Pour sortir de sa bulle cette semaine: journalisme, CNN et politique étrangère

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions ? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle. Au menu cette semaine : l’ère Trump marque l’effondrement du journalisme américain, CNN menace un internaute et les États-Unis doivent s’imposer en Asie face à la Chine et la Corée du Nord.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.

Choisir son camp

Depuis l’élection de Donald Trump, le paysage médiatique américain s’est divisé et crispé plus que jamais. Voilà le point de départ d’un discours que Michael Goodwin, chroniqueur au New York Post, a livré en avril dernier au collège Hillsdale, à Atlanta. Discours dans lequel il pose un regard sévère sur l’état actuel du journalisme américain. Goodwin est particulièrement dur envers le New York Times, où il a fait ses premières armes comme journaliste dans les années 80. Il l’accuse d’avoir renié ses principes de justesse et d’équité, qui en faisaient une institution phare du journalisme, pour s’abandonner à l’idée d’une couverture biaisée. L’ère Trump aura amené les médias à agir de manière honteuse, tonne Goodwin, et il ne croit pas qu’ils arriveront à recouvrer la confiance du public. Peut-on rétablir la situation, « réparer » les médias américains ? La réponse courte de Goodwin: « Non, c’est impossible à corriger. » Il vaut mieux se résigner à encourager les médias qui nous plaisent et ainsi… choisir son camp.

Extrait : « Day in, day out, in every media market in America, Trump was savaged like no other candidate in memory. We were watching the total collapse of standards, with fairness and balance tossed overboard. Every story was an opinion masquerading as news, and every opinion ran in the same direction — toward Clinton and away from Trump. »

Traduction libre : « Jour après jour, dans tous les marchés médiatiques américains, Trump a été attaqué sauvagement comme aucun autre candidat auparavant. Nous assistions à l’effondrement total des normes journalistiques, l’équité et l’équilibre étant jetés par-dessus bord. Chaque article était une opinion maquillée en nouvelle, et chaque opinion allait dans la même direction — en faveur [d’Hillary] Clinton et contre Trump. »

Lisez l’article: « Why the media has broken down in the age of Trump »

CNN contre Internet

CNN a-t-elle menacé un internaute de le mettre en « danger » ? La question se pose, selon David Harsanyi. L’éditorialiste de The Federalist revient ici sur la controverse présidentielle de la semaine : Donald Trump a retweeté une vidéo dans laquelle il tabasse une personne sur la tête de laquelle le logo de CNN est surimposé. Dans la foulée, CNN a affirmé posséder l’identité de l’auteur de la vidéo truquée, qu’elle se gardait de diffuser devant les excuses et la promesse de celui-ci de ne plus recommencer, mais aussi qu’elle se réservait le droit de publier son identité si cette promesse devait être brisée. Si Harsanyi n’a aucune sympathie pour l’internaute en question, sa critique envers la réaction de CNN — qu’il qualifie de menace pure et simple — est sans appel. Il en profite au passage pour égratigner le média et son utilisation de sources anonymes — qu’il juge ici hypocrite — pour couvrir les méfaits du président Trump.

Extrait : « No, this isn’t a First Amendment issue. Just because one of the nation’s most powerful journalistic institutions has the power to track down and ruin the lives of random Reddit users doesn’t mean it should. Just because it can coerce apologies, implicitly or explicitly, doesn’t mean it should, either. At the very least, it’s an abuse of its power and a waste of its resources. »

Traduction libre : « Non, ce n’est pas une question de premier amendement. Le simple fait que l’une des institutions journalistiques les plus puissantes du pays ait le pouvoir de retrouver et de ruiner la vie d’utilisateurs de Reddit ne signifie pas qu’elle devrait le faire. Qu’elle puisse contraindre ceux-ci à s’excuser, de manière implicite ou explicite, ne signifie pas qu’elle devrait le faire non plus. À tout le moins, c’est un abus de son pouvoir et un gaspillage de ses ressources. »

Lisez l’article: « What CNN’s Threat To Dox A Redditor Tells Us About The State Of Journalism »

« L’Asie d’abord »

L’heure est au repositionnement géopolitique en Asie, nous dit Harry J. Kazianis, collaborateur au magazine The Week. Les États-Unis font face à deux menaces dans cette région, la Chine et la Corée du Nord, et il est temps de les traiter comme un seul et même problème. Selon Kazianis, qui est directeur des études de défense au Center for the National Interest, c’est en Asie que l’avenir géopolitique des États-Unis se joue. Et pour assurer une influence américaine forte, Kazianis y va de cinq recommandations, parmi lesquelles : une présence militaire accrue, un ton ferme envers la Chine, une intransigeance envers la Corée du Nord. Bref, sont réunis ici tous les ingrédients d’une diplomatie bottée.

Extrait : « The evidence is overwhelming that a rising and defiant China, and a rogue North Korea — now armed with what appears to be an intercontinental ballistic missile, or ICBM — must become Washington’s top joint foreign policy priority. Everything else — whether it’s the Islamic State, Russia, Iran, or even the horrific Syrian civil war — pales in comparison. »

Traduction libre : « Il est de plus en plus évident que la Chine, ascendante et défiante, et le voyou nord-coréen — maintenant armé de ce qui semble être un missile balistique intercontinental, ou ICBM — doivent devenir la priorité absolue de la politique étrangère de Washington. Tout le reste, qu’il s’agisse du groupe armé État islamique, de la Russie, de l’Iran, ou même de l’horrible guerre civile syrienne, fait pâle figure en comparaison. »

Lisez l’article: « How America should handle the frightening North Korea problem »

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 8 juillet 2017 10 h 33

    Qu'ils se mèlent de leurs affaires!

    Selon ce Harry J. Kazianis, c’est en Asie que l’avenir géopolitique des États-Unis se joue. Est-ce que ça ne serait pas plutôt dans les rues de Detroit, les start-ups de San Fran ou les fermes de l'Iowa? Qu'ils règlent LEURS problèmes à eux et le monde s'en portera mieux.