Washington menace de renverser Kim Jong-un

Kim Jong-un et Donald Trump apparaissent sur un téléviseur dans une gare de la capitale de la Corée du Sud, Séoul, mercredi.
Photo: Jung Yeon-je Agence France-Presse Kim Jong-un et Donald Trump apparaissent sur un téléviseur dans une gare de la capitale de la Corée du Sud, Séoul, mercredi.

Les États-Unis ont averti la Corée du Nord que la poursuite de ses ambitions nucléaires pourrait aboutir à la fin du régime de Kim Jong-un, au moment où Donald Trump poursuivait son escalade rhétorique en vantant la puissance nucléaire américaine.

Au lendemain des propos guerriers du président américain, qui a promis « le feu et la colère » au régime communiste, le chef du Pentagone, James Mattis, a appelé Pyongyang à arrêter sa course aux armes nucléaires, mettant en garde contre des décisions qui mèneraient « à la fin de son régime et à la destruction de son peuple ».

« Les actions du régime de la RPDC seront chaque fois largement surpassées par les nôtres et il perdrait toute course aux armements et tout conflit qu’il déclencherait », a insisté l’ancien général des Marines, soulignant l’isolement grandissant de Pyongyang.

Sur la scène internationale, plusieurs pays ont exprimé leurs inquiétudes face au ton belliqueux adopté par le locataire de la Maison-Blanche. L’Allemagne a appelé toutes les parties « à la retenue ». La Chine, le seul véritable allié du régime nord-coréen, a appelé à éviter « les paroles et actions » susceptibles d’accroître la tension dans la péninsule.

Interrogée sur les conditions dans lesquelles la tonitruante déclaration présidentielle avait été préparée, Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de M. Trump, a souligné que les mots étaient ceux du président, mais que « le ton et la force du message » avaient été discutés à l’avance avec son équipe.

Mercredi matin, le président américain a, d’un simple tweet, mis en avant l’arsenal nucléaire de son pays, assurant qu’il était « plus fort et plus puissant » que jamais.

Pyongyang a surenchéri dans la soirée, décrivant Donald Trump comme un « homme dépourvu de raison » avec qui « seule la force absolue fonctionne ».

Le ton du président septuagénaire contrastait avec celui de son secrétaire d’État, Rex Tillerson, qui depuis le territoire américain de Guam, au cours d’une escale prévue de longue date, a insisté sur le fait qu’il n’existait à ses yeux « aucune menace imminente ».

Pyongyang cible Guam

Quelques heures auparavant, Pyongyang avait menacé de tirer des missiles sur cette petite île du Pacifique, d’une importance stratégique pour les États-Unis.

« Je pense que les Américains peuvent dormir tranquillement et ne pas s’inquiéter de la rhétorique de ces derniers jours », a ajouté M. Tillerson, insistant sur les intenses tractations diplomatiques en cours.

Le calme régnait à Guam, où les autorités, se voulant rassurantes, invitaient les habitants et les nombreux touristes à « relaxer et à profiter du paradis ». Cette île reculée de quelque 550 km2 est un avant-poste clé pour les forces américaines sur la route de l’Asie. Environ 6000 soldats y sont déployés et elle dispose surtout d’une base aérienne capable d’accueillir les bombardiers lourds américains du B-52 au B-2 en passant par le B-1.

Interrogée sur la succession de notes discordantes depuis 24 heures, Heather Nauert, porte-parole du département d’État, a assuré que les États-Unis parlaient « d’une seule voix ». « Et d’ailleurs, le monde parle d’une seule voix », a-t-elle ajouté, évoquant le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord.

Le Japon «ne pourra jamais tolérer» ces provocations

Le gouvernement japonais a averti jeudi qu’il ne pourrait « jamais tolérer les provocations » de la Corée du Nord, après que le régime de Pyongyang a menacé de tirer des missiles vers l’île américaine de Guam, dans le Pacifique. « Nous appelons fermement la Corée du Nord à prendre au sérieux les avertissements répétés de la communauté internationale, à se plier aux résolutions de l’ONU et à s’abstenir d’autres provocations », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga. Le Japon, très proche allié des États-Unis, a par ailleurs soutenu le ton belliqueux adopté ces derniers jours par le président Donald Trump. « Le président Trump a dit que toutes les options étaient sur la table », y compris militaire, « et le gouvernement salue cette politique ». M. Suga a insisté sur le fait que le Japon et les États-Unis étaient « en consultation étroite ». Une réunion ministérielle est prévue le 17 août à Washington sur les questions de sécurité, a-t-il rappelé. Rex Tillerson et James Mattis, secrétaire d’État et ministre de la Défense américains, recevront à cette occasion leurs homologues japonais, Taro Kono et Itsunori Onodera, récemment nommés au sein du gouvernement remanié de Shinzo Abe. Agence France-Presse

Le pays reclus est désormais doté d’armes nucléaires susceptibles d’être embarquées sur des missiles balistiques, y compris des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), selon les conclusions d’un rapport confidentiel achevé en juillet par l’agence américaine de renseignement militaire, la DIA.

Mais les spécialistes divergent de longue date sur les véritables capacités du Nord, en particulier à miniaturiser une tête nucléaire de façon à pouvoir la monter sur un missile.

Pour Siegfried Hecker, ex-directeur du laboratoire national de Los Alamos, cité par le Bulletin des scientifiques atomiques, Pyongyang n’a pas l’expérience pour tirer « une tête nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour pouvoir survivre à un acheminement par ICBM ».

Crise des missiles

Seul point de consensus : Pyongyang avance à grands pas depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en décembre 2011.

Dans ce climat tendu, l’un des conseillers de Donald Trump, Sebastian Gorka, a appelé à l’unité derrière le président, dressant un parallèle avec la crise des missiles soviétiques à Cuba, qui au début des années 1960 mena le monde au bord du conflit nucléaire. « Durant la crise des missiles de Cuba, nous nous sommes rassemblés derrière JFK. C’est comparable à la crise des missiles », a-t-il déclaré sur Fox News.

Mais loin de faire l’unanimité, les propos présidentiels ont suscité le scepticisme de nombre d’analystes et les critiques d’élus.

« Vouloir surenchérir avec la Corée du Nord en matière de menaces, c’est comme vouloir surenchérir avec le pape en matière de prières », a écrit sur Twitter John Delury, professeur à l’Université Yonsei de Séoul. Nancy Pelosi, figure du Parti démocrate, a dénoncé des propos « provocateurs et impulsifs » qui « affaiblissent notre capacité à trouver une issue pacifique à cette crise ».

« Je ne vois pas bien comment ce genre de rhétorique peut aider », a lâché le sénateur John McCain, figure du Parti républicain.

4 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 9 août 2017 10 h 02

    Le Président de tous les dangers !

    Voilà que face à sa première crise internationale ce Président imprévisible, narcissique et ignare avec un vocabulaire limité à 100 mots pousse des cris d'orfraies et utilise les termes forts de feu et colère" alors que la retenue s'impose et qu'à moins de souhaiter la disparition du Japon et de la Corée du sud, la diplomatie dirigée par des personnes composée d'américains, de russes et de chinois et dont la compétence est reconnue doit rapidement s'exercer.

    Heureusement, sauf erreur, que les généraux américains n'ont pas l'obligation de se soumettre à la décision d'un Président va-t-en guerre qui pourrait utiliser l'interventon américaine pour faire oublier ses turpitudes, si ces généraux considèrent qu'une attaque américaine, en raison des dommages collatéraux, risque d'entraîner une guerre nucléarie.

    Se pourrait-il que l'agitation du petit gros dirigeant de la Corée du Nord, comme un cri de désespoir, ne vise comme seul objectif de souhaiter obtenir la considération de ses homologues des pays voisins et des américains et que l'arme nucléaire soit utilisé comme un moyen d'attirer l'attention ?

    • André Tremblay - Abonné 9 août 2017 12 h 05

      ....quand deux malades se parlent, ça donne cela.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 août 2017 15 h 32

    … tensions à venir !

    « Vouloir surenchérir avec la Corée du Nord en matière de menaces, c’est comme vouloir surenchérir avec le pape en matière de prières » (John Delury, Professeur, Université Yonsei, Séoul, Corée du Sud)

    Bien que ce parallèle suscite quelques sourires, les propos tenus par Trump sur Pyongyang, ébranlant possiblement l’Édifice de la diplomatie, semblent provenir d’une logique « magique », certes déterminée mais peu réaliste !

    En effet, pendant qu’on les visionne, la posture présidentielle ressemble à cet enfant qui, bien cadré sur sa chaise et portant bras croisés, est comme en-train de vivre une « punition » en chicane plutôt qu’avec décence et courtoisie !

    Tant que cette présidence vociféra-aboiera, les mains croisées, ce genre de propos, aucun danger.

    Mais s’il vient à mordre, attention …

    … tensions à venir ! - 9 août 2017 -

    • André Tremblay - Abonné 9 août 2017 22 h 35

      Comme tout le monde sait (sauf son entourage très rapproché) que ce président est du même style que le "chef" de la Corée du nord, il y a à Washington encore beaucoup de personnes qui sont capables de le contrôler dans son délire. Heureusement !
      Ce qui est dommage, c'est qu'il ne se rend aucunement compte qu'il est en train de faire des torts irréparables à son pays... Sous sa gouverne, les USA sont de moins en moins "great".... Et si les américains ne se débarassent pas de lui, ils en paieront grandement le prix au niveau international. Ce qui est déjà commencé d'ailleurs.