Pour sortir de sa bulle cette semaine: une Amérique divisée

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle. Au menu cette semaine: trois regards conservateurs sur une Amérique divisée.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.

« Chaos multiculturel »

Les choses vont mal au pays de Victor Davis Hanson. Le principal mal qui afflige le peuple américain ? Le « chaos multiculturel », écrit le chroniqueur et historien militaire dans ce papier pour National Review. L’immigration non contrôlée, ici montrée du doigt, serait source de division et de repli sur soi. Pour Hanson, le dilemme se résume ainsi : soit les Américains acceptent de s’en remettre à une seule langue commune et de prêter allégeance à une culture commune et singulière (le melting-pot à l’américaine), soit ils finiront par s'engouffrer dans la violence clanique. Finalement, et malgré un appel au calme et aux rapprochements plutôt qu’aux divisions, le portrait et les perspectives avancés par Hanson sont plutôt sombres.
 

Extrait : « America barely survived the Civil War of 1861–65, the Great Depression of 1929–39, and the rioting and protests of the 1960s. But today’s growing divides are additionally supercharged by instant Internet and social-media communications, 24/7 cable news, partisan media, and the denigration of America’s past traditions. »


Traduction libre : « L'Amérique a survécu de justesse à la guerre civile de 1861-1865, à la Grande Dépression de 1929-1939 et aux émeutes et manifestations des années 1960. Mais les divisions croissantes d'aujourd'hui sont en outre surchargées par des communications instantanées sur Internet et les réseaux sociaux, des nouvelles en continu 24 heures par jour, des médias partisans et le dénigrement des traditions passées de l'Amérique. »


Lisez l’article: « Can a Divided America Survive? »


Les années 1960 (bis?)


Les divisions politiques et sociales actuelles aux États-Unis sont-elles comparables à la situation explosive qui caractérisait les années 1960 ? Elles évoquent du moins des souvenirs d’enfance chez John Podhoretz. Le chroniqueur au New York Post n’y voyait pas forcément un parallèle possible jusqu’à la fusillade de mercredi dernier, où un militant de gauche hostile à Donald Trump a ouvert le feu sur des républicains du Congrès qui jouaient au baseball près de Washington. Acte isolé ou aube d’un « chaos portant la signature effrayante » des années 1960 ? Podhoretz lance la question sans réellement se risquer à une réponse, se contentant de mettre en garde contre le « grand danger » qui nous guette.


Extrait : « I don’t want to invoke all the clichés of the past decade, but you know them all — we’re a divided nation, we’re all living in our own bubbles, we don’t even accept the same facts and we hate each other. The problem is these clichés are largely true. »


Traduction libre : « Je ne veux pas invoquer tous les clichés de la dernière décennie, mais vous les connaissez tous — nous sommes une nation divisée, nous vivons tous dans nos propres bulles, nous n'acceptons même pas les mêmes faits et nous nous détestons les uns les autres. Le problème est que ces clichés sont en grande partie vrais. »


Lisez l’article: « It feels like America is descending into chaos »


Nation triée sur le volet


Citée dans le précédent texte de Podhoretz, cette longue analyse de David French publiée dans le National Review s’essaie à démontrer, statistiques à l’appui, que les Américains s’isolent de plus en plus dans des enclaves homogènes. Ces clivages, selon le chroniqueur, s’apparentent à un début de divorce national, facilité par les nombreux moyens disponibles pour limiter nos interactions aux cercles restreints des gens qui nous ressemblent. À « trier » nos relations. Et face à ce « grand tri » qui se poursuit, French se demande ce qui va l’emporter au bout du compte : le désir de se séparer ou celui de dominer ? Ou peut-on plutôt choisir de tolérer ?


Extrait : « Americans now have an extraordinary ability not just to meet, interact, and maintain relationships with people of our own social and political class but also to form extraordinarily precise and insulated subcultures. The Internet brings all of human knowledge to our smartphones, but rather than using it as a tool for outreach and understanding, we’re using it to find and live with people just like us. In other words, we’re sorting. »


Traduction libre : « Les Américains ont maintenant une capacité extraordinaire non seulement à se rencontrer, à interagir et à entretenir des relations avec des personnes de leur propre classe sociale et politique, mais aussi à former des sous-cultures extraordinairement précises et isolées. Internet permet d’acheminer toute la connaissance humaine vers nos téléphones intelligents, mais plutôt que d’utiliser ce savoir comme outil de sensibilisation et de compréhension, nous l'utilisons pour trouver et vivre avec des gens comme nous. En d'autres termes, nous trions. »


Lisez l’article: « We’re Not in a Civil War, but We Are Drifting Toward Divorce »