Trump démantèle l’héritage environnemental d’Obama

Le président Donald Trump a signé son décret présidentiel, intitulé «Indépendance énergétique», entouré de mineurs de charbon, mardi.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le président Donald Trump a signé son décret présidentiel, intitulé «Indépendance énergétique», entouré de mineurs de charbon, mardi.

Le président Donald Trump amorce le travail de détricotage du filet réglementaire environnemental mis en place par son prédécesseur. Il s’agit toutefois peut-être davantage d’un geste symbolique aux effets pratiques modérés.

Le décret présidentiel signé mardi s’intitule « Indépendance énergétique ». Il donne l’ordre à l’Agence de protection de l’environnement (EPA) de retirer et de remplacer le Clean Power Plan du président Obama, pièce centrale de la désormais moribonde politique américaine de lutte contre les changements climatiques.

Le nouveau président, abonné aux coups d’éclat, s’est déplacé de la Maison-Blanche au siège de l’Agence afin d’y présenter ses annonces du jour. Il était entouré de mineurs du charbon.

Le président présente ses décisions comme des moyens pour assurer l’indépendance énergétique des États-Unis. Il veut du même coup réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles importées.

Le Clean Power Plan n’a en fait jamais été mis en oeuvre. Le programme souhaite limiter les émissions de CO2 des centrales thermiques. Plusieurs États ont poursuivi en cour l’EPA pour empêcher l’application du Plan.

La Cour suprême a imposé sa suspension tant qu’un tribunal fédéral n’aurait pas tranché sur la question de sa constitutionnalité. Le nouveau dirigeant de l’Agence, Scott Pruitt, a lui-même intenté quatorze poursuites contre certains de ses règlements du temps où était procureur général de l’Oklahoma.

Héritage ?

« Trump démantèle l’héritage modeste d’Obama sur les questions de l’énergie et du climat », résume le chercheur Hugo Séguin, rattaché au Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM (CERIUM). « À sa face même, ce qu’il annonce est plutôt symbolique : il annonce une révision du Clean Power Plan ; il annonce la levée de certaines interdictions pour l’exploitation du charbon. »

Pour le spécialiste des politiques environnementales, cette tentative de déréglementation trumpienne aura finalement peu d’impact en réalité. « Si le charbon est déclassé, ce n’est pas à cause de la réglementation environnementale : c’est surtout parce que le gaz naturel l’a remplacé, dit-il. Il y aura aussi peu d’impact sur la mise en oeuvre ou non par les États de mesures pour réduire les gaz à effet de serre dans le secteur de la production d’électricité. »

Une nouvelle opposition légale devrait donc surgir contre la déréglementation à la Trump. Au moins 18 États et de grands groupes de pression ont déjà signalé leur intention d’agir en ce sens.

Le processus d’abrogation et de substitution des règlements complique encore plus la situation. Les agences gouvernementales ont l’obligation de remplacer un règlement quand elles en éliminent un. Elles doivent donc soumettre leur proposition à un examen public, ce qui nécessite au moins une année de travail.

Idéologue

« L’attitude cow-boy du président Trump va peut-être même encourager davantage les États à poursuivre le gouvernement central, commente Annie Chaloux, professeure de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, spécialiste de la gouvernance énergétique. En Oregon, un tribunal a autorisé des enfants à poursuivre Washington qui n’en ferait pas assez contre les changements climatiques. C’était sous le gouvernement Obama, alors imaginez quels genres de recours vont être stimulés par le gouvernement Trump qui braque les acteurs. »

La professeure Chaloux se dit aussi surprise par l’absence apparente de calculs coûts/bénéfices des nouvelles mesures. « On a l’impression d’une décision basée uniquement sur une idéologie anticlimat qui fait abstraction des dimensions économiques », dit-elle.

Elle explique que Barack Obama avait mis en place une structure faisant compétitionner les sources, ce qui avait stimulé la production d’énergie par d’autres moyens, comme le gaz et l’éolien. Rien n’assure que le charbon pourra y retrouver sa place et, de toute manière, les gains seront faits contre les pratiques plus vertes. Rien n’assure non plus que les emplois de mineurs reviennent, dans un secteur, au surplus, affecté par la mécanisation.

2 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 29 mars 2017 05 h 32

    Quel cirque!

    Quel cirque, en effet. Et c'est le clown qui fait peur aux gens dans la rue qui en est le directeur.

  • Denis Paquette - Abonné 29 mars 2017 20 h 10

    un incident

    quel malotru sans respect ni dignité, il aura été un incident dans l'histoire des USA