Hawaï conteste en justice le nouveau décret anti-immigration de Trump

Le ministre de la Justice de l’État de Washington, Bob Ferguson, s’est donné quelques jours pour étudier le nouveau texte, dans lequel il a reconnu lundi plusieurs «capitulations».
Photo: Elaine Thompson Associated Press Le ministre de la Justice de l’État de Washington, Bob Ferguson, s’est donné quelques jours pour étudier le nouveau texte, dans lequel il a reconnu lundi plusieurs «capitulations».

Hawaï est devenu le premier État américain à contester en justice le nouveau décret migratoire du président Donald Trump, dont l’offensive contre l’immigration clandestine semble porter ses premiers fruits.

Le ministre de la Justice d’Hawaï, Doug Chin, a annoncé mercredi avoir déposé une demande de suspension provisoire du nouveau texte, signé lundi par le président américain.

Il interdit temporairement l’entrée aux États-Unis des réfugiés et des ressortissants de six pays à majorité musulmane (Iran, Libye, Syrie, Somalie, Soudan, Yémen) pour éviter l’infiltration de terroristes potentiels sur le territoire américain, selon l’administration.

« Rien n’a changé sur le fond : l’interdiction généralisée d’entrée [aux États-Unis] de pays à majorité musulmane subsiste », a fait valoir le ministre hawaïen.

Seul l’Irak, qui figurait dans le décret initial, a été retiré de la liste.

Le 3 février, James Robart, un juge fédéral de Seattle, dans l’État de Washington, avait bloqué temporairement l’application de la première mouture du décret sur l’ensemble du territoire américain au motif qu’il provoquerait « un préjudice irréparable ».

Puis la cour d’appel de San Francisco avait maintenu cette suspension, estimant que le gouvernement n’avait pas démontré l’imminence de graves atteintes à la sécurité des États-Unis.

Cette fois, le ministre de la Justice Jeff Sessions a argué du fait que 300 personnes entrées aux États-Unis sous un statut de réfugié faisaient l’objet d’une enquête du FBI liée au contre-terrorisme, sans pour autant dire si ces individus venaient d’un des six pays visés par le décret.

Une version atténuée du premier décret

Le nouveau texte, qui entrera en vigueur le 16 mars, a été amendé et atténué par rapport à la version du 27 janvier. Celle-ci avait provoqué une onde de choc dans le monde, la confusion dans les aéroports et mobilisé des dizaines de milliers de personnes pour faire reculer l’administration.

Le président américain espère cette fois passer l’obstacle de la justice, mais ses opposants promettent de livrer bataille.

La préférence accordée aux minorités religieuses a disparu du nouveau décret, l’administration voulant ainsi éviter de prêter le flanc aux accusations de stigmatisation des musulmans.

Le ministre de la Justice de l’État de Washington, Bob Ferguson, s’est donné quelques jours pour étudier le nouveau texte, dans lequel il a reconnu lundi plusieurs « capitulations ».

Il examine notamment son impact potentiel dans son État du nord-ouest américain où de grands groupes, comme Amazon, emploient beaucoup d’étrangers. Des géants de la technologie, comme AirBnB ou Uber, avaient critiqué le nouveau texte.

Renforcement à la frontière mexicaine

En attendant de savoir le sort que la justice réservera au nouveau texte, le gouvernement de Donald Trump s’est félicité de sa politique de lutte contre les clandestins à la frontière mexicaine.

Les agents de l’immigration sont en effet désormais autorisés à interpeller la plupart des personnes en situation irrégulière qu’ils rencontreraient dans l’exercice de leur fonction, à l’exception des sans-papiers arrivés enfants sur le territoire.

Ce renforcement des contrôles semble déjà avoir dissuadé les candidats à l’immigration, puisque les interpellations de « personnes non admissibles », soit les clandestins, ont baissé à la frontière sud du pays de janvier à février (-40 %) au lieu d’augmenter.

« Ces premiers résultats montrent que l’application des lois a un impact, que la dissuasion a un impact, et qu’une application effective des textes en matière d’immigration a un impact », s’est félicité le ministre de la Sécurité intérieure, John Kelly.

Barack Obama avait un temps été surnommé « l’expulseur en chef » par les associations de défense des immigrés, mais depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les craintes des quelque 11 millions de sans-papiers vivant aux États-Unis se sont renforcées.

Fatima Avelica, une collégienne, a ému la semaine dernière en filmant l’interpellation de son père sans-papiers, installé aux États-Unis depuis près de 30 ans.

« Ils disent que mon père est un criminel, mais ce n’est pas vrai, il travaille très dur, il est venu aux États-Unis pour nous, ses filles, pas pour faire du mal. Il est gentil », a confié à l’AFP cette adolescente de 13 ans, dont la vidéo est devenue virale sur internet.