Pour sortir de sa bulle cette semaine: le limogeage de James Comey

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump ? Ornières d’autant plus profondes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.

Les textes choisis viennent des presses américaine et britannique, et sont donc en anglais.



Crise constitutionnelle en vue ?

C'est l'heure du véritable test, nous dit Michael Gerson, dans le Washington Post. Le chroniqueur conservateur n'accorde aucune crédibilité à la raison invoquée par Donald Trump pour limoger le directeur du FBI, James Comey. (Pour rappel, Trump a prétexté qu'il avait été choqué par la manière dont le FBI s'était comporté envers Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle.) Pour Gerson, il est clair que le geste de Donald Trump en est un d'autodéfense contre l'enquête menée par le FBI sur ses liens allégués avec la Russie. Ce geste est aussi, selon lui, cohérent avec un « mépris » affiché du président envers les institutions et la loi. La suite des choses, en l'occurrence le choix du prochain directeur du FBI, pourrait bien annoncer une crise constitutionnelle, conclut Gerson.
 

Extrait : « If Trump selects a political crony — of the Rudy Giuliani or Chris Christie variety ­— to head the FBI, the integrity of federal law enforcement and the rule of law will be under direct assault. Such a nomination, again, would not be illegal. But such a bold, banana-republic-style power play by the president — which could be interpreted only as an attempt to quash the Russian-influence investigation — would be properly viewed as a constitutional crisis. »
 

Traduction libre : « Si Trump choisit un allié politique — de la trempe de Rudy Giuliani ou Chris Christie — pour diriger le FBI, ce sera une agression directe envers l'intégrité de l'application de la loi fédérale et de la règle de droit. Une telle nomination, encore une fois, ne serait pas illégale. Mais un tel tour de force, digne d'une république de bananes, par le président — qui ne pourrait être interprété que comme une tentative de neutraliser l'enquête sur l'influence russe — serait considéré à juste titre comme une crise constitutionnelle. »
 

Lisez l’article: « The real test of our tolerance for Trump comes now »



« Massacre du samedi soir » ?


Le renvoi de James Comey n'a rien à voir avec la Russie, insiste Hugh Hewitt dans ce même Washington Post. Selon, l'animateur, auteur et avocat conservateur, James Comey — qui en ayant eu tort à plusieurs reprises aurait sapé la confiance envers le FBI —, n'a que lui-même à blâmer dans cette affaire. Le FBI mérite mieux à sa tête, croit Hewitt. Il lui faut un directeur qui saura ramener la confiance envers le Bureau et réconcilier celui-ci avec le ministère de la Justice.
 

Extrait : « This isn’t the “Saturday Night Massacre.” There are no tapes, no subpoenas for presidential documents, no resignations from the Justice Department, but instead recommendations from the Justice Department. It’s four months into an administration, not four years. In short, the overwrought media has toppled into hysteria again. »
 

Traduction libre : « Cela n'a rien d'un “Massacre du samedi soir”. Il n'y a pas d'enregistrements, pas de citation à comparaître pour des documents présidentiels, aucune démission au ministère de la Justice, mais plutôt des recommandations du ministère de la Justice. Ce gouvernement n'a que quatre mois, pas quatre ans. Bref, les médias ont une fois de plus exagéré jusqu'à l'hystérie. »

Lisez l’article : « Comey’s firing isn’t like the ‘Saturday Night Massacre.’ It’s pretty straightforward. »


 
L'accepterez-vous ?

Au tour de David Frum d'invoquer « l'heure du test », dans le magazine The Atlantic cette fois. Pour le chroniqueur, le renvoi de James Comey ne fait aucun doute sur les intentions du président Trump: contrecarrer une enquête qui pourrait le lier à des crimes graves. Le geste de Trump n'apparaît pas seulement comme une attaque contre l'intégrité des forces de l'ordre, mais aussi contre la démocratie américaine elle-même. La question lancée par Frum est simple et directe: le système politique américain résistera-t-il à cette attaque ou sera-t-il suborné ?
 

Extrait : « Perhaps the worst fears for the integrity of the U.S. government and U.S. institutions are being fulfilled. If this firing stands—and if Trump dares to announce a pliable replacement—the rule of law begins to shake and break. The law will answer to the president, not the president to the law. Will you accept that? »
 

Traduction libre : « Les pires craintes pour l'intégrité du gouvernement américain et des institutions américaines sont peut-être sur le point de se réaliser. Si ce renvoi se maintient — et si Trump ose annoncer un remplaçant docile —, la règle de droit devient chancelante et menace de se rompre. La loi répondra au président, et non pas le président à la loi. Accepterez-vous cela ? »
 

Lisez l’article : « This Is Not a Drill »