Donald Trump officiellement président des États-Unis

Le nouveau président américain, Donald Trump, et sa femme Melania lors de la parade inaugurale sur Pennsylvania Ave, vendredi après-midi. 
Photo: Andrew Harnik Associated Press Le nouveau président américain, Donald Trump, et sa femme Melania lors de la parade inaugurale sur Pennsylvania Ave, vendredi après-midi. 

Donald Trump est devenu vendredi le 45e président des États-Unis, promettant dans un discours sombre, offensif, aux accents résolument populistes, d’articuler sa politique autour d’un seul axe : « l’Amérique d’abord ».

Arrivé à la Maison-Blanche en fin d’après-midi, l’homme d’affaires républicain de 70 ans succède à la tête de la première puissance mondiale au démocrate Barack Obama, 55 ans, sous le regard inquiet des alliés des États-Unis, échaudés par ses déclarations tonitruantes, parfois contradictoires.

Quelques heures plus tôt, main gauche sur la Bible, main droite levée, le magnat de l’immobilier, qui arrive au pouvoir sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, avait prêté serment en plein air, sur les marches du Capitole.

« Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États-Unis », a-t-il déclaré, prêtant serment comme l’ont fait avant lui George Washington, Franklin D. Roosevelt ou encore John F. Kennedy.
 
Il a choisi pour ce faire deux bibles : la sienne, qui lui a été offerte par sa mère en 1955, et celle d’Abraham Lincoln, sauveur de l’Union, également utilisée par Barack Obama il y a quatre ans.

Regardez le serment de Donald Trump :

 

 


« L'Amérique d'abord »
Ceux qui espéraient découvrir un « président Trump » profondément différent du « candidat Trump » ont été déçus : l’homme d’affaires septuagénaire a entamé son mandat sur la même tonalité, promettant de « rendre le pouvoir au peuple ».

Dans un discours politique combatif d’une quinzaine de minutes, juste après avoir prêté serment sur la Bible, le 45e président des États-Unis a affirmé qu'« à compter d’aujourd’hui, ce sera l’Amérique d’abord et seulement l’Amérique ! ». Il a énoncé « deux règles simples : acheter américain et embaucher américain ».

« Ensemble, nous rendrons sa force à l’Amérique. Nous rendrons sa richesse à l’Amérique. Nous rendrons sa fierté à l’Amérique. Nous rendrons sa sécurité à l’Amérique. Et, oui, nous rendrons sa grandeur à l’Amérique », a-t-il conclu, brandissant le poing, image surprenante dans ce contexte.

La cérémonie, suivie en direct par des millions de personnes à travers le monde, avait un goût de revanche pour celui dont l’annonce de candidature, en juin 2015, avait été accueillie par des ricanements, chez les républicains comme chez les démocrates.

« Tout commence aujourd’hui ! » avait-il lancé dès le lever du jour sur Twitter. « LE MOUVEMENT CONTINUE, LE TRAVAIL COMMENCE ! »

 

 

Dans le respect de la tradition 


Pour cette journée historique, Donald Trump a suivi la même tradition protocolaire que ses prédécesseurs.

Après une nuit à Blair House, résidence réservée aux hôtes de marque située en face de la Maison-Blanche, le républicain et son épouse Melania se sont rendus à l’église St John, avant d’être accueillis pour un thé à la Maison-Blanche par Barack et Michelle Obama,  en compagnie également du futur vice-président Mike Pence et son épouse, puis ont rejoint le Capitole.

Photo: Jim Watson Agence France-Presse

Trois ex-président étaient déjà sur place: Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton. Hillary Clinton, adversaire malheureuse face à Donald Trump lors de l’élection du 8 novembre, était également au Capitole.

 
Après la prestation de serment, il a pris part au traditionnel défilé d’investiture qui l’a conduit jusqu’à sa nouvelle résidence, dans un mélange d’applaudissements et de huées.

« Pas mon président ! Pas mon président ! », hurlaient certains tandis que de l’autre côté de la rue ses partisans chantaient « USA », « USA » à tue-tête.

Accompagné de son épouse Melania, il a effectué l’essentiel du parcours dans la limousine présidentielle blindée, escortée par un important dispositif de sécurité. Tout sourire, le couple est cependant sorti à plusieurs reprises de voiture et a marché le long de Pennsylvania Avenue, la grande artère menant à la Maison-Blanche.

Le nouveau président et la nouvelle « First Lady » se sont ensuite rendus dans la tribune présidentielle pour assister au défilé. Il devait participer dans la soirée à trois bals « officiels » répartis dans la capitale.

Après le temps de la campagne (17 mois) et celui de la transition (deux mois et demi), voici venu celui de l’exercice du pouvoir (quatre ans) pour cet ancien animateur d’une émission de téléréalité qui a promis de « rendre sa grandeur à l’Amérique » mais fait face à un pays fracturé, tant son style et ses propos, volontiers provocateurs, divisent.
 
« Nous allons rassembler notre pays », a-t-il promis jeudi. « Donnez une chance » à mon père, a de son côté lancé sa fille Ivanka Trump.
 
Des partisans plein d'espoir
Dès avant l’aube, sous un ciel menaçant, des milliers d’Américains s’étaient rassemblés sur le National Mall. Mais les vues aériennes des immenses pelouses montraient une mobilisation populaire limitée, dans un contraste saisissant avec l’investiture de Barack Obama, au même endroit, il y a huit ans.

Chez les partisans de la première heure du républicain, l’espoir était sincère, avec la conviction d’assister au début « d’une nouvelle ère ».

« Je ne suis pas d’accord à 100 % avec la façon dont [Donald Trump] s’exprime mais c’est un homme d’affaires qui a réussi et ce n’est pas un politicien »,  dit Miguel, 54 ans. « Je pense qu’il tiendra ses promesses ».

« Il a su faire simple pour les gens moyens, et il a réussi à rassembler les gens », dit Michael Hippolito, policier new-yorkais à la retraite, habillé de vêtements camouflages.

Détentrice d’un précieux ticket lui permettant d’accéder dans la périmètre le plus proche du Capitole, Sandra Jackson-Carter, 59 ans, avait le sentiment de vivre « un moment historique ». « Il va rassembler le pays et rendre à l’Amérique sa grandeur ».

Photo: Bryan R.Smith Agence France-Presse Des centaines de personnes ont manifesté leur mécontentement devant la Tour Trump à New York, jeudi soir. 

Des manifestations hostiles se sont déroulées jeudi soir à New York, avec des célébrités comme Robert de Niro accompagnant des milliers d’habitants, et vendredi matin à Manille devant l’ambassade américaine avec des centaines de Philippins. D’autres étaient attendues vendredi à Prague, Bruxelles, Berlin ou Londres.

À Washington, dans le centre-ville, des manifestants antiracistes, féministes ou autres faisaient face à la police et aux supporteurs du milliardaire, aux cris de « Non à Trump, non au KKK, non aux Etats-Unis fascistes ! », vendredi. 


Défaire le bilan Obama

L'équipe de Donald Trump annonce déjà pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur démocrate (climat, immigration…) et à ébaucher le sien. Il pourrait en signer quelques-uns dès vendredi.

La tâche s’annonce ardue pour l’auteur du best-seller The Art of the Deal, qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses détracteurs, d’être « le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé ».

La constitution de ses équipes a été difficile tant la victoire a pris le camp républicain par surprise. Du fonctionnement quotidien de la Maison-Blanche, énorme administration, aux interactions avec les autres agences, les premières semaines pourraient être chaotiques.


Un président impopulaire


Et jamais depuis 40 ans un président américain n’avait pris le pouvoir avec un niveau d’impopularité aussi élevé.

Grâce à Twitter, le septuagénaire continue de régler quotidiennement ses comptes avec ceux qui ont émis des critiques à son égard, de John Lewis, figure du mouvement des droits civiques, à l’actrice Meryl Streep, accusée d’être le « larbin » d’Hillary Clinton.

« Il semble vouloir se battre contre tous les moulins à vent de la terre plutôt que de se concentrer sur le fait d’endosser le poste le plus important au monde », a résumé d’une formule assassine le sénateur républicain John McCain, l’une des rares voix dissidentes au sein du Grand Old Party.

   

Sur la scène internationale, le bouillant promoteur immobilier a déjà décoché ses flèches à l’encontre de la Chine, de l’OTAN ou encore de la chancelière allemande Angela Merkel.

Or c’est sur ce front que son mandat à venir suscite les plus grandes interrogations. Les dirigeants de la planète s’interrogent sur la valeur exacte à accorder à ses déclarations quand les responsables qu’il a nommés à la tête du département d’État ou du Pentagone prennent des positions apparemment inverses, comme sur la Russie de Vladimir Poutine ou l’accord nucléaire iranien.


Des vacances pour Obama


Juste après la cérémonie, Barack Obama a rejoint la base militaire d’Andrews d’où il s’est envolé pour Palm Springs, en Californie, où il a prévu de passer en famille ses premières vacances d’ancien président.

Après huit années au pouvoir, Barack Obama a lui indiqué qu’il entendait rester à l’écart de la « mêlée » pour laisser son successeur gouverner, mais à condition que certaines lignes rouges ne soient pas franchies. Il a promis de prendre la parole si « les valeurs fondamentales » de l’Amérique, de l’immigration à la liberté d’expression, étaient menacées.

« Notre démocratie, ce ne sont pas des monuments ou des bâtiments, c’est vous », a-t-il lancé juste avant de monter à bord.



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