Pour sortir de sa bulle cette semaine: Charlottesville, l'«alt-right» et les divisions américaines

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions ? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.

Au menu cette semaine : les événements de Charlottesville vus par les conservateurs américains.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.

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Cible ratée

La couverture des médias américains envers Donald Trump est-elle juste ? Pas selon Daniel Payne, plume régulière pour The Federalist. Et selon lui, leur comportement dans le sillage des événements de Charlottesville en offre une ultime preuve. Comme une sorte de concentré de la couverture médiatique du gouvernement Trump jusqu'à présent. Payne reproche aux médias de n'être plus en mesure de départager les bons coups du président de ses petites et grosses erreurs. Peu importe ce que Trump dit ou fait, on s'empresse de le blâmer à l'aveugle. Ultimement, Payne est d'avis que Trump aurait pu être montré du doigt sur bien des déclarations faites en marge du tumulte de Charlottesville, mais il avait raison de jeter le blâme de la violence sur les «deux côtés». Les médias ont tout simplement raté la cible.

Extrait: «Trump makes a lot of mistakes. Some are minor, some major. In that, he is like every president who has ever held the position. Sometimes he gets things right, too — as he did blaming the Charlottesville street violence on “both sides.”»

Traduction libre: «Trump fait beaucoup d'erreurs. Certaines sont mineures, d’autres, majeures. En cela, il est comme chaque président qui a occupé le poste avant lui. Parfois, il vise juste — comme c’est le cas lorsqu’il a attribué les violences de Charlottesville aux “deux côtés”.»

Lisez l’article: «Trump Spoke Truth About ‘Both Sides’ In Charlottesville, And The Media Lost Their Minds»

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Jouer le jeu de l’alt-right

David French est ici bref et incisif. Dans le National Review, le chroniqueur soutient que le président Trump a donné à l’alt-right son heure de gloire médiatique à l’échelle nationale, en qualifiant certains de ses membres de « gens très bien ». Selon French, lorsque Trump distingue l’alt-right des néonazis, du KKK et des «néoconfédérés», il leur fait une fleur : il leur donne un semblant de respectabilité, et c’est exactement ce qu’ils recherchent. Mais les manifestations du week-end dernier, organisées sous le slogan «Unir la droite», visaient à lier l’alt-right à ces autres groupes, par l’inverse, fait remarquer French. La chose à faire ici, tranche French, était d’éviter de qualifier de «gens très bien» quiconque participe à un rassemblement raciste.

Extrait: «Do not call anyone at a racist rally a “very fine” person. It’s not hard to name and condemn an act of alt-right terrorism. It’s not hard to name and condemn the alt-right without equivocation. And it’s not hard to also condemn political violence on all sides. If you think Trump did those things, and sent the right message to the racists, think again.»

Traduction libre: «Ne dites de personne qui participe à un rassemblement raciste qu’elle est une “très bonne” personne. Il n'est pas difficile de nommer et de condamner un acte de terrorisme de l’alt-right. Il n'est pas difficile de nommer et de condamner l'alt-right sans équivoque. Et il n'est pas difficile de condamner la violence politique de tous les côtés. Si vous pensez que Trump a fait ces choses et envoyé le bon message aux racistes, réfléchissez à nouveau.»

Lisez l’article: «Donald Trump Just Gave the Press Conference of the Alt-Right’s Dreams»

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Péril en la demeure ?

Depuis le week-end dernier, mais même avant, certains ont évoqué la possibilité qu’une guerre civile éclate au cœur des États-Unis, relève Ross Douthat, exemples à l’appui, dans sa colonne au New York Times. Mais on en est encore loin, estime le chroniqueur. Le chaos qui règne sous l’ère Trump apparaît extrême selon les standards de la politique contemporaine, dit-il, mais pas selon ceux des pires périodes de crise du pays. Alors pourquoi de tels pronostics? Parce qu’au-delà des enflures rhétoriques, les divisions au sein de la population américaine sont bien réelles, sérieuses et… nombreuses. Mais même après en avoir fait un inventaire, Douthat demeure optimiste. Selon lui, le vivre-ensemble peut tenir le coup un bon moment malgré les profonds différents — du moins tant que les choses ne basculent pas vers la crise existentielle…
 

Extrait: «Things are getting worse in many ways, and the rest of the Trump era does not promise much in the way of healing and reconciliation. But despite what scripture tells us, in politics, a house divided against itself can sometimes stand for quite a while — so long as most people prefer its roof to the rain and wind, and relatively few have a clear and pressing incentive to start knocking down the walls.»

Traduction libre: «Les choses s'aggravent à bien des égards, et le reste de l'ère Trump ne promet pas beaucoup de guérison et de réconciliation. Mais malgré ce que les Écritures nous disent, en politique, une maison traversée par la division peut parfois tenir le coup un certain temps — tant qu’une majorité de gens préfèrent leur toit à la pluie et au vent, et relativement peu ont une incitation claire et pressante à commencer à abattre les murs.»

Lisez l’article: «Our House Divided»