Trump impose un gel des embauches et des contrats de recherche sur les changements climatiques

Le gel décrété sur toute nouvelle embauche a été confirmé mardi par le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Le gel décrété sur toute nouvelle embauche a été confirmé mardi par le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer.

L’ère Trump n’en est qu’à ses débuts, mais le souffle du nouveau gouvernement déferle déjà dans les agences fédérales. Notamment à l’Agence de protection de l’environnement (EPA), où un gel généralisé a été décrété sur toute nouvelle embauche, subvention ou contrat de recherche et les employés ont été priés de s’abstenir de toute communication publique ou sur les réseaux sociaux.

Ce gel, confirmé mardi par le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, pourrait avoir un impact important sur les recherches menées pour lutter contre les changements climatiques, notamment sur celles déployées pour minimiser les impacts du phénomène sur la santé de la population américaine, ont commenté hier plusieurs experts. On ignore pour l’instant combien de temps durera ce gel.

« Si les politiques du gouvernement Trump rouvrent les portes à l’exploitation du charbon et du gaz de schiste, il y aura des impacts non seulement sur le réchauffement, mais aussi sur la qualité de l’air et la santé. Ce sont les Américains qui seront d’abord touchés. En ce sens, ils vont se priver eux-mêmes de données pour pouvoir mesurer l’impact de ces politiques sur la santé de leurs propres citoyens », a déploré le chercheur Pierre Gosselin, responsable scientifique du Programme Climat et Santé à l’Institut national de santé publique (INSPQ) et coordonnateur du volet santé du groupe Ouranos.

Souvenirs d’Harper

Avant même l’annonce de la relance des projets de pipeline Keystone XL et Dakota Access, des notes de service ont été envoyées lundi à diverses agences fédérales, dont l’EPA, pressant les employés de ne pas communiquer avec les médias et d’aviser le personnel politique de tout événement public ou conférence publique prévu à leur agenda. Ces directives adressées aux fonctionnaires et chercheurs de l’État rappellent grandement le bâillon imposé à plusieurs ministères et agences scientifiques sous le règne du gouvernement Harper au Canada.

Quelques jours avant l’intronisation du nouveau président, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) — les agences américaines de contrôle et de prévention des maladies — ont discrètement annulé sans raison la tenue d’un important sommet national sur la santé et les changements climatiques. Joint mardi par Le Devoir, Georges Luber, directeur associé du volet Changement climatique au CDC, a refusé d’indiquer les raisons de l’annulation de cet événement, fréquenté par le passé par des chercheurs canadiens. Il a dit devoir transmettre toute demande d’informations au département des communications.

La volte-face du CDC présagerait l’autocensure qui commence à courir dans les officines fédérales, craintives de voir leurs budgets sabrés par l’équipe Trump. Interrogés par le Washington Post, Georges Benjamin, directeur de l’Association américaine de santé publique (APHA), conférencier à ce sommet, ainsi qu’Edward Maibach, directeur du Center for Climate Change à l’Université George Mason ont déploré que les CDC aient « cédé sous la pression », craignant que cela envoie un « bien mauvais message » aux scientifiques de l’État.

Selon le chercheur Pierre Gosselin, conférencier à plusieurs des rencontres du CDC sur le climat, la réserve imposée aux agences fédérales n’est pas surprenante. La même médecine avait été assenée au CDC et à l’EPA pendant l’ère de George W. Bush. « Au cours des années 2000, les agents officiels n’étaient même pas autorisés à prononcer publiquement l’expression “changement climatique”, jusqu’à ce qu’Obama prenne le pouvoir. » À son avis, le ralentissement anticipé de la recherche sur le climat aux États-Unis aura peu d’impact sur les connaissances globales, compte tenu de l’expertise développée depuis 20 ans en Europe et dans de nombreux pays, dont le Canada.

Moins optimiste, Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace au Québec, craint plutôt l’impact global que risquent d’avoir les politiques du gouvernement Trump sur le réchauffement climatique. « Les autres pays devront en faire plus pour compenser. La bonne nouvelle, c’est que la Banque européenne d’investissement a annoncé aujourd’hui [mardi] qu’elle maintiendra pour cinq ans l’injection de 20 milliards d’euros par an dans la lutte contre les changements climatiques. »