«Bataille des toilettes»: la Caroline du Nord s’amende

Malgré la reculade de la Caroline du Nord, la «bataille des toilettes» est vouée à se poursuivre aux États-Unis, probablement jusqu’en Cour suprême à Washington.
Photo: Sara D. Davis / Getty Images / Agence France-Presse Malgré la reculade de la Caroline du Nord, la «bataille des toilettes» est vouée à se poursuivre aux États-Unis, probablement jusqu’en Cour suprême à Washington.

En voulant imposer dans quelle toilette devaient aller les personnes transgenres, la Caroline du Nord a déclenché une « bataille des toilettes » dans laquelle elle s’est finalement noyée : la loi controversée a été remplacée par un nouveau texte, qui reste toutefois critiqué par les militants LGBT.

Les deux chambres de l’Assemblée générale de cet État à majorité républicaine se sont prononcées jeudi pour la nouvelle loi, qui abroge la mesure adoptée l’an dernier et tant décriée par les démocrates.

Après le vote au Sénat (32 voix contre 16) et celui à la Chambre des députés (70 voix contre 48), c’est désormais au gouverneur de promulguer le texte.

Connue sous le nom de HB2 (pour « House Bill 2 »), la loi révoquée concernait une infime minorité d’habitants, mais elle a mis la Caroline du Nord en première ligne d’un débat national houleux, sur fond d’accusations de sectarisme.

L’image de l’État en a pâti. Les électeurs locaux l’ont exprimé en ne réélisant pas en novembre le principal promoteur du texte, l’ancien gouverneur républicain Pat McCrory.

HB2 imposait dans les établissements publics l’utilisation des vestiaires et des toilettes selon le sexe figurant sur l’acte de naissance et non selon l’identité sexuelle à laquelle on s’identifie. Le texte interdisait également aux autorités locales d’adopter des règles se voulant non discriminatoires.

Boycottage

L’adoption de la loi en mars 2016 avait suscité des réactions outrées aux États-Unis et au-delà, se traduisant par des appels au boycottage d’artistes, d’entreprises ou d’institutions sportives.

Bruce Springsteen, Cyndi Lauper, le Cirque du Soleil ou encore Ringo Starr avaient annulé des représentations en Caroline du Nord.

Le groupe PayPal avait renoncé à un vaste projet d’investissement et une centaine de dirigeants de grandes entreprises, dont Apple, Bank of America ou Facebook, avaient protesté auprès de M. McCrory.

La NBA, ligue organisatrice du championnat national de basket-ball, avait transféré ailleurs une rencontre phare de la saison.

Au final, au-delà de l’image écornée de l’État, les arguments financiers ont emporté la décision d’en finir avec HB2. Dans une étude publiée mardi, l’agence Associated Press a calculé que la loi ferait perdre à la Caroline du Nord 3,76 milliards de dollars sur 12 ans.

Reste que HB2 laisse place à un « compromis » âprement négocié, les élus républicains majoritaires ayant refusé une abrogation pure et simple.

« Mauvais compromis »

Les conservateurs ont obtenu que seul l’État puisse légiférer sur les transgenres jusqu’en 2020, empêchant les municipalités ou les autorités locales de prendre leurs propres mesures antidiscrimination.

Les associations de défense des transgenres et les militants LGBT ont eux clairement affiché leur déception sur un « mauvais compromis ».

« Plutôt que d’éliminer des éléments de HB2, il en entérine d’autres pour le futur proche », a dénoncé le National Center for Transgender Equality.

Malgré la reculade de la Caroline du Nord, la « bataille des toilettes » est vouée à se poursuivre aux États-Unis, probablement jusqu’en Cour suprême à Washington.

En janvier, le Texas a par exemple emboîté le pas de la Caroline du Nord, avec un projet de loi directement inspiré de HB2.

Quant au gouvernement de Donald Trump, il a le mois dernier mis fin à un dispositif de protection des droits des transgenres dans le système public de l’éducation qu’avait instauré Barack Obama.