Cascade de réactions à l'annonce de la fin du programme des «Dreamers»

En fin d'après-midi, l’ancien président américain Barack Obama a dénoncé sur les médias sociaux une décision «cruelle», prise «en dépit du bon sens».
Photo: Scott Olson Archives Getty Images North America / AFP En fin d'après-midi, l’ancien président américain Barack Obama a dénoncé sur les médias sociaux une décision «cruelle», prise «en dépit du bon sens».

Le président américain Donald Trump a mis fin mardi au programme mis en place par son prédécesseur Barack Obama qui a permis à des centaines de milliers de jeunes sans-papiers de rester aux États-Unis, une décision qui a provoqué de vives réactions dans le monde politique et économique.
 

Le sort des quelque 800 000 « Dreamers » qui bénéficient actuellement d’un statut temporaire leur permettant d’étudier et de travailler est désormais extrêmement incertain.

 
La Maison-Blanche a appelé le Congrès à légiférer dans les six mois, mais un compromis sur l’immigration, sujet qui divise Washington depuis des décennies, est loin d’être acquis.


M. Trump, qui s’était engagé à aborder ce dossier sensible « avec cœur », n’a pas pris la parole pour expliquer cette décision, laissant son ministre de la Justice Jeff Sessions monter en première ligne.

 
Photo: Alex Wong Getty Images/Agence France-Presse « Nous ne pouvons accepter tous ceux qui voudraient venir ici, c’est aussi simple que cela », a déclaré le ministre de la Justice, Jeff Sessions, en annonçant la mesure.

M. Trump n’a pas immédiatement pris la parole pour expliquer son choix, mais insisté dans un communiqué sur la nécessité de donner « la priorité » aux travailleurs américains, thématique centrale de sa campagne électorale. « Nous devons nous rappeler que les jeunes Américains ont aussi des rêves », a-t-il lancé en référence au surnom donné aux bénéficiaires de ce programme.

Assurant quelques heures plus tard depuis le Bureau ovale qu’il avait « beaucoup d’amour » pour ces jeunes, il a renvoyé la balle dans le camp du Congrès.

À compter de ce jour, aucune nouvelle demande ne sera examinée. Les permis existants, qui portent sur une durée de deux ans, resteront en revanche valables jusqu’à leur expiration, date à laquelle leurs détenteurs n’auront plus le droit de travailler et pourront théoriquement être expulsés.

Le Mexique, dont sont originaires l’écrasante majorité des enfants et jeunes adultes concernés, a exprimé sa vive inquiétude, réclamant une solution « rapide » pour mettre fin à l’incertitude juridique dans laquelle ces derniers se trouveront dans les mois à venir.

Réactions indignées

La décision a immédiatement provoqué une cascade de réactions indignées, dans le camp démocrate bien sûr, mais aussi chez certains républicains, dans le monde de l’entreprise et au-delà des frontières américaines.

Fait rare, en fin d'après-midi, l’ancien président américain Barack Obama est sorti du silence qu’il s’est imposé depuis son départ de la Maison-Blanche et a dénoncé sur les médias sociaux une décision prise « en dépit du bon sens », contre-productive » et « cruelle ».

« Une ombre a de nouveau été jetée sur certains de nos plus brillants jeunes esprits. Cibler ces jeunes est mal – ils n’ont rien fait. [...] Et c’est cruel. »

« Il s’agit de jeunes gens qui ont grandi en Amérique, d’enfants qui étudient dans nos écoles, de jeunes adultes qui entreprennent leur vie professionnelle, de patriotes qui s’engagent à respecter notre drapeau », a-t-il souligné, jugeant qu’il s’agissait d’une « mauvaise » décision.

     

Lors de sa dernière conférence de presse avant son départ de la Maison-Blanche, le 18 janvier, Barack Obama avait affiché sa volonté de rester en retrait, mais il avait aussi assuré qu'il sortirait de son silence si les « valeurs fondamentales » de l’Amérique étaient menacées.

« C’est une triste journée pour notre pays », a de son côté lancé Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, dénonçant une décision « cruelle ». Pour le sénateur républicain John McCain, il s’agit d’une « mauvaise approche » : les enfants arrivés illégalement avec leurs parents « ne devraient pas être forcés à rentrer dans un pays qu’ils ne connaissent pas ».

   

L’ancien vice-président démocrate Joe Biden a déploré sur Twitter une décision qui n’est « pas l’Amérique ». « Amenés par leurs parents, ces enfants n’avaient pas le choix. Ils vont maintenant être envoyés dans des pays qu’ils n’ont jamais connus. »

   

Le Mexique, dont sont originaires l’écrasante majorité des enfants et jeunes adultes concernés, a exprimé sa vive inquiétude, réclamant une solution « rapide » pour mettre fin à l’incertitude juridique dans laquelle ces derniers se trouveront dans les mois à venir.

En l’absence d’avancées législatives, Barack Obama avait, en 2012, mis en place, par décret, le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) afin de faire sortir de l’ombre les enfants arrivés illégalement aux États-Unis avec leurs parents, pour la plupart en provenance d’Amérique latine.

Ce n’est pas faire preuve de compassion que de ne pas appliquer les lois sur l’immigration.

 

Dénonçant la décision prise de manière « unilatérale » par l’ancien président démocrate, Jeff Sessions a estimé qu’elle avait en particulier « privé d’emploi des centaines de milliers d’Américains en permettant que ces emplois soient occupés par des immigrants illégaux ».

« Nous ne pouvons accepter tous ceux qui voudraient venir ici, c’est aussi simple que cela », a-t-il déclaré.

Manifestation à Washington

Quelque 200 personnes s’étaient rassemblées devant la Maison-Blanche pour dénoncer, selon les termes de Gustavo Torres, responsable de l’ONG, une mesure qui punit des jeunes qui « sont là depuis des années, travaillent, paient leurs impôts et contribuent à l’économie ».

Photo: Eric Baradat Agence France-Presse

Quelque 200 personnes s’étaient rassemblées devant la Maison-Blanche, mardi, pour dénoncer la décision.

Dans le camp républicain, nombre de voix avaient mis en garde depuis plusieurs jours contre la tentation d’effacer d’un trait de plume ce programme emblématique et de mettre à la merci d’une expulsion ces jeunes « rêveurs », dont le surnom fait référence au DREAM Act, projet de loi de réforme de l’immigration n’ayant jamais abouti au Congrès.

Fait notable, Donald Trump, dont les diatribes enflammées sur l’immigration ont été au cœur de son message de campagne, avait, depuis son arrivée à la Maison-Blanche, ouvertement exprimé ses hésitations sur le sort de ces jeunes. « Pour moi, c’est l’un des sujets les plus difficiles qui soient », soulignait-il il y a quelques mois. « Nous adorons les Dreamers », affirmait-il vendredi dans le Bureau ovale.

Une grande partie du monde des affaires, en particulier dans la Silicon Valley, était vent debout contre une remise en cause de ce décret qui offre aux jeunes — arrivés sur le territoire américain avant 16 ans et n’ayant pas d’antécédents judiciaires — l’équivalent d’un permis de séjour d’une validité de deux ans, renouvelable.

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a déjà averti qu’il contesterait en justice toute remise en cause de ce programme.

4 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 5 septembre 2017 17 h 00

    Enfin...

    Enfin, Obama sort des limbes. Enfin, un peu d'honnêteté et d'honneur devant ces crypto-fascistes qui forment l'administration américaine et au premier chef l'hypocrite, incompétent, menteur et égocentrique président Trump.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 septembre 2017 19 h 16

    Les « Corporate Bums »

    Il n’y a rien de plus comique de voir des multinationales comme Apple, Microsoft, Google et j’en passe, prendre la défense de ces illégaux. Ces multinationales ne paient presque pas ou aucun impôt aux États-Unis. Ils sont, comme on les appelle communément, des « Corporate Bums », Mark Zuckerberg oblige. Et pourtant, ils voudraient occuper tout le terrain politique. C’est « ben » pour dire.

    « Ils vont maintenant être envoyés dans des pays qu’ils n’ont jamais connus. »

    Ils ne connaissaient pas plus les États-Unis lorsqu’ils sont venus illégalement. C’est par un décret de Barack Obama qu’ils ont pu demeurer aux États-Unis sans acquérir la citoyenneté.

    Ceci étant dit, la plupart pourront demeurer aux États-Unis. Mais l’Amérique de Trump, est l’Amérique des Américains, par les Américains et pour les Américains et non pour les hors-la-loi qui ont violé l’espace américain. Les Américains sont aussi des « Dreamers ».

    • Jeanne-Marie Rugira - Abonnée 6 septembre 2017 01 h 16

      Honteux !

    • Cyril Dionne - Abonné 6 septembre 2017 18 h 02

      Honteux et pourquoi?

      Parce que certains pays ne répondent pas aux besoins de leur population? Parce que certains pays sont encore ancrés dans des croyances qui vont à l'encontre de la connaissance et des savoirs vu leur point de vue religieux? Chère madame, lorsque vous venez illégalement dans un pays, vous transgressez les lois de ce pays, n'êtes-vous pas un hors-la-loi? Si je venais dans votre maison sans vous le demander, que je m'installerais et que vous n'auriez rien à dire, quelle serait votre réaction?

      En passant, le Rwanda est une ancienne colonie française et donc, tous ses ressortissants sont le produit du colonialisme. Ce sont des assimilés, une expression qui ne passe pas très bien au Québec. Et pour rajouter, il n'y a pas de science dans l'expression « sciences de l'éducation », un domaine que je connais très bien. ;-)

      Bonne journée madame.