Pour sortir de sa bulle cette semaine: l'attentat de Manchester et les fuites à la Maison-Blanche

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions? Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.

Les textes choisis viennent des presses américaine et anglaise et sont donc en anglais.


Réaliste, mais pas fataliste

Les jours qui suivent un attentat terroriste font souvent place à une série de commentaires parfois alarmistes, parfois moralisateurs, parfois encore carrément guerriers. Ce n'est toutefois pas la voie choisie par Alex Massie dans ce texte publié dans l'hebdomadaire The Spectator. Massie, éditorialiste pour la section du média consacrée à l'Écosse, appelle plutôt à la retenue et à la tolérance. Selon ce chroniqueur conservateur, qui signe aussi des textes dans l'édition écossaise du Times« le prix de la vigilance se paie aussi en réalisme ». Au lecteur qu'il espère conscient des compromis entre sécurité et liberté qui sous-tendent son mode de vie, il rappelle ce même réalisme devant la réalité du terrorisme qui n'équivaut pas au fatalisme, qu'au final la vie doit tout de même suivre son cours.
 

Extrait : « Clickbait hackery will call for internment or mass surveillance or some other dramatic gesture that satisfies the craving to “just do something, damnit”, but that would do little to improve security or that, even if it did, would require us to sacrifice the very principles that, in our grander moments, we think define our society, our way of life. Here, as everywhere, there are trade-offs and sometimes these are deeply, necessarily, uncomfortable. »
 

Traduction libre : « La carriole en mal de clics exigera l'internement ou une surveillance de masse, ou encore d'autres gestes majeurs, pour satisfaire un souhait de “simplement faire quelque chose, bon sang”, mais améliorerait peu la sécurité, ou alors, même si ça le faisait, cela exigerait que nous sacrifiions les principes mêmes qui, dans nos meilleurs moments, définissent selon nous notre société, notre mode de vie. Ici, comme dans tout, il y a des compromis à faire et parfois ceux-ci sont profondément, nécessairement inconfortables. »
 

Lisez l’article: « The Manchester attack is especially vile but we must go on »


Le terrorisme, la nouvelle norme


Son de cloche différent dans la National Review, où le journaliste David French, déjà cité auparavant dans la présente série, exprime plutôt une inquiétude : que le terrorisme se normalise au point où on s'en accommode. Aurait-on accepté le risque du terrorisme au point de ne plus avoir la volonté de l'enrayer ? French appelle à un retour aux politiques de l'ère Bush fils. Selon lui, depuis la fin de la présidence de George W. Bush, la menace terroriste s'est accrue en Occident. Il se désole que les gouvernements occidentaux se refusent à revenir aux politiques de l'ancien président, à faire les mêmes « sacrifiques », même si, selon lui, ces politiques ont prouvé qu'elles pouvaient atténuer le danger.
 

Extrait : « The Western world knows the price it has to pay to decisively reduce the terror threat. It’s no longer willing to pay that price. It’s no longer willing even to let their militaries truly do the jobs they volunteered to do. So there will be more Manchesters, more Parises, more Nices, and more Orlandos. But that’s what happens when we’re not willing to do what it takes. I hope at least our hashtags can make us feel better about our choice. »
 

Traduction libre : « Le monde occidental connaît le prix qu'il faut payer pour réduire de manière décisive la menace terroriste. Il n'est plus prêt à payer ce prix. Il n'est plus prêt à laisser ses militaires vraiment faire le travail pour lequel ils se sont portés volontaires. Donc, il y aura plus de Manchester, plus de Paris, plus de Nice et plus d'Orlando. C'est ce qui se passe lorsque nous ne voulons pas faire ce qui doit être fait. J'espère qu'au moins nos mots-clics pourront nous réconforter sur notre choix. »

Lisez l’article : « immigration-safe-havens-isis" target="_blank">The World Is Too Comfortable with Terror »

Des fuites, encore des fuites


Laisser fuiter des informations est-il devenu la norme pour s'opposer à Donald Trump ? L'analyste conservateur Michael Gerson revient ici, dans les pages du Washington Post, sur la plus récente fuite en date. Le New York Times s'est fait lire la transcription d'une conversation tenue dans le Bureau ovale dans laquelle le président se confesse sur le renvoi de James Comey, qui était à la tête du FBI. Gerson, qui a déjà eu accès à des documents classifiés sous la présidence de George W. Bush, rappelle ici que celui ou celle qui divulgue ce genre d'information très délicate s'expose à des représailles sévères. Une démarche qui ne peut donc être prise à la légère. Pas de doute néanmoins, selon le chroniqueur, que Trump est lui-même responsable, par sa manière de gouverner, de l'ambiance de « fosse aux serpents » qui ouvre en ce moment la voie aux fuites. Il n'en demeure pas moins, rappelle Gerson, que les officiels de l'État ont le devoir de respecter les règles qui encadrent leur profession, sans quoi, en plus d'une peine de prison, ils risquent de faire le jeu du président.
 

Extrait :« A leak of classified material to damage the president is the abrogation of a professional standard, and the arrogation of democratic authority. It can lead to a very bad place, in which national security and law enforcement officials are engaged in payback or (worse) pursuing political goals beyond their remit. This undermines the authority of the institutions they serve by confirming the view, held by a significant number of Americans, that the “system” is somehow rigged. »
 

Traduction libre :« Une fuite d'informations classifiées qui vise à nuire au président est synonyme d'abrogation d'une norme professionnelle et d'abrogation de l'autorité démocratique. Cela peut mener à un scénario très néfaste, dans lequel les responsables de la sécurité nationale et de l'application de la loi cherchent à se venger ou (pire) poursuivent des objectifs politiques au-delà de leurs compétences. Cela porte atteinte à l'autorité des institutions qu'ils servent en confirmant l'opinion, détenue par un nombre significatif d'Américains, que le “système” est en quelque sorte truqué. »
 

Lisez l’article : « In Trump’s house of betrayal, leaks are business as usual. That’s a big problem. »