Climat: la bataille contre Trump se met en branle

Élus, chefs d’entreprises et militants se mettaient vendredi en ordre de bataille pour lutter contre le changement climatique.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Élus, chefs d’entreprises et militants se mettaient vendredi en ordre de bataille pour lutter contre le changement climatique.

Des dizaines d’élus, de puissants chefs d’entreprises comme Michael Bloomberg et d’influents membres de la société civile se mettaient vendredi en ordre de bataille pour lutter contre le changement climatique, bien décidés à contrecarrer les effets du retrait de l’accord de Paris annoncé par Donald Trump.

Beaucoup d’entre eux se préparaient à cette décision depuis des semaines, à commencer par l’ex-maire de New York et philanthrope Michael Bloomberg qui a fait du changement climatique l’une de ses causes célèbres.

Le milliardaire, 10e fortune mondiale selon Forbes et émissaire de l’ONU pour les villes et les changements climatiques, a annoncé que sa fondation, Bloomberg Philanthropies, allait fournir au bureau de l’ONU chargé du climat les 15 millions de dollars qui équivalent à la contribution que devaient apporter les États-Unis.

   

Il s’est rendu vendredi à Paris pour dire au président français Emmanuel Macron que villes, entreprises et États américains « satisferaient » quoi qu’il arrive leurs engagements de l’accord de Paris.

Et a annoncé un plan alternatif inédit : 30 maires, trois gouverneurs, plus de 80 présidents d’université et 100 entreprises sont déjà prêts selon lui à s’engager ensemble auprès des Nations unies, au même titre que les pays signataires de l’accord, pour remplir les objectifs américains de réduction des gaz à effet de serre.

« Nous allons de l’avant »

« Les Américains n’abandonnent pas l’accord de Paris. Au contraire, nous allons de l’avant », a déclaré le milliardaire de 75 ans. « Les Américains honoreront l’accord de Paris en partant de la base, et Washington ne pourra rien faire pour nous en empêcher. »

Je m’étais déjà engagé à réduire de 80 % les émissions de New York d’ici 2050. Nous voulons maintenant dépasser cela.

 

On ignore encore dans quelle mesure les Nations unies pourraient accepter de tels engagements de la part d’un groupement qui n’est pas un État. Mais cette première coalition, « si elle s’élargit rapidement comme cela semble être le cas, pourrait minimiser l’impact » de la décision de Trump, a estimé Robert Orr, ex-conseiller spécial de l’ONU sur le changement climatique.

L’initiative illustre en tout cas la détermination des intéressés. Et la nouvelle bataille qui s’annonce pour l’administration Trump, après le combat qui a mobilisé de nombreux élus et société civile contre le décret migratoire visant des pays à majorité musulmane, bloqué par la justice.

Les noms des participants au plan alternatif annoncé par Bloomberg n’ont pas encore été divulgués.

Les trois gouverneurs devraient être ceux des puissants États de New York, de Californie et de Washington. Les trois démocrates, Andrew Cuomo, Jerry Brown et Jay Inslee, qui représentent ensemble un cinquième de la population et du produit intérieur brut (PIB) américain, avaient annoncé jeudi « une alliance » pour tenir les engagements américains contre le réchauffement

Normes déjà adoptées

D’autres États pourraient les rejoindre, d’autant qu’une trentaine — y compris des États dirigés par des républicains — ont déjà adopté des normes pour forcer les compagnies d’électricité à augmenter la part d’énergies renouvelables dans la prochaine décennie.

De l’Alaska, aux premières loges du réchauffement avec sa façade sur l’Océan arctique, à la Virginie en passant par le Colorado, nombreux sont les gouverneurs qui ont fait voeu dès jeudi de poursuivre leurs efforts de réduction des émissions.

Quant aux 30 maires déjà partants pour rejoindre l’initiative Bloomberg, leurs rangs pourraient aussi grossir. Quatre-vingt-six maires, représentant plus de 40 millions d’Américains, ont promis vendredi d’« intensifier leurs efforts » pour honorer l’accord de Paris.

Ils incluent les grandes métropoles, New York, Los Angeles, Chicago, Houston ou Atlanta. Et des villes secondaires comme Pittsburgh, en Pennsylvanie — dont le maire est monté au créneau dès jeudi après que Trump eut cité sa ville pour justifier le retrait.

« Je m’étais déjà engagé à réduire de 80 % les émissions de New York d’ici 2050. Nous voulons maintenant dépasser cela » pour compenser le retrait américain, a expliqué vendredi le maire de New York, Bill de Blasio.

De nombreuses associations devraient aussi tenter de mobiliser les millions d’Américains convaincus du bien-fondé de la lutte pour le climat.

Selon un sondage de l’Université Yale début mai, 69 % des électeurs américains souhaitaient voir les États-Unis rester dans l’accord de Paris. Et 66 % se disaient début avril inquiets de l’impact du changement climatique sur leur vie personnelle, selon l’institut Quinnipiac.

Dans la bataille qui s’engage, les défenseurs du climat ont aussi à leurs côtés de puissantes entreprises, comme Coca-Cola, le conglomérat industriel General Electric, les géants pétroliers Chevron ou ExxonMobil, ou de grands groupes informatiques et financiers.

2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 2 juin 2017 15 h 07

    WoW!

    Ça c'est de la belle politique : convaincue et mobilisée. C'est gens savent se recentrer sur leur projet commun et avancer ensemble. J'aimerais voir ça chez nous!

    • Michel Bouchard - Abonné 2 juin 2017 15 h 27

      peut-être chez les Québecois mais pas du côté Canadians ( ceux du Roc) trop peureux des États-Unis.