Donald Trump contredit par son ministre sur l'expulsion des illégaux

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, John Kelly, lors d’un point de presse au côté du secrétaire d’État, Rex Tillerson, et de leurs homologues mexicains
Photo: Carlos Barria / POOL / Associated Press Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, John Kelly, lors d’un point de presse au côté du secrétaire d’État, Rex Tillerson, et de leurs homologues mexicains

Washington — Le président américain, Donald Trump, a affirmé jeudi que les efforts engagés par son gouvernement pour expulser certains immigrés clandestins des États-Unis étaient « une opération militaire », des propos contredits par son ministre à la Sécurité intérieure, puis clarifiés par la Maison-Blanche.

« Vous voyez ce qui se passe à la frontière. Soudain, pour la première fois […] nous mettons les très mauvais gars dehors, et cela, à un rythme jamais vu », a-t-il déclaré au début d’une rencontre avec des dirigeants d’entreprises à la Maison-Blanche.

« Et c’est une opération militaire », a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la Maison-Blanche a assuré un peu plus tard que M. Trump avait utilisé le mot comme un « adjectif ».

« Il décrivait clairement la façon dont cela était mené », a-t-il déclaré, évoquant « un haut degré de précision».

«Pas d’expulsions massives »

À peine deux heures après les propos de Donald Trump, son secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, affirmait pourtant depuis Mexico que les États-Unis ne feront « pas usage de l’armée en matière migratoire », lors d’un point de presse au côté du secrétaire d’État, Rex Tillerson, et de leurs homologues mexicains, réunis dans le cadre de discussions censées calmer la crise diplomatique qui a éclaté entre les deux pays au sujet des clandestins et du commerce transfrontalier.

« Soyons très, très clairs. Il n’y aura pas d’expulsions massives » et Washington « ne fera pas usage de l’armée en matière migratoire », a déclaré M. Kelly.

Les agents des services de l’immigration (ICE) sont des civils, pas des militaires.

Le département de la Sécurité intérieure a autorisé mardi ces derniers à interpeller la plupart des personnes en situation irrégulière qu’ils rencontreraient dans l’exercice de leur fonction, ne faisant une exception explicite que pour les sans-papiers arrivés enfants sur le territoire, les « Dreamers ».

L’opposition démocrate au Congrès et les associations de défense des sans-papiers ont dénoncé une politique « d’expulsions de masse », un terme contesté avec force par l’exécutif.

La réunion ministérielle à Mexico vise à améliorer la relation bilatérale malmenée notamment par le projet de mur à la frontière de M. Trump et ses propos cinglants sur les clandestins mexicains qualifiés de « violeurs » et de « délinquants » durant sa campagne.


Les républicains serrent les rangs

Oxon Hill — Stephen Bannon, le conseiller stratégique du président américain Donald Trump, a qualifié à nouveau jeudi les médias de « parti d’opposition ». « Regardez comment le parti d’opposition a trahi notre campagne et est en train de trahir le gouvernement aujourd’hui », a déclaré Bannon lors d’une intervention à la conférence annuelle des conservateurs CPAC, près de Washington. Pour Bannon, les rapports avec la presse iront « de pire en pire ».

Il a par ailleurs salué le rassemblement du camp conservateur autour du nouveau locataire de la Maison-Blanche, déclarant l’avènement d’un nouveau « nationalisme économique » : « Que vous soyez populiste, libertarien ou nationaliste économique, nous regroupons de nombreuses opinions diverses. Mais le coeur de nos convictions est que nous sommes d’abord une nation, pas une économie insérée dans l’économie mondiale avec des frontières ouvertes. » La famille conservatrice, réunie jusqu’à samedi, a mis ses différends avec Donald Trump en sourdine et relégué au second plan toute réserve sur le chaos des premières semaines de la présidence, trop heureuse d’avoir reconquis la Maison-Blanche.