Les adieux d'Obama en forme de mise en garde

Le 44e président américain a tenu, mercredi, la dernière conférence de presse de son mandat.
Photo: Carolyn Kaster ASsociated Press Le 44e président américain a tenu, mercredi, la dernière conférence de presse de son mandat.

« Merci beaucoup, membres de la presse. Et bonne chance. » C’est sur ces mots lourds de sens que le 44e président des États-Unis, Barack Obama, a conclu sa toute dernière conférence de presse mercredi, à deux jours de son départ de la Maison-Blanche. Bilan de 45 minutes au cours desquelles il ne s’est pas défilé.

Sur Manning et Assange

Dès la première question, Obama a été appelé à expliquer sa décision de commuer la peine de prison de 35 ans de Chelsea Manning, cette militaire transgenre qui, alors qu’elle se prénommait Bradley, avait été reconnue coupable d’avoir transmis plus de 700 000 documents classifiés Confidentiel au site WikiLeaks, en 2013.

« Je n’ai aucun problème à dire que justice a été rendue », a déclaré M. Obama, au lendemain de sa décision qui permettra à Chelsea Manning de quitter la prison pour hommes où elle est incarcérée, le 17 mai. Elle a purgé « une dure peine de prison […] elle a été jugée et elle a reconnu sa responsabilité pour son crime, la peine qu’elle a reçue était très disproportionnée », a-t-il estimé, rappelant qu’il avait commué et non annulé cette peine.

Cette commutation survient alors que le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, déclarait la semaine dernière sur Twitter qu’il ne s’opposerait pas à son extradition aux États-Unis advenant la libération de Mme Manning. Il est réfugié depuis quatre ans à l’ambassade d’Équateur à Londres. Il s’est depuis ravisé en disant qu’il exigeait sa libération immédiate. « Je ne porte pas beaucoup d’attention aux publications de M. Assange [sur Twitter] », a soutenu M. Obama. Il n’a pas voulu dire ce qui adviendrait de M. Assange à son éventuelle arrivée au pays, soutenant que cela relève de la justice américaine.

Sur la Russie

Se gardant bien de critiquer son successeur, Barack Obama a plutôt reproché à la Russie une « escalade du discours antiaméricain » qui a coïncidé avec le retour de Vladimir Poutine à la présidence de la fédération russe, en 2012. « Je pense qu’il est dans l’intérêt de l’Amérique et du monde d’avoir une relation constructive avec la Russie », a-t-il insisté, reconnaissant qu’elle est plus « difficile » et « antagoniste » que « constructive » par les temps qui courent.

Sur Israël et la Palestine

Le président âgé de 55 ans « continue d’être préoccupé par la relation israélo-palestinienne ». Le statu quo est « intenable, dangereux pour Israël, pour les Palestiniens, la région et notre sécurité nationale », a-t-il insisté, disant être arrivé en poste avec l’espoir d’en faire davantage. On ne peut forcer les deux parties à s’entendre, mais la solution à deux États est la seule qui puisse fonctionner, selon lui.

Il s’est dit « profondément inquiet », lançant une importante mise en garde à Donald Trump, qui avait promis de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem, ce qui ferait dérailler cette option. « Les électeurs israéliens et palestiniens doivent comprendre que la fenêtre est en train de se refermer », a-t-il dit.

Obama, la « belle-mère » de Trump

S’il compte se faire discret au cours des prochaines années pour laisser l’avant-plan à son successeur, Obama a affirmé qu’il prendrait la parole si les « valeurs fondamentales » de l’Amérique étaient menacées. « Je suis profondément convaincu que ça va aller », a déclaré le président sortant, sur un ton calme et rassurant. « Je mets dans cette catégorie la discrimination systématique, les obstacles au droit de vote, les tentatives visant à faire taire les voix discordantes ou la presse, ou encore l’idée d’expulser des enfants qui ont grandi ici et qui sont, à tous égards, des enfants américains. »

Se tenant devant les reporters au sein de l’imposante salle de presse de l’aile ouest de la Maison-Blanche, M. Obama y est également allé d’un vibrant plaidoyer en faveur de la liberté de la presse, si vertement critiquée par M. Trump. « Vous avoir dans ce bâtiment a permis à ce lieu de mieux fonctionner », a-t-il déclaré. Les journalistes doivent être aussi « tenaces » avec son successeur, selon lui.

Et puis, après ?

Abordant sa vie d’après la Maison-Blanche, il a insisté sur son envie de prendre du recul après huit années dans la « bulle » de Washington. « Je veux écrire, être un peu silencieux, je veux passer du temps avec mes filles. » « Je ne veux pas m’entendre parler autant », a-t-il ajouté dans un sourire, avant d’exprimer longuement sa fierté pour ses deux adolescentes.