Pour sortir de sa bulle cette semaine : guerre, idéologie et démocratie

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle. Au menu cette semaine: les Américains risquent une autre décennie de guerre au Moyen-Orient, ils sont polarisés, certes, mais pas idéologiques, et toute bonne démocratie a besoin d’un parti conservateur fort.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.

Une autre décennie de guerre au Moyen-Orient


Les États-Unis s’enfoncent vers une autre décennie de guerre au Moyen-Orient, prévient le commentateur politique Fareed Zakaria dans sa chronique hebdomadaire au Washington Post. Selon lui, entre le Trump isolationniste de la dernière campagne électorale et le Trump aux « instincts machos », prêt à en découdre avec le groupe armé État islamique, c’est le second qui semble avoir pris le dessus. Le récent accrochage entre les forces américaines et l’armée du régime syrien, l’accélération des opérations militaires dans la région, notamment au Yémen, en Somalie et en Afghanistan, cachent une absence de stratégie globale, analyse le spécialiste des questions internationales.


Extrait : « In almost every situation that U.S. forces are involved in, the solutions are more political than military. [...] Military force without a strategy or deeply engaged political and diplomatic process is destined to fail, perhaps even to produce unintended consequences — witness the past decade and a half. »


Traduction libre : « Dans presque toutes les situations auxquelles les forces armées américaines prennent part, les solutions sont plus politiques que militaires. [...] La force militaire dépourvue de stratégie ou d’un processus politique et diplomatique profondément engagé est vouée à l’échec, peut-être même à produire des conséquences imprévues — en témoigne la dernière décennie et demie. »


Lisez l’article: « The United States is stumbling into another decade of war »


Polarisés, mais pas idéologiques


Les Américains seraient bel et bien polarisés, mais pas suivant des frontières idéologiques. La thèse vient de deux professeurs de science politique, Donald R. Kinder et Nathan P. Kalmoe, et est résumée ici dans The American Conservative par George Hawley, qui enseigne lui aussi la science politique, à l’Université de l’Alabama. En gros: « Une majorité écrasante d’Américains n’ont aucune conviction idéologique significative. » Les préférences politiques de la plupart des Américains ne sont pas limitées par des idéaux abstraits. La politique partisane américaine serait plutôt enracinée dans une « politique identitaire ». Le choix d’un parti ou, dans certains cas, d’une idéologie se fait en fonction de nos identités sociales. Selon Hawley, cette thèse offre des outils pour mieux comprendre l’ascension de Donald Trump.


Extrait : « Although Americans, on average, are not ideological, we are partisan. Our emotional attachments to political parties are real and enduring. But for most of us, our party identification is not the result of our ideological inclinations. »


Traduction libre : « Bien que les Américains, en moyenne, ne soient pas idéologiques, nous sommes partisans. Nos attachements émotionnels aux partis politiques sont réels et durables. Mais pour la plupart d'entre nous, notre identification au parti n'est pas le résultat de nos inclinations idéologiques. »


Lisez l’article: « Why Do Democracies Fail? »


Démocratie et conservatisme


Pas de démocratie possible sans parti conservateur bien établi ? C’est ce que suggère David Frum dans cette chronique pour The Atlantic. L’idée vient plutôt d’un livre rédigé par Daniel Ziblatt, professeur de science politique à Harvard, et dont Frum résume ici la thèse. Selon Ziblatt, qui s’appuie sur une vaste étude comparative des pays d’Europe de l’Ouest aux 19e et 20e siècles, le succès d’une transition démocratique repose sur le sentiment qu’ont les élites d’être capables de se concurrencer dans des conditions démocratiques. Comment mesure-t-on ce sentiment, cette confiance? Les résultats de Ziblatt pointent vers « la capacité de construire un parti politique conservateur compétitif et efficace avant la transition vers la démocratie ». Résultats sur lesquels Frum s’appuie pour tracer un parallèle avec un scepticisme envers la démocratie qui traverserait le discours conservateur américain et des institutions conservatrices sur le déclin.


Extrait : « Some conservative intellectuals attribute Trump’s ascendancy to a betrayal of conservative ideals. That’s true so far as it goes. But the more relevant truth [...] is that Trump arose because of the hollowing out of conservative institutions. »


Traduction libre : « Certains intellectuels conservateurs attribuent l'ascendance de Trump à une trahison envers les idéaux conservateurs. C'est vrai dans la mesure du possible. Mais la vérité plus pertinente [...] est que Donald Trump a surgi en raison de l’effondrement des institutions conservatrices. »


Lisez l’article: « No, Americans Are Not Polarized By Ideology »