Trump et Cuba: une guerre tiède

La majeure partie de la société américaine considère que les pressions des États-Unis sur Cuba ont toujours échoué et souhaite une normalisation immédiate des relations diplomatiques.
Photo: Yamil Lage Agence France-Presse La majeure partie de la société américaine considère que les pressions des États-Unis sur Cuba ont toujours échoué et souhaite une normalisation immédiate des relations diplomatiques.

Il y a un an mourait Fidel Castro. Aujourd’hui, Donald Trump applique sa ligne dure envers le régime de Raúl, mais sans remettre totalement en cause la détente lancée par Barack Obama. Il conduit une politique à l’égard de Cuba à la fois idéologique et pragmatique, une guerre froide sur fond de réchauffement, mais contraire aux voeux des Américains.

Dans un discours prononcé le 16 juin à Little Havana, fief des exilés cubains à Miami, le chef de la Maison-Blanche a « annulé » l’accord conclu par Barack Obama et Raúl Castro qui facilitait les échanges entre Américains et Cubains. Donald Trump dénonçait un « accord qui n’aide pas les Cubains et enrichit un régime brutal ».

Le 8 novembre, il a interdit aux Américains de séjourner dans les hôtels appartenant à l’armée cubaine ou de faire du commerce avec ses conglomérats.

Entre-temps, il avait profité de sa première allocution devant l’ONU pour juger le régime castriste « corrompu et déstabilisateur » et s’opposer à la levée de l’embargo américain « tant que le gouvernement cubain ne fera pas des réformes fondamentales et n’aura pas libéré tous les prisonniers politiques ».

En marge de ces annonces, Donald Trump a dû gérer l’affaire du syndrome frappant depuis l’an dernier des diplomates américains à La Havane.

Les symptômes, allant de la nausée à la surdité en passant par des pertes de mémoire, ont aussi été observés chez des diplomates canadiens. Ils ont été d’abord attribués par Washington à des « attaques sonores » du renseignement cubain ou d’un pays tiers. L’enquête, menée avec la coopération du gouvernement cubain, n’a pu confirmer cette thèse. Néanmoins, des diplomates américains et leurs familles ont été rapatriés et des diplomates cubains en poste à Washington, expulsés. Le régime cubain accuse désormais le gouvernement Trump de propagande.

Mais si le président Trump s’est engagé à redéfinir en profondeur la politique de normalisation de son prédécesseur, il ne la jette pas complètement aux oubliettes.

En effet, Donald Trump n’a pas rompu les relations diplomatiques, ni les liaisons aériennes rétablies par le président Obama avec Cuba. Il a conservé les assouplissements à l’embargo décrétés par M. Obama, notamment sur le rhum et les cigares cubains.

De fait, M. Trump avait applaudi à la détente voulue par M. Obama dès le début. Comme candidat à la présidence, il avait estimé que « l’idée de s’ouvrir à Cuba — 50 ans, c’est assez — est correcte ».

En campagne à Little Havana, M. Trump avait ajouté qu’il négocierait « un meilleur accord » que celui de M. Obama. À ses yeux, un « meilleur accord » en serait un « qui ne soutient pas le régime castriste, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique ».

À ce jour, Cuba refuse de « négocier sous pression » et les mesures unilatérales de Washington sont la seule expression de la nouvelle politique des États-Unis à l’égard de Cuba.

M. Trump partage avec M. Obama l’objectif déclaré d’un « Cuba libre ». Mais le nouveau président emploie des moyens différents.

Largement inspirée par le sénateur Marco Rubio et le député Mario Diaz-Balart, fils d’exilés cubains qui représentent la Floride, sa politique à l’égard de Cuba s’ancre dans la guerre froide et le combat idéologique entre capitalisme et communisme.

« De l’Union soviétique à Cuba et au Venezuela, partout où le véritable socialisme ou communisme a été adopté, il a engendré souffrance, désolation et échec », lance ainsi M. Trump.

Pour idéologique qu’elle soit, l’approche du président américain est aussi pragmatique face à un Raúl Castro qui promet de quitter le pouvoir l’an prochain.

« Nous renforçons notre politique cubaine pour tenir l’activité économique à l’écart de l’armée cubaine et aller dans le sens d’une plus grande liberté politique et économique du peuple cubain », explique Steve Mnuchin, ministre de l’Économie. Selon M. Trump, l’évolution des relations bilatérales dépendra de « changements concrets » et de « progrès réels » dans l’île, parmi lesquels le multipartisme et des élections libres.

Cependant, la majeure partie de la société américaine considère que les pressions des États-Unis sur Cuba ont toujours échoué et souhaite une normalisation immédiate des relations. C’est vrai pour les trois quarts de l’opinion publique, les entreprises et les organisations humanitaires, la quasi-totalité des élus démocrates et de nombreux républicains. Au Sénat, 55 élus sur 100 soutiennent un texte qui éliminerait les restrictions aux échanges avec Cuba. À la Chambre, un groupe bipartisan a déposé une proposition visant à lever l’embargo.