Vous avez dit «alt-left»?

Des recensions universitaires montrent que l’extrême droite s’avère plus nombreuse et beaucoup plus meurtrière que son vis-à-vis.
Photo: Chip Somodevilla Getty Images/Agence France-Presse Des recensions universitaires montrent que l’extrême droite s’avère plus nombreuse et beaucoup plus meurtrière que son vis-à-vis.

L’alt-right, la droite alternative américaine, ça va, on commence à connaître. Il s’agit de cette mouvance liant plus ou moins mollement les idéologies suprémacistes blanches, isolationnistes, nationalistes ou conspirationnistes qui manifestaient le week-end dernier à Charlottesville. Mais l’alt-left, ça vous dit quelque chose ?

Le président Trump a fait référence mardi à cette supposée nébuleuse idéologique dans un nouveau commentaire concernant les événements tragiques de la Virginie.

« J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens, a dit le président dans une conférence de presse organisée dans le hall de la tour Trump de New York. Vous aviez d’un côté un groupe qui était agressif. Et vous aviez de l’autre côté un groupe qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire. Que dire de l’alt-left qui a attaqué l’alt-right, comme vous dites ? N’ont-ils pas une part de responsabilité ? »

Deux pôles radicalement opposés s’affrontaient effectivement, et les provocations comme les coups sont venus de tous bords. Seulement, la provocation initiale est bel et bien venue des néonazis, du Ku Klux Klan et d’autres groupes fascisants qui ont organisé la manifestation de samedi dernier. Surtout, au total, c’est bien un sympathisant de l’extrême droite qui a foncé dans les contre-manifestants avec sa voiture, faisant une morte et plusieurs blessés.

Cela dit, la droite radicale n’a pas le monopole de la violence politique. À la mi-juin, un homme connu pour ses allégeances gauchistes a tiré sur des républicains qui jouaient au baseball près de Washington. La fusillade terroriste a lourdement blessé le whip en chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants.

Des recensions universitaires montrent par contre que l’extrême droite s’avère plus nombreuse et beaucoup plus meurtrière que son vis-à-vis. La banque de données sur la radicalisation de l’Université du Maryland établit que, sur 1500 individus étudiés au cours des dernières années, 43 % appartenaient à des groupes de droite par rapport à 21 % pour la gauche.

La recension macabre montre aussi que les nationalistes blancs, miliciens et autres fanatiques antimusulmans ont tendance à s’en prendre aux personnes, tandis que les militants de gauche s’attaquent davantage aux propriétés. Les radicaux fachos sont responsables de douze fois plus de morts et de trente-six fois plus de blessés.

La question de la définition, voire de l’existence même d’une gauche alternative taraude les commentaires et les médias. Le thème ne renvoie à aucune autodéfinition et revendication précise de la gauche elle-même (comme l’alt-right à droite). Il semble surtout servir d’épouvantail en introduisant une équivalence entre deux extrêmes.

« Il s’agit juste d’une expression créée de toutes pièces, un peu comme les gens qui qualifient les articles qui ne leur siéent pas de “fake news” », note Mark Pitcavage, analyste de l’anti-Defamation League interrogé par le New York Times.

16 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 17 août 2017 01 h 58

    La grande différence entre les deux?

    Je ne sais pas pour les États-Unis mais chez nous nous avons des groupes dit d'extrême-droite. Quelles sont leurs activités? Ils étendent des bannières? Ils ont fait des manifestations violentes?

    Nous avons aussi des groupes d'extrême-gauche. Des activistes carré rouges à temps plein. Leurs activités? Tout casser en 2012, noyauter les universités, menacer de perturber des conférences? Former des mouvements bien organisés et manifester dans la violence à chaque fois que des chefs d'états se réunissent comme au sommet de Québec. Faire à chaque mois de mars leur pacifique marche annuelle contre la brutalité policière?

    Sans blague, on veut vraiment nous faire croire que les premiers sont les plus menaçants?

    • André Mongrain - Abonné 17 août 2017 08 h 34

      Comment comparer les carrés rouge à l'extrème droite !!!!
      On dirais que la droite pour ne pas dire l'extrème droite
      sont aux aguets pour défendre leurs idées, mon cher monsieur
      Vallée !!

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 août 2017 08 h 41

      Je regrette, mais les carrés rouges n'ont rien cassé en 2012; la police, beaucoup plus. C'est d'ailleurs cette dernière qui a attaqué en premier.

      Voir ici: https://www.youtube.com/watch?v=SDnUmQIQSsU

      Rappelons que le droit de manifester fait partie de la liberté d'expression. La police n'a aucune raison de bloquer une manif. Si elle veut assurer la sécurité des manifestant, elle devrait accompagner la manif, pas l'affronter.

    • Hélène Boily - Abonnée 17 août 2017 09 h 31

      Renseignez-vous. On en a quand même un d'extrême droite qui a tué 6 hommes en prière le 28 janvier. Alexandre Bissonnette, ça vous dit quelque chose?
      Pour ce qui est des manisfestation, il y a une de prévue dimanche à Québec. Lisez l'article: Les opposants a la meute manifesteront dimanche à Québec. Allez-y en spectateur et faites-vous une idée.

    • Fernand Laberge - Abonné 17 août 2017 10 h 31

      Je trouve que c’est une comparaison bien étroite à l’échelle d’une idéologie – l’histoire l’a démontré – éminemment destructrice d’exclusion sociale (pour dire le moins…) de qui n’est pas mâle hétérosexuel blanc chrétien.

  • Anne Sarrasin - Abonnée 17 août 2017 07 h 33

    La question n'est pas de mesurer le niveau de violence des deux groupe de gens qui s'opposaieint ce jour là à Charlottesville, mais plutôt de mesurer les idéologies supportées par les deux groupes. Que le groupe de gauche ait basculé lui aussi dans la violence cette journée là est une simple question de réflexe de défense devant l'attaque frontale de l'extrème droite. Il est totalement inapproprié de faire un parallèle entre la légitimité des deux groupes en comparant les actes de violence commis à cette occasion. Car la pensée d'extrème droite ne doit jamais trouver de légitimité dans notre société.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 août 2017 09 h 42


      «L'attaque frontale» de l'extrême droite ne consistait pas à lyncher les gens dans les rues, mais à tenir une manifestation, laquelle avait été autorisée par un juge. Ceux « qui se sont défendus » sont aussi venus en autobus pour «se frotter» légitimement aux suprémacistes. Peut-être que vous, vous vous contenteriez de crier des slogans, mais votre discours laisse croire que vous autoriseriez par exemple votre fils et votre fille à aller casser la gueule à un manifestant parce qu'il est de l'extrême droite.

      Trump ne fait pas de parallèle avec la légitimité, il dit que la violence, dans les deux cas est inacceptable et que le résultat est hideux. Vous exigez un double standard, mais vous ne comprenez pas que c'est cela qui peut créer des dérives : les causes que vous croyez justes peuvent être défendues par la violence, sans l'intervention de l'État; celles que vous ne croyez pas justes sont privées de ce droit. Trump a déjà dénoncé le KKK, les Néonazis et les suprémacistes, mais il sait aussi que ses propres rassemblements sont perturbés par l'extrême gauche, il parle en connaissance de cause.

      Qui est l'arbitre? Pour plusieurs, les militants «antifa» sont affiliés à une idéologie qui conduit aussi certainement au goulag que l'idéologie raciste conduit aux camps de concentration.

      L'extrême droite n'est pas venue frontalement affronter un rassemblement de gauche, c'est le contraire. Votre point de vue de « réflexe défense » sous-entend que toute manifestation d'extrême doit être combattue par la violence. Ces mêmes groupes «antifa» empêchent des orateurs de droite de faire des discours -pas racistes, dans des universités en menaçant de recourir à la violence.

      Tout à coup, les antifasciste ne deviennent-ils pas les fascistes? Ne deviennent-ils pas illégitimes dans votre propre échelle?

      Si vous voulez la paix, le partage et la prospérité, évitez le recours aux doubles standards...

  • François Genest - Abonné 17 août 2017 08 h 02

    Le saviez-vous?

    Il existe une communauté en bonne santé de gens qui s'impliquent dans les causes sociales sans attendre qu'un gouvernement quelconque leur prenne la main pour les accompagner dans leurs actions. Étonamment, ces gens méconnus du public ne s'offusquent pas d'être traités de radicaux. C'est comme si le fait d'agir sur le terrain leur donnait une perspective évacuant la connotation péjorative du terme. À quand le journalisme d'enquête pour débusquer ces hors-normes qui peuvent un jour planter des légumes en pleine ville, le lendemain manifester contre les puissants de ce monde et puis rentrer au travail comme si de rien n'était.

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 17 août 2017 08 h 58

    Antifa

    S'il s'agit d'une analyse, alors il faudrait minimalement un compte rendu ou un bilan sur les dernières émeutes ou altercations mettant en cause «l'Antifa». Pour quiconque s'intéresse véritablement à la droite américaine et pas seulement à ce qui est rapporté directement par les agences, ces démonstrations de force et leur effet, la privation d'un espace public, comme pour Milo Yiannopoulos à Berkeley sont réels.

    Il existe aussi un double standard évident dans lequel l'Antifa peut agir pour bloquer « les facistes » (suprématistes réels ou présumés, racistes réels ou présumés) sans être inquiétés par les autorités ou la police, cela entraine la radicalisation d'une frange de la droite qui voit ses événements être annulés. Un bon exemple est la menace que peut faire peser l'Antifa de perturber un événement si ses participants portent la casquette «Make América Great Again» des supporters de Trump. Ces derniers sont d'ailleurs bien au courant de l'existence de cette extrême gauche combattive qui pertube leurs rassemblements.

    Donc non, ça n'est pas un épouvantail, c'est un phénomène réel, par contre s'il y a une analyse à faire, c'est dans la disproportion de la couverture médiatique exagérée de l'extrême droite par les médias américains, comparativement à la marginalité initiale de la chose.

    Pour en revenir aux «Fake news» si les propos de Trump sont déformés dans les médias corporatifs (et ils le sont) de manière à le faire passer pour un suprématiste, alors cela donne un vernis de légitimité à cette « alt right ». Si ensuite les actions de l'Antifa ne sont pas couvertes avec la même gravité, alors on peut certainement comprendre que l'extrême droite s'arme lors de ses événements, avec l'Antifa qui viendra les affronter sous le regard inactif de la police.

    Des militants antifa sont venus de loin pour bloquer la manifestation avec l'intention explicite d'en venir aux coups si nécessaire, voilà de quoi Trump parle.

  • David Cormier - Abonné 17 août 2017 09 h 19

    Plus rien d'« alternatif », l'extrême gauche est le discours dominant

    L'extrême gauche n'a plus rien d'« alternatif ». Ses idées ont infiltré le paysage universitaire, médiatique et politique, si bien qu'elles font maintenant partie du discours dominant. En témoignent cette folie actuelle d'ouverture illimitée de nos frontières à des immigrants illégaux ou les théories du genre dont on nous parle maintenant presque quotidiennement.