Pour sortir de sa bulle cette semaine: science, protectionnisme et moqueries

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Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump ? Ornières d’autant plus profondes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.



Trump, scientifique ou philosophe?


La science peut-elle offrir les clés d'une bonne gouvernance ? Non, laisse tomber le libertarien Logan Albright dans les pages du Conservative Review. Il s'adresse ici aux militants qui se rassemblent aujourd'hui dans une « Marche pour la science », au National Mall dans la ville de Washington. Ceux-ci dénoncent l'attitude du gouvernement Trump vis-à-vis la science et réclament que les politiques publiques se fondent sur ou du moins soient motivées par les données scientifiques. L'argument d'Albright est simple : ce raisonnement « anthropomorphise la science en quelque chose qui a des opinions, des conclusions et des recommandations ». Des domaines qui relèvent plutôt de la philosophie, selon lui.
 

Extrait : « What these protestors really mean, of course, is that they want their particular conclusions on controversial topics to be the standard by which government operates, particularly when it relates to climate science. But even if we could all agree that climate change is caused by man and is something that will cause problems, science cannot tell us what to do about it. Decisions about tradeoffs between human welfare now and in the future, prioritizing some people over others, and central planning versus individual freedom are well outside the scope of the scientific method. »
 

Traduction libre : « Ce que [les manifestants pro-science] veulent vraiment dire, c'est qu'ils veulent que leurs conclusions personnelles sur des sujets controversés soient la norme par laquelle le gouvernement opère, en particulier lorsqu'il s'agit des questions climatiques. Mais même si nous arrivions tous à convenir que les changements climatiques sont causés par l'homme et qu'ils engendreront des problèmes, la science ne peut pas nous indiquer ce qui doit être fait à ce sujet. Les décisions qui nécessitent un arbitrage entre le bien-être humain présent et à venir, entre la priorisation de certaines personnes par rapport à d'autres et entre la planification centrale par rapport à la liberté individuelle sont hors de portée de la méthode scientifique. »

Lisez l'article : « Protest All You Want, But Science Can't Tell Trump How to Govern »



Le protectionnisme, nouvelle mode bipartite


Qui sait quelle sera l'étendue des dommages causés par les priorités protectionnistes de Donald Trump, questionne David Harsanyi dans le National Review. Harsanyi décortique ici le décret signé par Trump mardi avant de le descendre en flammes. Rappelons que ce décret ordonne à la Maison-Blanche de se pencher sur les moyens à prendre pour réformer l’attribution de visas pour les secteurs technologiques et obliger les organismes gouvernementaux à acheter davantage auprès des entreprises américaines. L'idée d'un « Achetez américain, embauchez américain » est, selon lui, une solution réconfortante qui séduit au-delà des frontières idéologiques. Il craint que la rhétorique protectionniste se normalise au sein du parti républicain.
 

Extrait : « Protectionism, after all, is where Trump is most comfortable and effective. It’s the issue that made him, the issue he is most coherent about, and the issue with which he has shown the most ideological affinity. Because of its political potency, it has also seen converts, not only among blue-collar Americans but also onetime free-market conservatives. »
 

Traduction libre : « Après tout, le protectionnisme est la zone de confort de Trump, là où il est le plus efficace. Il s'est bâti sur cet enjeu, c'est la question sur laquelle il est le plus cohérent et celle avec laquelle il a montré le plus d'affinité idéologique. En raison de sa puissance politique, [le protectionnisme] a aussi fait des convertis, non seulement parmi les cols bleus américains, mais aussi chez les conservateurs adeptes du libre-marché. »

 

Lisez l'article : « Trump’s ‘Buy American, Hire American’ Policy Is Dangerous Nonsense »



Rira bien qui rira le dernier


Si les partisans de Donald Trump forment un tout relativement homogène, ses opposants, eux, pourraient difficilement être plus diversifiés d'un point de vue idéologique. C'est le constat établi par Michael Gerson, chroniqueur au Washington Post, qui s'inclut lui-même dans le second groupe. Ce qui ne l'empêche pas d'adresser une critique à ses alliés circonstanciels « libéraux » : cessez de vous moquer de Trump et de ses partisans, c'est contreproductif. Gerson craint que cette attitude de la gauche américaine ne vienne aider Trump à consolider son emprise sur le Parti républicain et peut-être même aider à sa réélection. Il appelle de ses voeux une réponse substantielle et centriste en lieu d'une critique moqueuse et méprisante qui ne ferait que cristalliser les clivages partisanes.
 

Extrait : « On the whole, people can better tolerate being shouted at than being sneered at. And the sneer of the knowledge class was clearly a motivating factor for many Trump voters. They felt condescension from the commanding heights of the culture and set out to storm its highest point. »
 

Traduction libre : « En général, les gens tolèrent mieux qu'on leur crie dessus que d'être objet de moqueries. Et les moqueries de la classe éduquée ont clairement été une source de motivation pour de nombreux électeurs de Trump. Ils ont ressenti cette condescendance provenant des sommets culturels et ont décidé de prendre d'assaut son point culminant. »


Lisez l'article : « Stop sneering at Trump. It won’t help. »