Accord de Paris: isolé, le gouvernement Trump s’arc-boute

Devant l’ambassade des États-Unis à Berlin, en Allemagne, des manifestants, dont des candidats du Parti vert, ont protesté vendredi contre la décision du président Donald Trump de se retirer de l’Accord de Paris. «C’est Trump contre la planète», peut-on lire sur la bannière.
Photo: Britta Pedersen Associated Press Devant l’ambassade des États-Unis à Berlin, en Allemagne, des manifestants, dont des candidats du Parti vert, ont protesté vendredi contre la décision du président Donald Trump de se retirer de l’Accord de Paris. «C’est Trump contre la planète», peut-on lire sur la bannière.

Montrée du doigt, isolée sur la scène internationale, la Maison-Blanche a défendu vendredi son retrait de l’Accord de Paris sur le climat, tout en refusant obstinément de dire si Donald Trump croyait en la réalité du changement climatique.

Les réactions ont fusé des quatre coins de la planète, dans la sphère politique mais aussi économique, entre stupeur, colère et effarement, après le discours du président américain annonçant l’abandon par les États-Unis de ce texte emblématique conclu fin 2015 par 195 pays.

« Le président a pris une décision très courageuse […] Nous n’avons aucune raison de nous excuser en tant que pays », a lancé Scott Pruitt, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), assailli de questions au lendemain d’une décision qui a semé la consternation à travers le monde.

Au moment où les pays européens s’affichaient, avec la Chine, comme les nouveaux porteurs de flambeau de la « diplomatie climat », l’exécutif américain accusait ces derniers de monter au créneau sur ce thème pour nuire aux États-Unis.

« Le monde a applaudi quand nous avons signé l’Accord de Paris. Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils savaient que cela placerait notre pays dans une position désavantageuse », a lancé Scott Pruitt, l’un des plus farouches opposants à l’Accord de Paris.

« La raison pour laquelle les dirigeants européens veulent que nous restions dans l’Accord est qu’ils savent que cela va continuer à brider notre économie », a-t-il ajouté, dénonçant par ailleurs ceux qu’il a qualifiés d’« exagérateurs du climat ».

Interrogé pour la énième fois sur la position du 45e président des États-Unis sur le réchauffement climatique, qu’il a par le passé qualifié de « canular », son porte-parole Sean Spicer a esquivé : « Je n’ai pas eu l’occasion d’avoir cette discussion avec lui. »

Front commun UE-Chine

Coïncidence des agendas, le sommet annuel UE-Chine organisé vendredi à Bruxelles a offert une tribune aux deux partenaires pour clamer haut et fort leur engagement commun. « Aujourd’hui, nous accroissons notre coopération sur le changement climatique avec la Chine », a assuré le président du Conseil européen à l’issue de la rencontre.

Dès le début de la journée, le patron de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait dessiné les contours du nouveau moteur dans la lutte contre le changement climatique. « Notre partenariat avec la Chine aujourd’hui est plus important que jamais », a assuré M. Juncker.

La Chine, plus discrète que l’UE sur le sujet vendredi à Bruxelles, s’est tout de même dite prête à « chérir le résultat chèrement gagné » à Paris.

Aux côtés de Pékin, les États-Unis de Barack Obama avaient largement participé à la réussite de l’Accord de Paris, qui vise à contenir la hausse de la température moyenne mondiale « bien en deçà » de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Le retrait américain de cet accord pourrait, « dans le pire des scénarios », se traduire par une augmentation supplémentaire de 0,3 degré de la température du globe au cours du XXIe siècle, a estimé l’ONU.

Dans le concert de condamnations, peu de voix discordantes se sont fait entendre. Parmi elles, le président russe, Vladimir Poutine, s’est refusé à condamner son homologue américain, plaidant pour un « travail en commun » avec les États-Unis.

« Je ne pense pas que nous allons modifier nos efforts pour réduire nos propres émissions de gaz à effet de serre à l’avenir », a tenté de rassurer vendredi le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson.

Les Nations unies, qui chapeautent l’Accord, ont fait part de leur « grande déception ». « On ne peut pas arrêter l’action concernant le climat », pas plus que le changement climatique est indéniable, a noté le secrétaire général des Nations unies António Guterres.

En opposition au président américain, qui affiche sa volonté de soutenir les énergies fossiles au nom de la défense de l’emploi, les Européens, mais aussi le Brésil et la Nouvelle-Zélande ont réaffirmé leur conviction que la transition énergétique était un facteur de croissance.

« Make our planet great again » : Macron bat un record français

Paris — Emmanuel Macron est devenu vendredi le Français le plus retweeté avec son message « Make our planet great again », posté à minuit, partagé plus de 140 000 fois et « liké » 227 000 fois vendredi après-midi, selon le réseau social. Vers 23 h 30 jeudi, le président français a fait une déclaration en français puis en anglais pour répondre à Donald Trump. Cette déclaration en anglais depuis l’Élysée est une première historique pour un président français. Jusqu’ici, le record du retweet pour un compte français était détenu par un animateur de télévision. Le message qui détourne le slogan de Donald Trump « Make America Great Again », en majuscules sur fond bleu-vert, a été partagé dans le monde entier : plus de 20 % des retweets venaient des États-Unis, près de 10 % de France, 5 % du Royaume-Uni et 3 % du Mexique, selon le cabinet Visibrain.
1 commentaire
  • Colette Pagé - Abonnée 2 juin 2017 20 h 42

    Trump est un ignorant. ( L'écrivain Jay McInerney)

    C'est une vraie tragédie, pour les artistes et pour le pays. L'art c'est une partie de l'âme d'une société, la mémoire d'une civilisation. Nous sommes abasourdis.

    Trump est un ignorant. Il ne s'intéresse à rien, ni à la littérature, ni à la musique, ni à l'art en général.

    J'ai un ami, poursuit l'écrivain, qui a écrit un article sur lui et qui a visité son domicile newyorkais: eh bien, dans son appartement, les livres sont des faux livres. Des tranches reliées cuir, mais des livres factices ! De même, lui disait-il, aucun tableau n'est authentique : il a vu des faux Renoir. Même ça, c'est du toc.

    Partant delà, il ne faut pas se surprendre que son ignorance de climatosceptique encouragée par son souffleur Bannon l'encourage à continuer à considérer que les États-Unis sont à nouveau victime du traitement qui leur est infligé par le reste du monde.

    En soi, que Trump quitte l'accord de Paris est un bon débarras. En revanche, la mobilisation des États, des municipalités, du milieu des affaires, des philantrophes, des universitaires et des chercheurs continueront à oeuvrer pour réduire les émissions et pour laisser une planète en meilleure santé pour nos enfants.

    Laissons ce démolisseur du travail du président Obama à ses invectives, à ses tweets vengeurs, à ses lubies et à ses mensonges.