Pas de transgenres dans l’armée américaine, tranche Donald Trump

Selon le ministère américain de la Défense, il y aurait de 2500 à 7000 personnes transgenres sur les 1,3 million de militaires en activité.
Photo: Steve Schaeffer Agence France-Presse Selon le ministère américain de la Défense, il y aurait de 2500 à 7000 personnes transgenres sur les 1,3 million de militaires en activité.

La Maison-Blanche peinait mercredi à détailler l’interdiction faite aux personnes transgenres de servir dans l’armée américaine, annoncée par le président américain Donald Trump sur Twitter, et qui suscite de vives réactions, jusque dans les rangs républicains.

« C’était une décision militaire. C’est une question de préparation militaire, de cohésion des troupes […] et de financement au sein de l’armée et rien de plus », a expliqué la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders.

Bombardée de questions sur le sort des militaires transgenres actuellement sous les drapeaux, y compris en Irak et en Afghanistan, Mme Sanders a refusé de s’avancer sur leur démobilisation éventuelle. La mise en oeuvre de cette annonce sera étudiée ultérieurement avec le Pentagone, a-t-elle dit.

« Après consultation de mes généraux et des experts militaires, soyez avisés que le gouvernement des États-Unis n’acceptera pas ou ne permettra pas aux personnes transgenres de servir dans quelque capacité que ce soit dans l’armée américaine », a tweeté mercredi matin le président.

Donald Trump a mis en avant « le fardeau des coûts médicaux énormes » et « les perturbations que des personnes transgenres dans l’armée entraîneraient » pour justifier sa décision.

   

La Défense prise de court

Le ministère de la Défense américain semble avoir été pris de court par cette annonce, alors que le ministre de la Défense Jim Mattis est en congé. « Nous donnerons des instructions rapidement », a simplement commenté le porte-parole du Pentagone, le capitaine Jeff Davis, renvoyant toutes les questions vers la Maison-Blanche.

Jusqu’ici, les militaires qui dévoilaient leur identité de genre alors qu’ils étaient déjà sous l’uniforme ne pouvaient pas être expulsés de l’armée.

L’argument du coût des soins médicaux nécessaires pour un changement de sexe des recrues est battu en brèche par une étude du centre de réflexion RAND. Elle l’estime entre 2,4 et 8,4 millions de dollars par an pour un budget total du Pentagone de plus de 500 milliards en 2016.

Cette décision survient sous la pression des républicains chrétiens conservateurs qui veulent remettre en cause l’héritage du gouvernement de Barack Obama en faveur des personnes transgenres, un sujet très polémique aux États-Unis, malgré le très petit nombre de personnes concernées.

« Tous les Américains patriotes qualifiés pour servir dans notre armée doivent pouvoir le faire. Point final », a réagi l’ancien vice-président démocrate Joe Biden.

   

Le gouvernement Obama avait décidé l’année dernière que l’armée devrait commencer à accueillir des recrues transgenres au 1er juillet 2017.

Jim Mattis avait retardé cette échéance de six mois afin « d’évaluer l’impact » de cette intégration sur les forces armées.

Selon le ministère de la Défense américain, il y aurait de 2500 à 7000 personnes transgenres sur les 1,3 million de militaires en activité.

Le sénateur républicain John McCain a vivement critiqué le président Trump pour avoir annoncé ce stupéfiant renversement de politique de l’armée américaine sur Twitter.

« Tout Américain qui répond aux standards en vigueur sur le plan médical et de la préparation doit pouvoir continuer à servir », a-t-il tonné.

   

L’ancien Navy Seal Kristin Beck, qui s’est déclarée transgenre après 20 ans dans l’unité d’élite des forces spéciales américaines, a mis au défi Donald Trump de la rencontrer.

« Voyons-nous en tête-à-tête et dites-moi que je ne suis pas digne de servir dans l’armée », a déclaré Kristin Beck, décorée pour bravoure et blessure au combat, à Business Insider.

« J’aimerais les voir essayer de me virer de mon armée », a renchéri un autre militaire américain transgenre, le sergent Logan Ireland, dans le magazine Air Force Times.