Budget Trump: vers des hausses militaires et des coupes intérieures massives

Un soldat américain aide au déchargement d’un char d’assaut sur une base militaire en Roumanie.
Photo: Daniel Mihailescu Agence France-Presse Un soldat américain aide au déchargement d’un char d’assaut sur une base militaire en Roumanie.

Chose promise, chose due. Pour le premier budget du nouveau gouvernement républicain, Donald Trump entend donner suite à l’une de ses promesses électorales en proposant d’augmenter le budget de la Défense américaine de 54 milliards de dollars. Cette hausse de 9 % des dépenses militaires de la première puissance mondiale fera toutefois des victimes collatérales auprès de plusieurs autres agences et départements gouvernementaux, lesquels devront encaisser des coupes équivalentes.

À la veille de son premier discours devant le Congrès mardi soir, dans lequel il doit dévoiler plus en détail ses intentions budgétaires pour 2018, Donald Trump a annoncé lundi que « ce budget est conforme à sa promesse de garder les Américains en sécurité ». « Cela inclura une hausse historique dans les dépenses militaires afin de rebâtir les forces affaiblies des États-Unis. »

Sans être historique — George W. Bush avait fait gonfler le budget du Pentagone de 18,3 % en 2003 —, l’augmentation de 9 % proposée par le 45e président américain représente néanmoins un bond substantiel après six années d’affilée de réduction budgétaire sous le gouvernement de Barack Obama.

Malgré ces réductions, les États-Unis restent de loin la première puissance militaire au monde. Le Pentagone dispose à l’heure actuelle d’un pactole d’environ 540 milliards, un montant plus de trois fois supérieur à celui estimé de la Chine, deuxième puissance militaire mondiale.
 


Coupes massives

Pour compenser cette hausse de 54 milliards, plusieurs agences fédérales devront subir des compressions massives. Des sources au sein de la Maison-Blanche citées par les médias américains ont évoqué en particulier l’Agence de protection de l’environnement (EPA), le département d’État et les programmes d’aide internationale. Mais rien n’a encore été annoncé quant à l’ampleur des efforts qui devront être consentis par les différentes agences ni sur comment celles-ci seront touchées. L’effort de réduction budgétaire doit cependant épargner les programmes sociaux de santé (Medicare) et de retraite (social security), comme promis par le président.

« Ça va prendre des compressions draconiennes pour que tout se tienne, estime Rafael Jacob, chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Et la grande inconnue est de savoir où ils vont couper exactement, parce que l’EPA et le département d’État ont un poids minuscule dans le budget fédéral. Couper dans ces organisations-là ne sera pas suffisant pour atteindre la cible. » Le budget annuel de l’EPA est de 8 milliards et celui du département d’État, 38 milliards.

Long processus

Les annonces faites lundi, tout comme celles qui doivent l’être ce mardi devant le Congrès américain, ne sont que les grandes lignes des propositions budgétaires de la Maison-Blanche. Commence à présent un processus de consultation avec les agences fédérales afin de déterminer en détail les mesures qui seront présentées dans le budget fédéral. Celui-ci devra alors être soumis au Congrès — en principe d’ici mai —, ultime décideur en matière budgétaire en vertu de la Constitution américaine.

6 commentaires
  • Jean-Christophe Leblond - Abonné 28 février 2017 08 h 55

    Au nom du peuple?

    Trump s'est fait élire en se prétendant anti-élites et défenseur des petites gens. Pendant qu'il coupe les impôts aux plus riches, il fait disparaître la protection de l'environnement et régresser les normes du travail. Et il alimente à coups de milliards le complexe militaro-industriel tout en coupant dans les services publics.

    Il fait reposer toute sa notion de protection du peuple sur son hostilité envers l'immigration, les sans-papiers, et plus profondément tout ce qui n'est pas blanc et anglo-saxon. Entretemps, il voue les petites gens de toutes origines au désespoir.

    Pourtant, ce phénomène n'est pas qu'américain. En ce moment même en France, Marine Le Pen fait campagne avec un programme pratiquement identique, et, même si cela crève les yeux, nombre de chroniqueurs, commentateurs de l'actualité et même lecteurs du Devoir semblent croire que cette élitiste extrême se soucie du peuple à cause de ses positions anti-immigration.

    Trump démontre portant que le fait de tenir des propos hostiles à la diversité culturelle n'est en rien un gage de souci du bien commun. Même, cette posture qui divise selon les origines sert plutôt de paravent pour faire passer un programme ultralibéral sans résistance.

  • Gilles Bonin - Inscrit 28 février 2017 09 h 06

    Le bouffon...

    Après un mois, le bouffon-président offre un autre lapin... On verra bien ce qu'il dira au Congrès ce soir - probablement son discourt habituel minimaliste, simpliste, en somme insignifiant et les médias sur qui il crache continuellement vont se «faire un devoir» de le décortiquer, de l'analyser.... Bla,bla,bla!!!

  • Clermont Domingue - Abonné 28 février 2017 09 h 23

    Pas très inventif,

    Les dépenses militaires ont toujours nourri l'économie américaine.

  • Colette Pagé - Inscrite 28 février 2017 10 h 25

    Les grands gagnants !

    Avec ce Président va-t-en-guerre, les lobbys de l'armement seront les grands gagnants.

  • Tristan Roy - Abonné 28 février 2017 12 h 37

    Encore de l'esbrouffe

    C'est le congrès républicain qui avait le contrôle du budget les six dernières années d'Obama et qui a accepté de couper dans le budget de la défense. Il serait étonnant qu'ils consentent à changer d'avis et subitement exploser le budget de l'armée.

    D'autant plus que Trump s'en vient avec ses propositions de budget massif d'infrastructure, et que le contrès républicain ne veut pas augmenter le déficit.

    En filigranne, on a l'impression qu'une tutelle militaire s'installe, avec la plétore de généraux qui occuppent plusieurs postes à la Maison Blanche...

    Ça va péter, garanti.