Donald Trump à la Maison-Blanche: «l’Amérique d’abord»

Donald Trump au moment de prêter serment sur les bibles — celle que lui a donnée sa mère lorsqu’il était enfant, et celle ayant appartenu à Abraham Lincoln — que tient la première dame, Melania.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Donald Trump au moment de prêter serment sur les bibles — celle que lui a donnée sa mère lorsqu’il était enfant, et celle ayant appartenu à Abraham Lincoln — que tient la première dame, Melania.

L’ère qui s’est ouverte vendredi sur le pavé de l’Esplanade nationale de Washington pourrait bien être à l’image du nouveau président des États-Unis : imprévisible, turbulente, brutale même.

Si les Américains en doutaient encore, Donald J. Trump aura confirmé dès ses premières paroles à titre de leader du monde libre que sa présidence sera bien différente de celles de ses prédécesseurs, autant démocrates que républicains. Un discours « protectionniste » et « hypernationaliste », fort semblable à ceux de sa campagne électorale, où le nouvel occupant de la Maison-Blanche a promis de « reprendre le contrôle de cette nation »,au nom du peuple.

Rompant avec la tradition, le 45e président des États-Unis n’a ni salué les accomplissements de son prédécesseur, ni rendu hommage à son adversaire Hillary Clinton, ni appelé aux rapprochements entre adversaires, dans un pays encore divisé près de deux mois après des élections où la majorité du vote populaire a été remportée par la candidate démocrate.

Alors que la pluie commençait à tomber sur l’esplanade décidément moins achalandée que lors des précédentes intronisations présidentielles, il s’est attelé à peindre un portrait sombre des États-Unis actuels : « Un carnage américain », a-t-il dit.

L’élite ciblée

« Pendant trop longtemps, un petit groupe dans la capitale a bénéficié du gouvernement pendant que le peuple en portait le poids sur ses épaules. Washington a ainsi prospéré, mais le peuple n’a pas pu bénéficier de ces richesses », a-t-il déclaré, devant quatre ex-présidents des États-Unis impassibles et l’essentiel de l’élite politique américaine. « L’establishment se protégeait, mais négligeait les citoyens. Ses victoires n’étaient pas vos victoires ; son triomphe n’était pas votre triomphe », a-t-il ajouté, sur un ton solennel.

Photo: Jim Watson Agence France-Presse Un dernier salut de Barack Obama avant de quitter le Capitole à bord de l’hélicoptère Marine One

Pendant 17 minutes, ce qui est plutôt court en comparaison aux allocutions prononcées par ses prédécesseurs, l’homme d’affaires a promis de placer l’« Amérique d’abord », dans toutes ses décisions, envoyant un message fort aux gouvernements étrangers qui cherchaient encore à comprendre l’impact de son arrivée au pouvoir. « Chaque décision sur le commerce, sur les impôts et les taxes, sur l’immigration, sur les affaires étrangères, sera prise au bénéfice du travailleur américain […]. Nous devons protéger nos frontières des ravages d’autres pays qui fabriquent nos produits, nous volent nos compagnies et détruisent nos emplois. »

« Nous avons défendu les frontières d’autres pays tout en refusant d’en faire autant pour les nôtres, investi des trillions […] à l’étranger pendant que nos infrastructures tombaient en ruines. »

Hypernationalisme

Ce discours se voulait résolument populiste, voire hypernationaliste, souligne le sociologue américain Barry Eidlin, professeur à l’Université McGill. Il ne manque pas de relever les contradictions, « nombreuses », entre les propos tenus par le nouveau président et la composition de son cabinet. « Il a promis de faire le ménage, il critique les élites, mais son équipe, ce sont des millionnaires, des milliardaires, des habitués de Washington. Ce sont eux qui vont former les politiques du nouveau gouvernement. »

Bien que son discours traitât de problèmes socioéconomiques véritables — inégalités, criminalité, chômage important —, M. Trump a « fait appel à l’identité blanche de la classe ouvrière américaine » et a « tenté de blâmer des groupes comme les immigrants », ajoute M. Eidlin.

Au Canada d’agir

Si le style étonne, le directeur de la Chaire de recherche en sécurité et gouvernance internationale de l’Université d’Ottawa et ex-conseiller du premier ministre Trudeau en matière de politique étrangère, Roland Paris, ne voit pas de surprise de taille dans le contenu du discours. « Les messages, c’est que les États-Unis se replient, ça ne les intéresse plus de faire évoluer les structures de l’ordre mondial, pourtant construit par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. » On peut s’attendre à des relations étrangères beaucoup plus « transactionnelles », et bilatérales, selon lui.

Trump ayant promis de mettre fin à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), il importe qu’Ottawa poursuive son dialogue, formel et informel, avec Washington, ajoute-t-il.

En guise de réponse au discours de M. Trump, Justin Trudeau a répondu, dans son message de félicitations, que le Canada et les États-Unis « ont bâti l’une des relations les plus étroites du monde ». « Ce partenariat durable est essentiel à notre prospérité et à notre sécurité communes. »

Journée mouvementée

À Washington, la journée s’était ouverte par une rencontre à la Maison-Blanche entre les 44e et 45e présidents et leurs épouses, puis par un sermon du pasteur baptiste Robert Jeffress, qui s’en est déjà pris aux musulmans, aux gais et aux mormons. Il a comparé M. Trump à Néhémie, figure biblique ayant, selon la légende, reconstruit les murailles d’enceinte de Jérusalem. « Dieu n’est pas contre les murs », a-t-il plaidé, en référence au mur que promet d’ériger le président à la frontière mexicaine.

M. Trump, une fois assermenté, a signé des décrets, dont le plus important prive la loi sur l’assurance maladie « Obamacare » de tous ses moyens. Il ordonne aux diverses agences de se « soulager du poids » de cette réforme, la plus emblématique de la présidence de Barack Obama, en attendant son abrogation et son remplacement, a expliqué Sean Spicer, porte-parole de l’exécutif.

La journée a pris fin avec le premier de nombreux bals prévus en hommage au nouveau président, tandis que des manifestants protestaient, comme ils l’avaient fait toute la journée, pour dénoncer l’arrivée au pouvoir de « The Donald ». Près de 95 personnes auraient été arrêtées lors de confrontations avec les policiers, mais l’essentiel des manifestations s’est avéré pacifique.

Les réactions dans le monde

« Nous voulons tous les deux bâtir des économies où la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie ont une vraie chance de réussir. » — Justin Trudeau

Alors que Donald Trump menace de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le premier ministre canadien a rappelé qu’un partenariat durable est essentiel à la prospérité et à la sécurité des deux pays, et que le Canada et les États-Unis ont toujours maintenu des « liens solides » et des économies intégrées dont « dépendent des milliers d’emplois ».


« Dialogue respectueux. » — Peña Nieto

Dans trois messages envoyés sur Twitter, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, a félicité le nouveau président américain pour son intronisation. Après les déclarations incendiaires faites par Donald Trump sur les Mexicains et son intention d’ériger un mur aux frontières mexicaines pour contrer l’immigration, le président Peña Nieto a invité son homologue à travailler avec lui pour « renforcer la relation entre les deux pays » et à établir « un dialogue respectueux ».


« Sous votre présidence, que la stature [internationale] de l’Amérique continue à être mesurée avant tout par sa préoccupation pour les pauvres, les rejetés et ceux dans le besoin. » — Pape François

Depuis le Vatican, le pape François a offert ses bons vœux au président Trump, priant pour que Dieu lui procure « sagesse » et « force », priant pour que ces décisions soient notamment « guidées par les riches valeurs spirituelles et éthiques » du peuple américain, avec « une préoccupation pour les pauvres ».


Pendant l’intronisation de Donald Trump, Angela Merkel, présentée par certains critiques du président républicain comme la « nouvelle leader du monde libre », a passé son après-midi dans un musée de Potsdam et s’est arrêtée devant une peinture de Monet. Son porte-parole a fait savoir que son gouvernement analysera « avec intérêt » le discours de Donald Trump.


« Il n’est pas possible ni souhaitable de vouloir s’isoler de l’économie mondiale. » — François Hollande

Interrogé à quelques heures de la cérémonie d’intronisation de Trump, le président français a déclaré aux journalistes : « Si l’on fermait les frontières, comme celui qui prête aujourd’hui serment souhaite le faire, alors ce serait la remise en cause du travail partout où il peut être fait. »

8 commentaires
  • Christian Debray - Abonné 21 janvier 2017 06 h 53

    L'Amérique d'abord

    Quand le vin est tiré i faut le boire. Les É.U. ont été le leader du monde pendant un temps. Ils ont réussi à le devenir en intervenant dans les conflits mondiaux et bien d’autres et en aidant des pays à se défendre. Ils ont perdu ce statut en ne pensant qu’à eux et en appuyant des dictatures, l’« Amérique d’abord » est la fin de l’aventure, avec Trump c’est le clou dans le cercueil.
    Le discours est populiste, les actions sont égoïstes, l’Amérique d’abord va tuer l’Amérique.

  • Carmen Labelle - Abonnée 21 janvier 2017 08 h 29

    «America, America only, first»

    Ce sont ses paroles exactes. Il ne faut pas minimiser la portée de son discours .y C'est plus que de l'hypernationalisme dans la bouche de ce personnage.Il y a implicitement la notion de white and male and hetero America only. Triste jour.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 janvier 2017 08 h 46

    … ou sans mur !

    « Dieu n’est pas contre les murs » (Robert Jeffress, pasteur baptiste)

    Bien qu’il soit comparé à Néhémie, Trump, malgré les propos du pasteur, est loin de ressembler à un prophète ni comme à un quelconque d.ieu, même si, de sa présidence, il chercherait à reconstruire d’abord l’Amérique, avec …

    … ou sans mur ! – 21 jan 2017 -

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 janvier 2017 08 h 46

    … ou sans mur !

    « Dieu n’est pas contre les murs » (Robert Jeffress, pasteur baptiste)

    Bien qu’il soit comparé à Néhémie, Trump, malgré les propos du pasteur, est loin de ressembler à un prophète ni comme à un quelconque d.ieu, même si, de sa présidence, il chercherait à reconstruire d’abord l’Amérique, avec …

    … ou sans mur ! – 21 jan 2017 -

  • Yvon Bureau - Abonné 21 janvier 2017 09 h 17

    Et l'Amérique ensuite.

    L'Amérique d'abord et l'Amérique ensuite!

    Décadence en vue.

    Humanité en berne.

    In money we trust!

    America bless America! Blessant ce sera.