Quand le président américain traîne un boulet russe

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avec Donald Trump à la Maison-Blanche, le 10 mai dernier
Photo: Ministère des Affaires étrangères de Russie / Agence France-Presse Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avec Donald Trump à la Maison-Blanche, le 10 mai dernier

Le président Donald Trump peine à se défaire du boulet russe qu’il traînait déjà avant d’être élu à la tête des États-Unis. Les possibles liens entre lui, ou certains de ses proches, et Moscou risquent de continuer à affaiblir son gouvernement, qui peine à détourner l’attention sur d’autres enjeux.

« Ce n’est pas encore une crise, mais disons que la ligne commence à être mince avant que ça en devienne une », indique Philippe Fournier, coordonnateur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

La dernière semaine a été éprouvante pour le gouvernement Trump. Les soupçons d’ingérence de la Russie auprès de l’équipe de l’homme d’affaires lors de la campagne électorale de novembre dernier n’ont cessé de se multiplier.

Alors que le président a limogé le patron du FBI, James Comey, le New York Times révélait que M. Trump aurait tenté de mettre fin à une enquête fédérale sur son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn.

[La polémique] retarde beaucoup la mise en marche de la machine gouvernementale et l'application de la machine gouvernementale et l'application des différentes parties du programme politique promis par M. Trump

 

Il a aussi reconnu cette semaine avoir dévoilé des informations confidentielles à Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, plaidant qu’il avait « le droit » de le faire.

Résultat ? Quatre enquêtes sont en cours sur les liens entre des membres de sa garde rapprochée et celle du président russe, Vladimir Poutine.

Puisque tous les yeux sont rivés sur cette possible collusion, l’ordre du jour législatif du gouvernement se retrouve paralysé, soutient M. Fournier.

« La conséquence de cette polémique c’est qu’elle retarde beaucoup la mise en marche de la machine gouvernementale et l’application des différentes parties du programme politique promis par M. Trump », mentionne-t-il. Sa seule véritable victoire législative fut l’abrogation de l’Obamacare. Sa réforme fiscale n’est toujours pas adoptée.

L’artisan de son malheur

Mais Trump est responsable de son sort, soutient Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand.

Le spécialiste rappelle que lors des primaires, il a cumulé les flatteries à l’égard de Vladimir Poutine.

En septembre 2016, il a notamment déclaré qu’à ses yeux, M. Poutine est un bien meilleur leader que son prédécesseur, Barack Obama.

« Il a toujours été provocateur et il a pris plaisir à jouer avec les affinités qu’il partageait avec le président russe », mentionne M. Jacob.

Selon lui, c’est encore une fois son caractère imprévisible qui l’embourbe dans le dossier de la Russie.

Encore cette semaine, M. Trump a vivement réagi à la nomination de Robert Mueller au poste de procureur spécial de l’enquête sur la possible collusion entre les Russes et son équipe lors de la présidentielle. Sur Twitter, M. Trump s’est dit victime de « la plus grande chasse aux sorcières menée contre un homme politique de l’histoire américaine ».

« La nomination de Mueller, c’est en réalité une bouée de sauvetage. Il aurait pu la prendre et dire qu’il allait collaborer, ça aurait contribué à calmer les choses. Mais Trump étant Trump, il n’a pas pu s’empêcher de jeter de l’huile sur le feu et a voulu, une fois de plus, se présenter en victime », indique M. Jacob.

Affinités

M. Trump aurait pu calmer le jeu en montrant qu’il souhaitait collaborer aux enquêtes, croit Ekaterina Piskunova, chercheuse spécialiste des relations russo-américaines au CERIUM.

Les affinités sur lesquelles ont fait du millage MM. Trump et Poutine durant la campagne présidentielle de 2016 ne sont jamais concrétisées.

« Lorsqu’on regarde les faits, il n’y a rien qui montre que depuis que M. Trump est à la Maison-Blanche, les relations avec la Russie sont plus amicales », souligne Mme Piskunova.

Au contraire, les États-Unis et la Russie ont eu d’importants accrochages. « On peut penser aux frappes en Syrie auxquelles la Russie ne s’attendait pas. M. Trump a fait ce que Barack Obama n’a jamais fait en huit ans », indique-t-elle.

Le dossier russe fait partie, selon Mme Piskunova, d’une lutte interne que livrent les démocrates aux républicains de laquelle la Russie peut tirer avantage.

« La Russie est habile parce que depuis que Trump a ouvert la porte à leurs affinités, elle n’hésite pas à commenter les polémiques américaines. Elle sait que lorsqu’elle propose de donner la transcription de la conversation entre M. Trump et son chef de la diplomatie, elle alimente le scandale et affaiblit les États-Unis », indique Mme Piskunova.


Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

Chronologie d’une controverse

Juin 2016 : Le parti démocrate est victime de pirates informatiques, une enquête est déclenchée

Juillet 2016 : Wikileaks diffuse des courriels de la campagne démocrate, les services de renseignements américains soupçonnent les Russes ; Trump demande aux Russes de publier les courriels de sa rivale Hilary Clinton s’ils les possèdent

Août 2016 : Le directeur de campagne de Donald Trump démissionne, visé dans une affaire de corruption en Ukraine

Octobre 2016 : Des courriels d’Hilary Clinton sont publiés par Wikileaks

Décembre 2016 : Le président sortant Barack Obama annonce des sanctions contre Moscou en représailles aux cyberattaques contre le parti démocrate

Janvier 2017 : Le Directeur du renseignement national publie son rapport sur l’implication russe dans la campagne électorale qui révèle qu’ils ont tenté de nuire à la campagne de la démocrate Hilary Clinton

Février 2017 : Démission de Michael Flynn, conseiller à la Sécurité nationale, qui a eu des échanges illégaux avec l’ambassadeur russe aux États-Unis

Le New York Times révèle que des proches de Trump et des hauts responsables auraient eu plusieurs échanges

Mars 2017 : Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, est accusé d’avoir caché des échanges avec l’ambassadeur russe à Washington ; il se retire des enquêtes qui touchent la Russie

Le FBI confirme l’enquête sur les liens entre les Russes et la campagne de Donald Trump

Mai 2017 : M. Trump renvoie le patron du FBI, James Comey
1 commentaire
  • Marie Nobert - Abonnée 20 mai 2017 05 h 13

    «Trump»! l'homme qui tire à boulets rouges.

    Le spécialiste des «boulettes» qui s'en va se visiter «la Sainte Trinité» (l'Arabie de Salmane, l'Israël de Benyamin, le Vatican de François) et puis se rencontrer certaines autres personnes dans un certain endroit autrefois fréquenté par des gens de «culture». (!) Heureusement qu'il y a un pilote dans l'avion. Je lui souhaite de rencontrer «Big Daddy». Bref.

    JHS Baril