Donald Trump tient ses promesses anti-immigration

La signature du décret mercredi permettra au nouveau président des États-Unis d’enclencher le processus de construction d’un mur à la frontière américano-mexicaine, projet qui a été la marque de Donald Trump en campagne électorale.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse La signature du décret mercredi permettra au nouveau président des États-Unis d’enclencher le processus de construction d’un mur à la frontière américano-mexicaine, projet qui a été la marque de Donald Trump en campagne électorale.

Toujours sur sa lancée anti-immigration, Donald Trump tient ses promesses : un mur entre le Mexique et les États-Unis sera bel et bien construit. C’est une « première étape de bon sens » pour sécuriser une frontière trop« poreuse », a fait savoir mercredi le nouveau président des États-Unis par le truchement de son porte-parole, au moment de signer le décret officiel autorisant le projet.

Autre coup dur porté aux immigrants : M. Trump a également signé un décret renforçant l’application des lois migratoires, notamment pour limiter l’accès aux fonds fédéraux pour les « villes sanctuaires » qui accueillent des immigrants clandestins. Boston en fait partie, et son maire a d’ailleurs qualifié d’« attaque directe » cette décision. « Nous ne nous laisserons pas intimider par cette menace de financement fédéral… Nous ne reculerons pas d’un pouce », a déclaré Martin J. Walsh au Boston Globe. Le maire a même dit que l’hôtel de ville pourra servir de refuge pour les réfugiés et les immigrants si nécessaire.

Aussi, afin de décourager définitivement toute personne d’immigrer aux États-Unis, Donald Trump devrait prendre ce jeudi des mesures pour limiter l’accès aux réfugiés et aux détenteurs de visas venant de l’Afrique et du Moyen-Orient, comme la Libye, l’Irak et la Syrie, a indiqué le Washington Post. Les ressortissants de ces pays font déjà face à une série d’obstacles pour obtenir un visa américain.

« Le monde est un foutoir »


Dans un entretien diffusé sur ABC, Donald Trump a défendu cette mise en place annoncée du gel de l’entrée de ressortissants de certains pays musulmans en affirmant qu’il fallait agir dans un monde devenu « un foutoir complet ». « Ce n’est pas une interdiction contre les musulmans, mais cela concerne des pays qui ont beaucoup de terrorisme », a-t-il affirmé.

« Je ne veux pas de terrorisme dans ce pays », a-t-il ajouté, refusant de confirmer la liste des pays qui seraient visés par ces mesures, mais réaffirmant sa conviction que l’Europe avait fait « une énorme erreur en autorisant des millions de personnes à aller en Allemagne et dans d’autres pays ».

Le nouveau président américain ne craint-il pas que ces décisions ne génèrent plus de colère dans le monde musulman? « Colère ? Il y a déjà plein de colère. Comment pourrait-il y en avoir plus ? Le monde est un foutoir [...] Le monde est en colère », a-t-affirmé. « Nous n’aurions pas dû aller en Irak. Nous n’aurions pas dû nous en retirer de la façon dont nous l’avons fait. Le monde est un foutoir complet », martèle-t-il.


Enfin, le coup de grâce sera porté aux immigrants si le président milliardaire, en plus de vouloir expulser trois millions de clandestins, supprime, comme promis, le programme DACA mis en place sous Barack Obama et qui a permis à 750 000 sans-papiers arrivés mineurs au pays de régulariser leur situation. Déjà, en ce mois de janvier, 4000 Haïtiens sont sous le coup d’un renvoi dans leur pays, contre moins de 300 à pareille date l’an dernier. Et quelque 1600 d’entre eux ont déjà été expulsés depuis octobre dernier, les États-Unis jugeant que la situation dans leur pays s’était suffisamment améliorée pour qu’on mette fin à leur asile temporaire.

Mexico condamne


En soirée, le président mexicain Enrique Peña Nieto a condamné le projet de son homologue américain Donald Trump. « Je regrette et condamne la décision des États-Unis de continuer la construction du mur qui depuis des années, au lieu de nous unir, nous divise », a-t-il affirmé dans un bref message vidéo diffusé sur son compte Twitter.

Le président mexicain n’a pas indiqué s’il comptait annuler ou non la rencontre prévue avec le magnat républicain le 31 janvier, précisant qu’il attendrait le retour d’une délégation de haut niveau à Washington avant de prendre une décision « sur les prochaines étapes ».

« Le Mexique ne croit pas aux murs. Je l’ai dit plusieurs fois: le Mexique ne paiera pour aucun mur », a-t-il encore réagi, devant la promesse du président américain de faire payer le mur par son voisin du sud. Au Mexique, tout au long de la journée, les leaders de l’opposition ont exhorté M. Peña Nieto à ne pas se rendre à Washington la semaine prochaine pour protester contre le projet de mur de M. Trump.
 

Une idée insensée

« Dangereusement inefficace. Fiscalement irresponsable. Moralement inacceptable. » À El Paso, sur la frontière mexicano-américaine, le Hope Border Institute dénonce également vertement la charge anti-immigrants du président Trump et son idée de mur. « Ça n’a aucun sens, c’est irrationnel et c’est une décision motivée politiquement », a dit au Devoir Dylan Corbett, directeur général de cet organisme catholique qui milite pour les droits des migrants et des plus démunis. « Plusieurs espéraient que ces promesses irresponsables et dangereuses ne soient que des paroles en l’air. Mais malheureusement, ce n’est pas ce qui semble se passer. »

Donald Trump a justifié l’érection d’un tel mur en invoquant le crime organisé en Amérique centrale et le nombre croissant de migrants venant de cette région. Il a aussi laissé entendre que des terroristes pourraient plus facilement s’introduire. Or, aucun terroriste n’est arrivé aux États-Unis en provenance du Mexique et la frontière est très bien gardée, assure M. Corbett. Il rappelle qu’il existe déjà quelque 20 000 agents douaniers installés le long des 3200 kilomètres de frontière, « en plus des détecteurs, des troupes de la garde nationale, des Texas Rangers, des hélicoptères, des drones, des chiens et des chevaux ».

Il cite le représentant démocrate du Texas Beto O’Rourke qui rappelle que les États-Unis « dépensent le montant record de 19,5 milliards de dollars chaque année pour sécuriser la frontière qui, à ce jour, n’a jamais été aussi sécuritaire ».

Construire un tel mur serait donc un coup d’épée dans l’eau, croit M. Corbett. « Ça n’arrêtera pas le flux migratoire, tous ces migrants qui fuient la violence, la faim, l’instabilité politique de leur pays », dit-il. Leur passage en sera compliqué, oui, et rendu plus dangereux. « J’ai bien peur que ça empire la situation et qu’il y ait encore plus de crimes et de violations des droits de la personne. Malheureusement, ça va se compter en morts et en nombre de personnes emprisonnées dans les centres de détention. »

Malgré les sérieux doutes d’experts en fiscalité, Donald Trump a toujours affirmé que la facture pour la construction du mur serait refilée aux Mexicains. Il garantit aussi que sa construction commencera au cours des prochains mois, même si le ministre de la Sécurité intérieure, l’ancien général John Kelly, a soutenu, lors de sa récente audition en vue de son investiture, que le mur frontalier « pourrait ne pas être construit de sitôt ».

Présumée fraude

Par ailleurs, le mur entre les États-Unis et le Mexique, l’une des promesses emblématiques de la campagne de M. Trump, n’est pas l’unique chose qui provoque des tensions entre les deux pays. Le fait que le nouveau président souhaite renégocier l’ALENA ne plaît pas du tout aux autorités mexicaines. Donald Trump semble avoir jeté davantage d’huile sur le feu en annonçant qu’il allait demander « une grande enquête » sur de prétendues fraudes électorales effectuées par des Mexicains lors des scrutins de novembre. Selon lui, jusqu’à cinq millions de personnes pourraient avoir voté illégalement le 8 novembre. La preuve demeure encore à faire.

Un fonds international pour compenser la mesure Trump sur l’avortement

La Haye — Les Pays-Bas veulent lancer un fonds international pour « compenser autant que possible le coup financier » de l’interdiction par Donald Trump du financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement. La ministre néerlandaise responsable de la Coopération au développement, Lilianne Ploumen, « prendra l’initiative d’un fonds international pour offrir aux femmes dans les pays en voie de développement l’accès à de bonnes informations, à des moyens contraceptifs et à l’avortement », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Car, dit-elle, « l’interdiction de l’avortement ne mène pas à moins d’avortements, mais à plus de pratiques irresponsables dans des lieux clandestins et à plus de mortalités maternelles ». La ministre néerlandaise prendra contact cette semaine avec ses homologues en Europe et en Amérique latine pour collecter des fonds, d’après la radio-télévision publique NOS. Agence France-Presse
5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 26 janvier 2017 05 h 37

    Le délire!

    Selon Trump, le monde est devenu un ''foutoir complet'', rien de moins! Pense-t-il sérieusement corriger les choses avec l'érection d'un mur entier avec le Mexique? Une proposition insensée, délirante! Oui! Avec ce mur, le foutoir sera encore plus complet. Mais que faire devant un histrion emmuré dans sa bulle narcissique? Diable, il faut envoyer urgemment des psychiatres à la Maison Blanche!

    M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 26 janvier 2017 14 h 26

      Il a raison en ce qui concerne l'Irak. Les américains sous l'impulsion de Georges w Bush ont entraînés l'Occident dans une guerre sans fin. C'est ainsi que le monde est devenu un grand foutoir.

  • Patrick Daganaud - Abonné 26 janvier 2017 07 h 32

    C'est Trump!

    On dit d'un politicien progressiste qu'il va de l'avant.

    Trump, lui, va résolument de l'arrière.

    Quel saccage!

  • Nicole Delisle - Abonné 26 janvier 2017 09 h 38

    La démolition jour après jour! Que restera-t-il de ce pays dans 4 ans?

    À le voir ainsi, tous les jours, présenter sa signature apposée sur un décret de plus,
    on se met à penser à l'élève qui présente son travail à son enseignant pour montrer
    qu'il l'a bien fait et en attente de son approbation. M. Trump veut montrer à ses supporteurs que ses promesses seront bien réalisées. Il ne semble que faire cela depuis qu'il a pris le pouvoir, signer des décrets et montrer le tout à une certaine presse pour que ce soit diffusé. Il est entrain de mettre en place toutes les conditions
    pour que lui et ses amis millionnaires n'aient plus aucune embûche pour s'enrichir encore plus au détriment des citoyens, qui n'y voient que du feu. Ils croient toujours en lui pour retrouver un emploi et une vie meilleure. La déception n'en sera que plus grande. Trump n'est là que pour les "tromper" énormément!

    • Clermont Domingue - Abonné 26 janvier 2017 15 h 08

      Les Trumpistes sont des croyants qui accepteront de grands dégats de la part de leur messie avant de reconnaître qu'ils se sont trumpés.
      Trump est un grand sorcier qui connait plein de trucs pour mystifier les masses,