Pour sortir de sa bulle cette semaine: destituer ou non Donald Trump?

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump ? Ornières d’autant plus profondes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.



Une solution autre que l’impeachment ?
 

Avec les plus récents déboires de Donald Trump, les discussions sur les possibilités d’une mise en accusation (impeachment) risquent de s’intensifier. Soit, écrit Ross Douthat dans le New York Times. Mais selon le chroniqueur, aussi collaborateur au média conservateur National Review, il vaudrait mieux invoquer le 25e amendement à la Constitution américaine. Cette clause prévoit un mécanisme pour destituer un président jugé « incapable de s’acquitter des pouvoirs et devoirs de ses fonctions ». Douthat soutient que le président est avant tout coupable d’incompétence, incapable de bien saisir les frontières et les obligations de son poste. La solution devrait, selon lui, être politique plutôt que judiciaire.
 

Extrait : « But ultimately I do not believe that our president sufficiently understands the nature of the office that he holds, the nature of the legal constraints that are supposed to bind him, perhaps even the nature of normal human interactions, to be guilty of obstruction of justice in the Nixonian or even Clintonian sense of the phrase. I do not believe he is really capable of the behind-the-scenes conspiring that the darker Russia theories envision. And it is hard to betray an oath of office whose obligations you evince no sign of really understanding or respecting. »
 

Traduction libre : « Au final, je ne crois pas que notre président comprenne suffisamment la nature de la charge qu’il détient, la nature des contraintes légales qui sont censées le lier, peut-être même la nature des interactions humaines normales, pour être coupable d’entrave à la justice, au sens nixonien ou même clintonien du terme. Je ne crois pas qu’il soit vraiment capable des conspirations de corridors supposées par les théories les plus sombres sur les liens avec la Russie. Et il est difficile de trahir les obligations d’un serment d’office pour lequel on ne démontre aucune parcelle de compréhension ou de respect. »
 

Lisez l’article: « The 25th Amendment Solution for Removing Trump »



Le 25e amendement ? Mauvaise idée.


L’option du 25e amendement ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les voix conservatrices. En réponse à Ross Douthat, Ian Tuttle écrit dans le National Reviewque l’utilisation de cet amendement pour écarter Donald Trump porterait un dur coup à la confiance déjà chancelante de plusieurs Américains envers leurs institutions. Une telle manoeuvre de palais viendrait, selon ce chercheur rattaché au National Review Institute, « cimenter le sentiment d’aliénation qui a saisi une part non négligeable [des Américains] — ce même sentiment qui a rendu la candidature de Donald Trump possible en premier lieu. »
 

Extrait : « At a time when a lot of Americans believe that the nation’s powerbrokers got where they are on account of nepotism or various forms of privilege, and that their overriding aim is to entrench their own power, can Donald Trump be removed without seeming to validate every one of those accusations? »
 

Traduction libre : « À un moment où beaucoup d’Américains croient que les élites politiques de la nation [américaine] se sont hissées là où elles sont grâce au népotisme ou à diverses formes de privilèges, et que leur but principal est de maintenir leur propre pouvoir, Donald Trump peut-il être tassé sans donner l’impression de valider ces accusations ? »

Lisez l’article : « Against the ‘25th Amendment Option’ »


Au-delà de Trump, la crise des élites
Pour Robert W. Merry, éditorialiste dans The American Conservatice, ces débats sur les moyens à prendre pour écarter Donald Trump passent à côté de l’essentiel : la crise politique qui secoue les États-Unis est plus profonde et est attribuable à ses élites. La victoire de Trump aux élections, écrit Merry, relevait d’une révolution politique. Depuis, les élites dont parle le journaliste se sont affairées à une contre-révolution. S’il n’y a pas de solution toute faite à l’incompétence de Donald Trump, conclut Merry, son départ ne réglerait en rien la « crise des élites » qui, elle, se poursuivra, « d’autant plus insoluble et sinistre ».
 

Extrait :« Thus is the Trump crisis now superimposed upon the much broader and deeper crisis of the elites, which spawned the Trump crisis in the first place. Yes, Trump is a disaster as president. [...] But trying to get rid of him before his term expires, absent a clear constitutional justification and a clear assent from the collective electorate, will simply deepen the crisis, driving the wedge further into the raw American heartland and generating growing feelings that the American system has lost its legitimacy. »
 

Traduction libre :« Ainsi, la crise que suscite Donald Trump est maintenant superposée à la crise plus large et plus profonde des élites, celle qui a engendré Donald Trump en premier lieu. Oui, Trump est un désastre en tant que président. [...] Mais essayer de se débarrasser de lui avant la fin de son mandat, en l’absence d’une justification constitutionnelle claire et d’un assentiment clair de l’électorat, va simplement approfondir la crise, approfondir les divisions au coeur de l’Amérique et accentuer le sentiment que le système politique américain a perdu toute légitimité. »
 

Lisez l’article : « Removing Trump Won’t Solve America’s Crisis »