes.

La relation entre Donald Trump et Michael Flynn fait l’objet d’une attention toute particulière depuis l’éviction brutale en mai du patron du FBI James Comey par le président.

Dans une audition début juin devant le Sénat qui avait sonné comme un coup de tonnerre à travers les États-Unis, ce dernier a en effet affirmé que Donald Trump lui avait personnellement demandé d’enterrer une enquête visant Michael Flynn.

« J’espère que vous pourrez trouver une façon d’abandonner cela, de lâcher Flynn. C’est un homme bien », aurait dit le président à M. Comey en tête à tête le 14 février dans le Bureau ovale.

M. Comey a réagi vendredi à l’inculpation de Flynn avec une métaphore biblique pleine d’ironie. « Que le droit jaillisse comme une source, la justice comme un torrent qui ne tarit jamais », a-t-il écrit sur Instagram, en citant le livre d’Amos.

1 commentaire
  • Christiane Paquet - Abonné 2 décembre 2017 05 h 18

    Corée du Nord comme diversion ultime

    L'enquête du procureur spécial Robert Mueller se rapproche de plus en plus du président Trump lui-même. Celui-ci pourrait être tenté par l'ultime stratégie de diversion : une attaque préemptive de la Corée du Nord qui parallèlement à l'enquête Mueller se fait de plus en plus menaçante. Nous savons désormais, preuves à l'appui, que Donald Trump ne défend que ses intérêts personnels et qu'il est tout à fait incontrôlable, impulsif, narcissique,etc. La Constitution Américaine lui confère le pouvoir d'ordonner une attaque sans l'accord du Congrès. À l'approche de la période des fêtes de fin d'année, nous aurons de plus en plus l'impression de danser sur un volcan.