Porto Rico peine à se relever un mois après «Maria»

Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, était de passage à San Juan pour constater l'ampleur des dégâts laissés par le passage de l'ouragan «Maria», le 27 octobre.
Photo: Ricardo Arduengo Agence France-Presse Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, était de passage à San Juan pour constater l'ampleur des dégâts laissés par le passage de l'ouragan «Maria», le 27 octobre.

San Juan — Un mois après le passage de l’ouragan Maria, l’île de Porto Rico peine toujours à se relever. Au moins 70 % des habitants demeurent privés d’électricité, les égouts qui s’écoulent dans les rivières et réservoirs empoisonnent l’eau, et certains Porto-Ricains qui ont bu de l’eau contaminée en sont morts.

Les responsables préviennent qu’ils auront besoin d’encore plus de travailleurs, d’équipement et d’argent pour réparer tous les dégâts.

« C’est trop pour nous seuls, admet Nelson Velez, un directeur régional de l’agence électrique. Il y a tellement, tellement de secteurs qui sont touchés. »

Le bureau du gouverneur Ricardo Rossello a récemment promis que 95 % de l’île aura été rebranchée d’ici le 31 décembre. En attendant, plusieurs résidants n’ont d’autre choix que de faire leur lessive en plein air ou de dormir sur leur balcon pour échapper à une chaleur qui dépasse les 32 degrés Celsius.

Maria, qui a tué au moins 48 personnes sur l’île, était un monstre de catégorie 4 et générait des vents de 248 km/heure quand elle a touché terre près de Yabucoa, dans le sud-est du pays. Quand elle est repartie 12 heures plus tard, elle générait toujours des vents d’environ 185 km/heure.

Cet assaut impitoyable a démoli des centaines de pylônes de transmission et arraché des milliers de poteaux électriques. Au moins dix pylônes qui alimentent la capitale se sont écroulés.

La tempête a aussi frappé au pire moment : l’agence Puerto Rico Electric Power s’était placée à l’abri de ses créanciers quelques semaines plus tôt et elle avait à peine fini de réparer les dégâts causés par l’ouragan Irma au début du mois de septembre.

« On cesse de procéder aux entretiens différés habituels, et on devient encore plus vulnérables à des tempêtes comme Irma et Maria qui arrachent vos tours et vous inondent, explique Tom Lewis, le président du groupe Louis Berger, qui fournit des génératrices à différents clients sur l’île. Tout devient un peu plus vulnérable aux dommages, que ce soit par le vent ou l’eau. »


La policie fédérale enquête

La police fédérale américaine, le FBI, a récemment ouvert une enquête pour déterminer comment une petite entreprise du Montana, Whitefish Energy Holdings, a décroché un gigantesque contrat de 300 millions de dollars américains pour aider à réparer les infrastructures électriques. Whitefish a été fondée en 2015 et ne comptait que deux employés quand elle a été choisie.

Des centaines de milliers de personnes demeurent privées d’eau potable, et 20 des 51 usines de traitement des eaux usées de l’île étaient à un certain moment hors service. Plusieurs sites hautement toxiques, et qui devaient être nettoyés en priorité, n’ont pas encore été inspectés.

« Je voudrais simplement avoir plus de ressources pour tout faire », déplore Catherine McCabe, la responsable régionale de l’Agence de protection de l’environnement (EPA).

Porto Rico a une longue histoire de pollution industrielle, et la crise économique de la dernière décennie n’a fait qu’envenimer ses problèmes environnementaux. L’EPA a ordonné la fermeture d’une dizaine de dépotoirs qui débordent, mais les dirigeants locaux disent manquer d’argent pour obéir.

Environ les trois quarts des habitants de l’île ont été réapprovisionnés en eau potable — mais les responsables leur recommandent quand même de la faire bouillir ou de la distiller avant de la boire. D’autres résidants désespérés font fi des avertissements et s’abreuvent là où ils le peuvent, y compris là où on sait que les eaux souterraines sont contaminées par des produits chimiques industriels.

Une éclosion mortelle de leptospirose — une maladie bactérienne transmise par l’urine des animaux — a récemment fait plusieurs victimes, et on recommande maintenant aux insulaires de ne pas boire, ni même de toucher, l’eau de surface des lacs et rivières.