Le Russiagate nuit à Trump, mais aussi à l’opposition

Une statue trône au ministère américain de la Justice à Washington. Le président Donald Trump contredit ses services secrets à propos de l’ingérence russe et veut renvoyer le ministre de la Justice qu’il a lui-même choisi, Jeff Sessions.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse Une statue trône au ministère américain de la Justice à Washington. Le président Donald Trump contredit ses services secrets à propos de l’ingérence russe et veut renvoyer le ministre de la Justice qu’il a lui-même choisi, Jeff Sessions.

Un an après son lancement, l’enquête sur les allégations de collusion de l’équipe Trump avec la Russie prend un tournant potentiel avec l’interrogatoire d’un parent du président. Le Russiagate agitant Washington a des répercussions non seulement pour Donald Trump, mais aussi pour ses adversaires du Parti démocrate.

Ce mois de juillet marque le premier anniversaire de l’enquête du FBI sur les allégations de collusion entre la planète Trump et le Kremlin pendant la campagne présidentielle américaine. Au fil des mois, d’autres enquêtes ont été ouvertes. Notamment celle de Robert Mueller, procureur spécial désigné par le ministère de la Justice, et celles de commissions de la Chambre et du Sénat.

Pour la première fois, un commencement de preuve potentielle a fait surface il y a deux semaines. Pour la première fois aussi, des parents du président Trump sont sommés de s’expliquer par des enquêteurs.

Le 9 juin 2016, en effet, Donald Trump junior, fils aîné du candidat républicain, rencontrait une avocate russe qu’un intermédiaire lui avait présentée comme ayant des informations compromettantes sur Hillary Clinton et comme « faisant partie de l’appui du gouvernement russe à M. Trump ». Jared Kushner, gendre de Donald Trump et désormais l’un de ses plus proches conseillers à la Maison-Blanche, assistait à cette réunion, ainsi que Paul Manafort, alors directeur de campagne.

Cette semaine, les commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat ont interrogé à huis clos Jared Kushner, qui a démenti toute entente avec Moscou. De son côté, la commission judiciaire du Sénat veut entendre Donald Trump fils et Paul Manafort.

Toutes ces enquêtes dureront encore des mois, voire des années. Mais, jusqu’à présent, aucune preuve de délit n’a été produite, et aucun chef d’inculpation n’a été prononcé.

Le chef de la Maison-Blanche qualifie de « chasse aux sorcières » les enquêtes et la fixation de médias à tendance démocrate comme CNN, The New York Times ou The Washington Post.

Sur ce point, Donald Trump reçoit des soutiens inattendus. Le cinéaste de gauche Oliver Stone, par exemple, estime ainsi que le scandale russe est téléguidé par la CIA, la NSA et le FBI, qui alimentent les médias en « fuites » motivées par une « hostilité » envers le président Trump et un désir de susciter « la peur et la paranoïa » par rapport à la Russie.

Bredouille pour le moment sur une possible collusion, le procureur spécial a élargi le champ de son enquête à l’entrave à la justice que le président a pu commettre en limogeant le patron du FBI, James Comey.

Destitution improbable

De son côté, Donald Trump agit comme s’il était coupable des accusations portées contre lui. Il contredit ses services secrets à propos de l’ingérence russe et veut renvoyer le ministre de la Justice qu’il a lui-même choisi, Jeff Sessions.

Pour le chef d’État, les répercussions du scandale russe, potentielles et avérées, juridiques et politiques, sont très lourdes.

Si entrave à la justice il y avait, il risquerait une procédure de destitution, ce crime étant passible d’impeachment. La trahison serait plus difficile à prouver, la loi exigeant que ce crime ait été commis au profit d’un pays contre lequel les États-Unis sont en guerre. En l’absence de crime établi et en présence d’une majorité républicaine aux deux assemblées du Congrès, la destitution reste improbable.

Une cote au plus bas

Pour l’heure, les répercussions sur Donald Trump sont politiques. La moyenne des sondages parus en juillet le crédite de 39,7 % de satisfaits seulement. Une cote au plus bas pour un président américain depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. 63 % des Américains jugent que Donald Trump fils, Jared Kushner et Paul Manafort n’auraient pas dû recevoir l’avocate russe, et 40 % pensent que la Russie a tenté d’influencer la présidentielle en faveur de Donald Trump.

Même des élus républicains sont consternés par la réticence du président à critiquer Vladimir Poutine, à dénoncer l’ingérence russe dans la campagne de 2016 et à faire toute la lumière sur les contacts de son équipe avec des Russes.

À ce stade, Donald Trump est un chef d’État très affaibli. Le Russiagate le rend incapable de faire progresser son programme au Congrès, de le promouvoir auprès du public ou même de tirer avantage de décisions positives qu’il a prises, comme le cessez-le-feu partiel en Syrie négocié avec M. Poutine.

Pour tenter de reprendre le dessus, M. Trump lance une nouvelle stratégie. Il change de chef de cabinet. Il remanie ses équipes de communication et de conseil juridique. Il sort de Washington pour des rassemblements semblables à ceux de sa campagne. Il essaie de contrôler le débat public en adoptant des mesures sur des sujets à des années-lumière de la Russie, notamment l’interdiction des personnes transgenres dans les forces armées.

Le Parti démocrate

Cependant, le scandale russe nuit aussi au Parti démocrate. Laminé aux législatives de novembre et sidéré par la défaite d’Hillary Clinton, il s’est focalisé sur cette histoire, tout en manoeuvrant au Sénat pour ralentir la confirmation des candidats nommés du président à des postes gouvernementaux.

Cette attitude lui coûte cher dans l’opinion. 37 % seulement des Américains pensent que le Parti démocrate « est pour quelque chose ». 52 % déplorent que le parti ne se définisse que par son opposition à M. Trump et ne cherche qu’à l’entraver.

Des législatives partielles étant prévues au niveau national l’an prochain, les démocrates, qui ont perdu de récents scrutins spéciaux, veulent repositionner leur formation comme un parti de proposition. Lundi, ils ont dévoilé un programme, le Better Deal, en référence au New Deal.

De plus, Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a officiellement lâché Mme Clinton. « Quand vous perdez contre quelqu’un dont la popularité est à 40 %, vous ne blâmez pas les autres — Comey, la Russie —, vous reconnaissez vos erreurs, a assené le dirigeant démocrate. Les gens savaient seulement que nous étions contre Trump, et c’est encore ce qu’ils croient. »

Mais dans un revirement emblématique, l’annonce du parti a manqué d’effet, la couverture médiatique du Better Deal étant noyée par le Russiagate.