L’emblématique démission forcée du magistrat Preet Bharara

Preet Bharara s’est forgé une image d’indépendance à faire pâlir d’envie nombre de ses pairs.
Photo: Drew Angerer / Getty Images / Agence France-Presse Preet Bharara s’est forgé une image d’indépendance à faire pâlir d’envie nombre de ses pairs.

Washington — Le procureur de Manhattan Preet Bharara vient de perdre une bataille majeure. Il fait partie des 46 procureurs qui ont été brutalement démis de leurs fonctions vendredi par le nouveau gouvernement de Donald Trump.

« J’ai été renvoyé », a-t-il annoncé samedi, au terme de 24 heures de bras de fer. Donald Trump lui avait pourtant faussement assuré qu’il resterait en poste peu avant son intronisation en janvier dernier.

Vendredi, le gouvernement républicain du président Donald Trump a fait le ménage au sein du ministère de la Justice en demandant à pas moins de 46 procureurs fédéraux, nommés par Barack Obama, de présenter leur démission.

Sarah Isgur Flores, la porte-parole du département de la Justice, a précisé que « le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a demandé aux 46 procureurs restants à avoir été nommés par le président [Obama] de présenter leur démission afin d’assurer d’une transition uniforme ».

« En attendant que ces postes soient à nouveau pourvus, les procureurs de carrière travaillant au sein du département de la Justice continueront le travail indispensable consistant à diriger les enquêtes et à poursuivre et dissuader les criminels violents », a poursuivi la porte-parole.

Selon un autre porte-parole du département de la Justice, Peter Carr, le président Trump a refusé la démission de deux de ces procureurs : son actuel ministre de la Justice adjoint, Dana Boente, et celui qu’il a déjà désigné pour reprendre ce fauteuil, Rod Rosenstein.

Surprise générale

Il n’est pas rare qu’un nouveau président demande à certaines personnes de démissionner, mais la soudaineté de cette décision, et le nombre de procureurs visés, a néanmoins surpris.

La démission forcée de Preet Bharara est toutefois la plus emblématique. Car le brillant juriste, naturalisé américain, supervise le district sud de l’État de New York, qui inclut Manhattan, concentration de fortunes et de puissants. Depuis plus de sept ans, les New-Yorkais se sont habitués aux conférences de presse de cet homme plutôt grand, portant cravate et costume sombre, pour annoncer des enquêtes visant aussi bien des chefs mafieux que des courtiers d’affaires. Il s’est bâti une réputation de combattant inflexible de la délinquance en col blanc, apparemment peu intimidé par les élites de Wall Street.

Né au Pendjab d’un père sikh et d’une mère hindoue, il est arrivé à l’âge de 2 ans en Amérique, a grandi dans le New Jersey et est sorti diplômé des prestigieuses universités d’Harvard et de la Columbia Law School. Le magistrat cinéphile s’est ensuite forgé une image d’indépendance à faire pâlir d’envie nombre de ses pairs, avec des enquêtes incisives visant aussi bien des responsables républicains que démocrates, jusqu’aux plus hautes sphères. Certaines de ces investigations concernent notamment l’entourage du gouverneur démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo.

Si des poursuites avaient dû être lancées un jour pour étayer les soupçons de conflit d’intérêts pesant sur le groupe de Donald Trump, elles auraient échu à M. Bharara.

Le patron des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a ainsi exprimé son « trouble » sur Facebook face à ce limogeage groupé : « En demandant la démission immédiate de l’ensemble des procureurs en place, sans attendre que ceux-ci aient été remplacés effectivement, voire même que les noms de leurs futurs remplaçants soient connus, le président interrompt les enquêtes et les dossiers en cours, et il entrave le bon déroulement de la justice », a-t-il accusé.

Photo: Drew Angerer / Getty Images / Agence France-Presse Le procureur de Manhattan, Preet Bharara
3 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 12 mars 2017 14 h 29

    Inquiétant

    Je pense que monsieur Trump ne comprend pas l'importance des institutions.
    Veut-il abolir la société de droit?

    • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2017 22 h 38

      Il me fait penser à Couillard qui démantibulé toutes nos institutions une à une...

      Trump/Couillard, même combat...!

  • Colette Pagé - Inscrite 12 mars 2017 19 h 54

    L'empereur du chaos !

    Tel est le qualificatif attribué à Donald Trump par un de ses biographes.