La police de Chicago est coupable d'abus et de racisme, dit la justice

Le maire de Chicago, Rahm Emanuel, jette un regard à son chef de police, Eddie Johnson, durant la conférence de presse de la ministre de la Justice, Loretta Lynch.
Photo: Scott Olson Agence France-Presse Le maire de Chicago, Rahm Emanuel, jette un regard à son chef de police, Eddie Johnson, durant la conférence de presse de la ministre de la Justice, Loretta Lynch.

Ils ont criblé de balles de banals piétons, arrêtés brutalement des enfants qui jouaient au ballon, fait usage de pistolets électriques sur des innocents… tout ça parce qu’ils étaient Noirs. Dans un rapport dévastateur dévoilé vendredi, à quelques jours de la passation des pouvoirs entre Barack Obama et Donald Trump, le ministère de la Justice des États-Unis conclut que les policiers de Chicago ont violé « à répétition » et « de façon systémique » le quatrième amendement et institué un régime de peur dans leur ville. Reste à savoir ce que le nouveau gouvernement fera des recommandations du précédent.

Les bavures policières sont légion dans la troisième plus importante ville des États-Unis, conclut l’enquête lancée par la procureure générale Loretta Lynch. « Il existe de bonnes raisons de penser que la police de Chicago a recours de façon récurrente à un usage excessif de la force, en violation de la Constitution », a-t-elle déclaré, en référence au quatrième amendement, qui protège les Américains contre les fouilles et perquisitions sans motifs et requiert un mandat (et une sérieuse justification) pour toute perquisition.

Photo: Joshua Lott Agence France-Presse Les manifestations s’étaient multipliées à Chicago après que Laquan McDonald fut tombé sous les balles de l’agent Jason Van Dyke, aujourd’hui accusé de meurtre prémédité.

Ces pratiques s’expliquent « en bonne partie par de graves déficiences en matière de formation et de responsabilité », a-t-elle poursuivi, flanquée du maire Rahm Emanuel et du chef de la police, alors que Chicago a connu pas moins de 760 meurtres en 2016, un record.

Le rapport de 160 pages dénonce une « loi du silence » et accuse le service de police d’avoir « toléré des conduites discriminatoires sur le plan racial ».

Des enquêtes majeures

En 20 ans, la division des droits de la personne du ministère américain de la Justice a ouvert 69 enquêtes sur des services de police, dont 25 depuis l’arrivée au pouvoir d’Obama, en 2009. Ces enquêtes mènent généralement à des décrets ou des ententes entre le ministère et les services de police, obligeant ces derniers à adopter des réformes profondes.

Parmi les villes concernées figurent Miami, Cleveland, La Nouvelle-Orléans, Detroit, Seattle, Los Angeles et Pittsburgh.

À Chicago, le point de rupture aura été la diffusion d’une vidéo troublante montrant l’assassinat de Laquan McDonald, un Noir de 17 ans, par le policier Jason Van Dyke. Les images, diffusées plus d’un an après les faits et après moult pressions populaires, démontrent que le jeune homme ne présentait aucun danger immédiat : il marchait au milieu de la rue, tenant dans sa main un objet (un couteau selon les policiers), mais en ne faisant aucun geste menaçant à l’encontre des policiers qui l’accostent.

Alors que l’adolescent se rangeait sur le côté de la route, Van Dyke a visé et tiré. McDonald gît au sol, recouvert de sang, mais le policier blanc continue de vider son chargeur. Pas moins de seize balles se logeront dans le corps de l’adolescent.

Devant les preuves accablantes, Van Dyke a été accusé de meurtre avec préméditation, et le chef de la police de Chicago, Garry McCarthy, a été mis à la porte.

Cette histoire n’en est qu’une parmi d’autres relatées dans l’imposant document. En plus du coût humain, les bavures ont des conséquences non négligeables sur les finances de la Ville : Chicago aurait versé pas moins de 642 millions en indemnisations pour des actes posés par ses policiers de 2004 à 2015, selon l’organisme Better Government Association. Ce dernier estimait à 70 le nombre de personnes tuées par la police de la Ville entre 2010 et 2013, soit nettement plus que toute autre ville américaine.

Accord en vue… juste avant Trump

Loretta Lynch a indiqué que le maire Emanuel et son ministère étaient sur le point de s’entendre sur un accord concernant les réformes qui s’imposent. Parmi elles figurent l’installation d’une caméra sur l’uniforme des policiers de Chicago et l’embauche de centaines de nouveaux agents.

Les partisans de ces réformes ont fait preuve d’optimisme par rapport à la réalisation de celles-ci, malgré la transition à la présidence, puisqu’elle fait l’objet d’un consensus à Chicago. Mais le démocrate Bobby Rush, qui siège au Congrès, a pressé Chicago et le gouvernement fédéral d’agir avant l’entrée en poste de M. Trump. « Cela ne peut être laissé au gouvernement Trump. Parce qu’on ne peut pas lui faire confiance. C’est notre dernière chance, à notre avis, d’obtenir cette réforme. Sous Obama. »

Chose certaine, le nombre d’enquêtes déclenchées par Washington devrait chuter avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui s’est posé en « candidat de la loi et de l’ordre » dans la récente course à la présidence, mais également comme défenseur des policiers quant aux mouvements populaires tels que Black Lives Matter. Son candidat au poste de procureur général, le sénateur Jeff Sessions, de l’Alabama, a aussi exprimé son scepticisme par rapport à ce genre d’exercice, y voyant une forme d’ingérence politique.

Dans ses discours, Trump s’est jusqu’à présent exprimé contre certaines de ces réformes, notamment pour ce qui est de rendre les caméras individuelles obligatoires.

« Selon les messages que l’on reçoit jusqu’à maintenant, avec la campagne et la comparution de M. Sessions devant le Sénat, où il a laissé entendre que ces processus minaient l’efficacité policière, ce discours de la loi et de l’ordre risque de primer les réformes », soutient Francis Langlois, membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et spécialiste de la question des armes à feu aux États-Unis. Suivant les émeutes de Baltimore, près du tiers des 15 000 organisations policières américaines ont procédé à des efforts de modernisation, notamment avec la pose de caméras personnelles, a-t-il souligné.

 

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1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2017 06 h 07

    300,000 milles ou un million de morts

    des tueurs par omissions ou peut etre par haine, comme il en a tellement, en fait n'est ce pas l'histoire du monde, Sadam Hassad en a combien sur la conscience