Un Québécois attaque un policier dans un aéroport du Michigan

Des policiers devant l’édifice à logements dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, où réside le suspect de l’agression perpétrée dans un aéroport à Flint, au Michigan
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des policiers devant l’édifice à logements dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, où réside le suspect de l’agression perpétrée dans un aéroport à Flint, au Michigan

Le suspect qui a poignardé un policier mercredi matin à l’aéroport de Flint, au Michigan, est un citoyen canadien vivant à Montréal, Amor Ftouhi, un homme d’une cinquantaine d’années, a confirmé la police fédérale américaine (FBI) en début de soirée.

Trois personnes ont été interpellées lors d’une opération policière mercredi après-midi dans le quartier Saint-Michel à Montréal. La Gendarmerie royale du Canada (GRC), mandatée par le FBI, était toujours sur place au moment d’écrire ces lignes. Des résidents du même immeuble à logements auraient été interrogés.

L’attaque est traitée par le FBI en tant qu’« acte de terrorisme », a énoncé l’enquêteur spécial David Gelios. Des témoins avaient rapporté plus tôt que le suspect avait crié « Allahou Akbar » avant d’attaquer au couteau un policier, des allégations confirmées par M. Gelios en point de presse.

Le policier blessé se nomme Jeff Neville. Atteint au cou, il semble hors de danger, puisque l’enquêteur Gelios s’attend à « son rétablissement complet ». M. Neville s’est d’abord défendu avec vigueur, a glissé Chris Miller de la police du Michigan. Lui-même sur les lieux, il s’est rué sur le suspect jusqu’à pouvoir lui passer les menottes. Un employé de l’aéroport, et ami de la victime, a également usé de la force pour maîtriser Amor Ftouhi : « C’était terrifiant de voir quelque chose se dérouler aussi rapidement », a-t-il relaté en conférence de presse.

 

Déroulement

L’enquêteur Gelios a reconstitué la succession des événements, détaillée également dans la première plainte criminelle déposée mercredi. Le suspect, Amor Ftouhi, est entré par le lposte frontière de Lacolle aux États-Unis le 16 juin. Il est ensuite arrivé à Flint mercredi matin et s’est dirigé vers l’aéroport : d’abord au premier étage, puis il s’est assis au restaurant, avant d’aller aux toilettes avec deux sacs, laissés dans les toilettes. Il en est ressorti en brandissant un couteau et il a attaqué le policier.

Une cinquantaine de minutes se sont écoulées entre le moment où il est entré dans une zone non sécurisée de l’aéroport et l’acte de violence lui-même. Il est accusé de violence dans un aéroport international pour l’instant, mais d’autres chefs d’accusation pourraient s’ajouter.

Motivations

Amor Ftouhi a-t-il traversé la frontière avec l’idée de tuer ? Impossible de connaître ses motivations à ce stade-ci, a répété l’inspecteur du FBI David Gelios, mentionnant tout de même sa « haine envers les États-Unis ». « Il a fait référence au fait d’avoir tué des personnes en Irak, en Syrie, en Afghanistan », a-t-il précisé.

Londres, Paris, Bruxelles : puisque l’agression de mercredi survient dans un contexte d’accélération des attentats en Europe, les médias locaux ont pressé l’enquêteur spécial du FBI de questions sur les liens de M. Ftouhi avec des réseaux terroristes. « À partir des informations que nous avons présentement, nous ne croyons pas que d’autres personnes étaient impliquées. Nous n’avons pas d’informations qui suggèrent un complot plus vaste. […] Nous n’avons pas d’informations qui suggèrent un entraînement. »

L’attaque n’a pas été revendiquée par une organisation terroriste. Le FBI considère pour l’instant l’hypothèse d’un « loup solitaire », en attendant d’avoir fouillé davantage son matériel électronique et son véhicule.

Une expression que l’analyste en affaires policières et terroristes, Stéphane Berthomet, également codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, voit comme une erreur de terminologie. « Ça fait entrer dans la même catégorie des individus qui agissent de façon individuelle, mais qui ont tous les mêmes objectifs », résume-t-il. S’ils sont individualistes dans leur démarche, ils peuvent avoir été incités par d’autres personnes, ou du moins influencés par la propagande idéologique, celle du groupe armé État islamique, par exemple.

Mais il va plus loin dans son analyse, observant que la question des troubles mentaux devient de plus en plus présente dans les attentats récents. Le schéma des individus qui font l’objet d’une enquête pour « terrorisme » indique souvent « des dérives individuelles, personnelles, sociales, idéologiques, mentales ». Au lieu de vivre cette forme de quête existentielle à l’ombre ou en silence, « l’individu décide de transformer sa défaite en un éclat qui aura un impact médiatique, notamment dû à la visibilité d’organisations comme Daech [acronyme arabe du groupe EI] ».

Collaboration canadienne

Le suspect est toujours interrogé par la police et il est coopératif, selon le FBI qui ajoute qu’il n’était pas connu des forces policières. La GRC n’a pas donné suite aux appels du Devoir et menait toujours une opération dans le quartier Saint-Michel au moment d’écrire ces lignes.

Ottawa a confirmé en soirée que le suspect est Canadien. Le ministère de la Sécurité publique a condamné cette attaque, qualifiée de « haineuse et lâche ». « Il y a une collaboration totale entre la GRC et les autres autorités canadiennes avec leurs homologues des États-Unis. Les autorités américaines dirigent l’enquête, qui en est à ses débuts. Le Canada est prêt à faire tout en son pouvoir pour aider », a indiqué un porte-parole au nom du ministre Ralph Goodale.

Le président américain, Donald Trump, avait été tenu informé de cet événement dans l’après-midi.

L’aéroport international Bishop, qui avait été évacué, a rouvert ses portes en début de soirée. La situation est « maîtrisée », a quant à elle rassuré la mairesse de Flint, Karen Weaver, ajoutant que les autorités prendront des précautions supplémentaires.

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