Trump fait un pari risqué

La Maison-Blanche se retrouve devant deux options: faire des concessions aux démocrates ou garder la dragée haute et assumer la responsabilité de la paralysie du gouvernement fédéral.
Photo: Getty Images La Maison-Blanche se retrouve devant deux options: faire des concessions aux démocrates ou garder la dragée haute et assumer la responsabilité de la paralysie du gouvernement fédéral.

Heure limite : vendredi à 23 h 59. Si Donald Trump et les républicains du Congrès ne peuvent s’entendre d’ici là avec les démocrates sur les crédits à accorder au gouvernement fédéral, celui-ci devra cesser ses activités. Une issue longtemps jugée peu probable… jusqu’à ce que la Maison-Blanche décide de faire monter les enchères ces derniers jours. Un pari des plus risqués, d’autant que le gouvernement Trump atteindra samedi le jalon symbolique des 100 jours, qui sonne l’heure des premiers bilans.

Au dire des leaders démocrates et des républicains du Congrès, les négociations autour du projet de loi qui détermine les dépenses du gouvernement fédéral allaient bon train. Une entente était donc envisageable et le gouvernement avait de bonnes chances d’avoir des fonds pour poursuivre ses activités après l’arrivée à son terme de l’entente en cours, le 28 avril.

Mur contre santé

Or, impatiente d’inscrire une victoire législative à son bilan encore maigre, la Maison-Blanche y est allée de conditions supplémentaires ces derniers jours, rendant l’assentiment des démocrates des plus incertains.

Plus exactement, Trump a menacé de retenir les fonds de l’Obamacare — le programme d’assurance-maladie que le gouvernement Trump a tenté en vain de remplacer et auquel tiennent les démocrates — si ses adversaires refusaient d’accorder les fonds nécessaires à la construction du mur à la frontière avec le Mexique, une promesse électorale phare du milliardaire. « L’Obamacare est sérieusement en danger. Les démocrates ont besoin de gros sous pour qu’il reste en vie — autrement il va mourir bien plus rapidement que personne ne l’avait imaginé », a-t-il tweeté dimanche matin.

Le directeur du Bureau de la gestion et du budget à la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, a notamment proposé de consacrer un dollar à l’Obamacare pour chaque dollar attribué à la construction du mur.

Non ferme

Mais les démocrates sont formels : il est hors de question de financer le mur. Mur qui, au demeurant, doit être payé par Mexico, avait pourtant promis le candidat Trump. Mais dans un revirement, Donald Trump a également tweeté dimanche que Mexico paiera « à une date ultérieure afin de pouvoir commencer hâtivement [la construction] »…

La Maison-Blanche se retrouve ainsi devant deux options : faire des concessions aux démocrates ou garder la dragée haute et assumer la responsabilité de la paralysie du gouvernement fédéral (shutdown). Car « les démocrates ont tout à gagner à ne pas céder ; comme les républicains contrôlent la présidence et les deux chambres du Congrès, il y a peu de chances que les démocrates soient blâmés en cas de shutdown », explique Rafael Jacob, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM.

Bien que les républicains jouissent d’une majorité dans les deux chambres législatives, les démocrates ont toujours les moyens de bloquer un tel projet de loi au Sénat. Celui-ci a besoin de 60 des 100 voix pour être adopté dans la Chambre haute et les républicains n’y ont que 52 sièges.

Étrange stratégie

Alors, pourquoi avoir fait monter les enchères ? « C’est difficile à comprendre, répond M. Jacob. La paralysie du gouvernement fédéral serait assez catastrophique pour Donald Trump. Ce serait très difficile à justifier, d’autant qu’il avait promis que le Mexique paierait le mur. Il serait alors mal placé pour blâmer les démocrates de lui avoir refusé les fonds ! »

Si les parties ne parviennent pas à s’entendre d’ici 23 h 59 vendredi, il reste une troisième option pour éviter un shutdown : voter le prolongement des fonds accordés au gouvernement fédéral aux niveaux actuels jusqu’à nouvel ordre afin de gagner du temps pour négocier une entente définitive.

Si rien n’est voté d’ici la fin de la semaine, ce sera le 19e shutdown depuis 1976. Le dernier en date a eu lieu en octobre 2013 sous la présidence de Barack Obama. Il a duré 17 jours.

2 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 25 avril 2017 07 h 42

    Gouverner par le chantage!

    Comme M. Trump a un bilan très "maigre" depuis le début de sa présidence, il veut forcer le jeu de la démocratie comme s'il négociait une entente commerciale en tant qu'homme d'affaires. Le sort des américains lui importe peut. Ce qu'il veut avant tout c'est de gagner le jeu de la négociation pour satisfaire ses instincts de marchandage
    de bas niveau. Plus il dirige son pays et plus il se déshonore comme chef inhabile, incompétent et ignorant de son rôle! Une vraie honte pour tous les américains! Et ceux qui voient en lui le sauveur de l'Amérique vont commencer à déchanter sérieusement. Ne devient pas leader qui veut!

  • Yvon Pesant - Abonné 25 avril 2017 08 h 15

    Mur à mur

    "The best of the world, the United States of America?"

    Avec Donald Trump à la présidence, c'est du "Make America Grease again".

    Les amerloques ont à faire avec quelqu'un qui est têtu comme un âne et bête à manger du foin. J'aurais bien dit un âne dernier de sa classe mais, de toute évidence, Trump n'a pas de classe. Il est étonnant que les Républicains continuent de la cautionner dans son délire maniaque.