Pour sortir de sa bulle cette semaine: immigration, violence politique et assurance maladie

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions ? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle. Au menu cette semaine : notre empathie envers les migrants ne doit pas nous faire oublier la nécessité des lois sur l’immigration ; la violence politique est étroitement liée à notre perception de l’État ; et l’échec des républicains à réformer l’assurance maladie est dû à leur manque de vision.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.

Immigrer, droit ou privilège?

Les nombreuses images de migrants qui risquent leur vie dans l’espoir d’une vie meilleure ont de quoi émouvoir. Leurs histoires publiées dans les médias nous sensibilisent à leur réalité, nous exposent aux épreuves qu’ils continuent d’affronter. Il est toutefois dangereux de se laisser emporter par nos bons sentiments, prévient Jonathan S. Tobin dans le National Review. Dans la foulée du décret anti-migratoire de Donald Trump, le chroniqueur reproche à ceux qui s’y opposent de soutenir l’idée, maquillée d’une rhétorique de « résistance » envers le président, qu’immigrer aux États-Unis est un droit et non un privilège accordé par l’État. Tobin est catégorique : on peut très bien être empathique, mais si cette empathie envers les migrants devait avoir préséance sur les lois sur l’immigration, ce serait la fin de l’État de droit.

Extrait : « If we assure illegals that they won’t be held accountable for their status if they come into contact with the authorities — such as when seeking health care — then the laws they’ve broken are meaningless and may be flouted with impunity. »

Traduction libre : « Si nous offrons l’assurance aux personnes illégales qu’elles ne seront pas inquiétées par leur statut si elles entrent en contact avec les autorités — par exemple lorsqu’elles souhaitent obtenir des soins de santé — [cela signifie que] les lois qu’elles ont transgressées n’ont plus aucun sens et peuvent être bafouées en toute impunité. »

Lisez l’article: « Is Immigration to the U.S. an Entitlement? »

Politique, vitriol et dynamite

Pourquoi la politique est-elle traversée par tant de vitriol, au point où des gens fantasment parfois sur l’assassinat de leurs opposants ? Cette question lancée par Robert Tracinski dans The Federalist s’inspire de récents épisodes de violences — réels ou « théâtralisés » —— aux États-Unis. Le cas plus choquant étant la fusillade qui a blessé, parmi d’autres, le représentant républicain Steve Scalise, le 14 juin dernier. La réponse de Tracinski ? Les gens projettent dans le gouvernement un énorme pouvoir. Perçu comme le meilleur, voire le seul espoir pour le salut du peuple, le gouvernement devient l’enjeu d’une lutte à mort. Son « mésusage » équivaut à une trahison pour certains, un danger mortel pour d’autres. À lire pour savoir en quoi l’arène politique est désormais à l’image d’un bâton de dynamite.

Extrait : « All of our politics today is a threat to coerce, or resentment against coercion, or a plan to coerce people in a different and supposedly better way. If the end goal is coercion, no wonder people fantasize about using force or violence as the means. »

Traduction libre : « Aujourd’hui, toutes nos politiques reposent sur la menace de coercition, un ressentiment envers la coercition, ou un plan visant à contraindre les gens de manière différente et soi-disant meilleure. Si l’objectif ultime est la coercition, il n’est pas étonnant que les gens fantasment sur l’utilisation de la force ou de la violence comme moyen [pour arriver à leurs fins]. »

Lisez l’article: « Why We Want To Kill Each Other Over Politics »


Pas solution de rechange conservatrice à Obamacare

Si plusieurs intellectuels conservateurs ont fini par accepter une forme ou une autre de redistribution des revenus, y compris en matière d’assurance maladie, ce n’est pas nécessairement le cas des politiciens républicains. C’est un des reproches que leur adresse David Brooks, dans sa chronique au New York Times. Au-delà de ce décalage, Brooks accuse les républicains d’être incapables de présenter une vision conservatrice pour la nation américaine, ce qui les empêche de présenter une réelle solution de rechange argumentée à Obamacare. À défaut d’un projet conservateur, souligne le chroniqueur, les républicains laissent entrevoir une vision cruelle parce qu’insouciante quant aux « effets réels que leur législation aurait sur le pays en général ».

Extrait : « Most political parties define their vision of the role of government around their vision of the sort of country they would like to create. The current Republican Party has iron, dogmatic rules about the role of government, but no vision about America. »

Traduction libre : « La plupart des partis politiques définissent leur vision du rôle du gouvernement autour de leur vision du genre de pays qu’ils souhaitent créer. Le Parti républicain actuel a des règles dogmatiques sur le rôle du gouvernement, mais aucune vision pour les États-Unis. »

Lisez l’article: « The G.O.P. Rejects Conservatism »