Pour sortir de sa bulle cette semaine: la frappe américaine en Syrie

Comment sortir de ses propres ornières politiques et médiatiques quand on parle de Donald Trump ? Ornières d’autant plus profondes à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes qui s’adaptent à nos opinions. À la manière de la série « Burst Your Bubble » du Guardian, Le Devoir vous propose trois textes pour sortir de votre bulle.
 

Cette semaine, un seul thème à l'honneur : la frappe américaine en Syrie. La décision du président Trump de répliquer par une frappe aérienne aux attaques à l'arme chimique attribuées au gouvernement de Bachar Al-Assad n'a pas fait l'unanimité parmi les voix conservatrices américaines. Si certains critiquent sévèrement le président, d'autres y voient une opportunité de relancer sa présidence.

Les textes choisis viennent de la presse américaine et sont donc en anglais.



La critique

La frappe américaine n'a rien à voir avec une aide humanitaire, juge John Glaser. Dans les pages de The American Conservative, l'analyste et directeur associé du Cato Institute soutient que la frappe ordonnée par Donald Trump n'empêchera pas Bachar Al-Assad de s'attaquer à sa propre population. Selon lui, il ne s'agit que d'un geste symbolique destiné à dissuader l'utilisation ultérieure d'armes chimiques. Glaser critique également le fondement légal du geste de Donald Trump et doute que l'administration de ce dernier accorde une quelconque importance à l'incontournable question de la légalité.

Extrait : « [...] Trump’s decision to attack the Syrian regime has no legal authority and little chance of actually mitigating the suffering of Syrians caught in the civil war. In fact, there is no U.S. military solution to the Syrian conflict. The options that do exist risk exacerbating regional insecurity and humanitarian strife and would require a massive commitment in blood and treasure that the American people seem unprepared to tolerate. »

Traduction libre : « [...] la décision de [Donald] Trump d'attaquer le régime syrien n'a pas de fondement légale et elle a peu de chances d'atténuer les souffrances des Syriens plongés dans la guerre civile. En fait, il n'y a pas de solution militaire américaine au conflit syrien. Les options qui existent risquent d'exacerber l'insécurité régionale et les luttes humanitaires, et nécessiteraient un engagement massif en sang et argent que les Américains semblent peu enclins à accepter. »


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L'analyse guerrière

Le bombardement ordonné par Donald Trump jeudi soir s'inscrit dans une longue tradition américaine d'opérations militaires. Trump devenait de fait le septième président à lancer une nouvelle opération militaire contre des militants djihadistes ou contre le gouvernement d'un pays musulman, rappelle David French dans le National Review. Pourquoi les présidents américains, qu'ils soient républicains ou démocrates, sont-ils constamment aspirés par des conflits militaires au Moyen-Orient? Parce que les États-Unis continuent d'y avoir des ennemis et que cette donne n'est pas prête de changer. C'est la leçon que Donald Trump, comme ses six prédécesseurs, est en train d'apprendre, selon French.

Extrait: « Ultimately, reality transcends ideology, constrains the presidents’ choices, and forces them into the same unpleasant, bloody decisions: There is no getting around the fact that persistent Middle Eastern conflict directly threatens American lives and vital American strategic interests. Presidents with differing ideas and ideologies confront the same intelligence reports and terrorist attacks that make plain our enemy’s capabilities and intentions, and when the immediate choice is between defending America and idealistically disengaging, the former typically prevails. »

Traduction libre: « En bout de ligne, la réalité surpasse l'idéologie, elle contraint les choix des présidents et les force à prendre les mêmes décisions désagréables et sanguinaires : on ne peut échapper au fait que le conflit persistant au Moyen-Orient menace directement les vies américaines et les intérêts stratégiques américains les plus vitaux. Les présidents, aux idées et aux des idéologies différentes, sont confrontés aux mêmes rapports de renseignement ainsi qu’aux attaques terroristes qui font état des capacités et des intentions de nos ennemis. Et lorsque l’alternative immédiate consiste à défendre l'Amérique ou à se désengager sur des bases idéalistes, c’est la première option qui prévaut généralement. »


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Une présidence relancée ?

Qu'est-ce que Donald Trump a fait que Barack Obama n'a su faire en Syrie ? Une action rapide et calculée contre le président syrien Bachar Al-Assad, écrit Jennifer Rubin sous sa rubique Right Turn dans le Washington Post. La prolifique journaliste est d'avis que Donald Trump est, « ironiquement », en bonne position pour mettre de côté toute politique isolationniste et redonner à l'Amérique son rôle de leader dans le monde.

Extrait: « On Day 77 of his presidency, Trump’s decision to strike Syria, whether he understood it or not, provided him with the rare opportunity to reset his presidency. He has the chance to bring to a close a horrendously unsuccessful start to his presidency marked by scandal, missteps and a stunning loss of confidence among allies and the American people. The question is whether he has the will, discipline and insight to make a sharp about-face. Stay tuned. »

Traduction libre: « Au 77ème jour de sa présidence, la décision de [Donald] Trump de frapper la Syrie, qu'il l'ait comprise ou non, lui a donné une rare occasion de repartir sa présidence à zéro. Il a l’opportunité de mettre fin à un début de présidence horriblement infructueux, marqué par les scandales, les faux pas et la perte de confiance au sein de nos alliés et du peuple américain. La question est de savoir s'il a la volonté, la discipline et la perspicacité pour renverser la vapeur. À suivre. »


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