Trump dénonce les «fausses informations» le liant à Moscou

Donald Trump a tenu sa première conférence de presse depuis son élection, il y a deux mois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Donald Trump a tenu sa première conférence de presse depuis son élection, il y a deux mois.

Revoyez l'intégrale de la première conférence de presse du président désigné des États-Unis.

 

Le président élu américain Donald Trump a laissé éclater sa colère mercredi contre les « fausses informations » diffusées par des médias américains sur des liens allégués avec la Russie, tout en admettant le rôle de Vladimir Poutine dans les piratages du parti démocrate.

« Ce sont de fausses informations. C’est bidon. Ces choses ne se sont jamais passées. Et cela a été obtenu par nos adversaires », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tendue à la Trump Tower de New York, réagissant à la publication par le site Buzzfeed de 35 pages de notes alléguant de liens entre l’entourage du milliardaire et le Kremlin.

Selon ces documents, à l’authenticité incertaine, les services d’espionnage russes disposent également d’informations compromettantes (« kompromat ») compilées au fil des années, notamment sur des rencontres avec des prostituées de l’homme d’affaires à Moscou. Le Kremlin a nié l’existence d’un tel dossier.

 

Ces notes ont été rédigées de juin à décembre 2016 par un ancien agent du renseignement britannique, Christopher Steele selon le Wall Street Journal, pour le compte d’opposants politiques au candidat Trump. Elles circulaient depuis des semaines à Washington, notamment dans plusieurs médias qui tentaient d’en confirmer les éléments indépendamment.

Séance de questions houleuse
Devant plus de 250 journalistes, le magnat de 70 ans a tâché de projeter l’image d’un homme prêt à assumer les responsabilités, évoquant la réforme de la santé, la prochaine construction d’un mur à la frontière mexicaine, ou une prochaine réorganisation des appels d’offres pour l’industrie pharmaceutique.

Mais, visiblement furieux de la diffusion des allégations russes, il a volé dans les plumes du site Buzzfeed et d’un reporter de CNN, à qui il a refusé d’accorder une question.

 
La chaîne d’information n’a pas publié les 35 pages, mais a rapporté mardi que les chefs du renseignement américain en avaient présenté un résumé de deux pages vendredi lors d’une rencontre avec M. Trump, ce que l’entourage de ce dernier a démenti.
 

« En ce qui concerne Buzzfeed, qui est un tas d’ordures sur le déclin, ils vont en subir les conséquences, ils les subissent déjà », a prévenu le président. 

« C’est bon, j’ai compris… vous en avez d’autres ? »
, a-t-il lancé à un autre journaliste qui enchaînait les questions. « Cela a été relaté de manière assez exacte par le New York Times », a-t-il asséné un peu plus tard évoquant ses projets sur Obamacare.

 
Donald Trump s'en est longuement pris au correspondant de CNN, assis au premier rang, qui tentait en vain de poser une question. « Non, pas vous ! Votre organisation est horrible. Taisez-vous ! Non, je ne vous donnerai pas de question. »
 

Le futur commandant en chef s’en est aussi pris aux services américains, se demandant à haute voix s’ils n’étaient pas la source des fuites de ces notes à Washington.

« Je pense que c’est scandaleux, scandaleux, que les agences de renseignements aient permis [la publication] d’une information, qui s’est révélée être erronée et fausse », a-t-il dit. « C’est le genre de choses que l’Allemagne nazie faisait. »

 
Cette attaque contre le renseignement a en retour déclenché une réponse cinglante de l’administration sortante. Ces critiques sont « très malavisées », a lâché le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest.

Au Congrès, l’opposition démocrate ne s’apaisait pas. L’élu Jim McGovern a relevé que « Trump refuse de dire si son équipe avait eu des contacts avec la Russie pendant la campagne ».
 

Trump admet le rôle de la Russie dans les piratages

Mais le successeur de Barack Obama a admis, pour la première fois clairement, que la Russie de Vladimir Poutine avait bien commandité le piratage informatique du parti démocrate d’Hillary Clinton pendant la campagne électorale. La divulgation sur Wikileaks de milliers de messages avait grandement déstabilisé la candidate.

M. Trump doutait jusqu’à présent du consensus du renseignement américain, qui a publiquement accusé le président russe d’avoir lancé une campagne de piratages et de désinformation pour discréditer la démocrate et doper les chances du candidat républicain.

« En ce qui concerne le piratage, je pense que c’était la Russie », a déclaré M. Trump, ajoutant immédiatement : « Mais je pense aussi que nous avons été piratés par d’autres pays, d’autres gens. »

Cela dit, il n’a pas modifié sa ligne consistant à prôner un rapprochement avec Moscou, encore récemment sanctionné par Barack Obama en décembre pour ses cyberattaques.

Poutine « ne devrait pas faire cela. Il ne le fera pas. La Russie aura beaucoup plus de respect pour notre pays quand je le dirigerai que lorsque d’autres gens le dirigeaient », a promis le républicain.

L'empire Trump cédé à ses deux fils aînés

Le milliardaire a également annoncé lors de cette conférence de presse d’environ une heure qu’il confierait la direction de l’organisation familiale à ses fils adultes Eric et Donald Jr., ainsi que d’autres mesures destinées à empêcher d’éventuels conflits d’intérêts.

Une avocate du milliardaire a dévoilé un catalogue de réformes, notamment la promesse que les bénéfices issus de clients gouvernementaux étrangers résidant dans ses hôtels seraient donnés au Trésor américain.

L’organisation Trump renoncera à tout nouveau contrat à l’étranger, et les contrats aux États-Unis devront être approuvés par un conseiller éthique nommé à la direction du groupe, une nébuleuse non cotée en Bourse, avec des activités dans 20 pays, de l’Écosse à Dubaï via les Philippines, de l’hôtellerie au mannequinat en passant par les clubs de golf et les gratte-ciel résidentiels.

L’homme d’affaires restera actionnaire des multiples entités de la Trump Organization, mais démissionnera de toutes ses fonctions, et ne participera pas à sa gestion.

« Mes deux fils, ici même, Don et Eric, vont diriger l’entreprise, a déclaré Donald Trump. Ils n’en parleront pas avec moi. »

La fille du magnat Ivanka, qui était comme ses frères vice-présidente de l’organisation, quittera aussi la direction pour se consacrer à ses jeunes enfants à Washington, où elle et son mari, Jared Kushner, vont déménager. Le gendre du président a été nommé haut conseiller à la Maison-Blanche.

13 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 11 janvier 2017 13 h 12

    Ionesco, dramaturge de l'absurde, aurait été ravi!

    Quelle conférence de presse indigne d'un président américain. Plus décousu que cela, tu meurs! Je ne puis coire ques les Américains vont vivre quatre ans de présidence Trump. Malheur de malheur!

    M.L.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 11 janvier 2017 15 h 49

      Le pire c'est qu'il y a des millions qui l'appuient et qui continuent à croire personnage de télé-réalité. C'est la fin de l'empire américain, rien de moins.

    • François Dugal - Inscrit 11 janvier 2017 16 h 26

      Nos amis américains vivent dans le civilisation du divertissement intégral, monsieur Lebel. L'information est devenue du divertissement, l'éducation est devenue du divertissement, l'art est devenu du divertissement, même la nourriture est du divertissement. Ce qui n'est pas divertissant n'existe tout simplement pas.
      Avouez que monsieur Trump "leur en donne pour leur argent".
      "Four more years" / Encore quatre ans !

    • Claude Poulin - Abonné 11 janvier 2017 17 h 33

      Soyez patient M. Lebel! Ça ne peut pas durer très longtemps. C'est trop gros, trop absurde. Et la fin risque d'être encore plus dramatique. Maheureusement

    • François Dugal - Inscrit 11 janvier 2017 21 h 08

      Après Ionesco, permettez-moi d'ajouter Kafka et Camus, monsieur Lebel.

  • Marc Therrien - Abonné 11 janvier 2017 16 h 56

    Franz Kafka, sort de ces corps!

    Ce théâtre absurde commence à prendre une tournure cauchemardesque et sinistre digne d’un scénario «kafkaïen». Dans le monde de l’arbitraire de la norme et des croyances, qu’elle est la Loi Commune que tout le monde sauf Trump semble comprendre et maîtriser ? Quel est le crime ? Qui est le juge ? Comme dans le «Procès de Kafka», j’imagine Trump déclarer : «Je suis innocent !» et les représentants de la société ou de la Loi lui demander : «innocent de quoi ?»

    Vont-ils persister tous ensemble à créer, par ce jeu d’interrogations qui ne trouveront jamais de réponses convaincantes, un labyrinthe où il ne peut y avoir d’échappatoire ?

    Marc Therrien

  • Gilles St-Pierre - Abonné 11 janvier 2017 17 h 02

    Rarement n'aurait-on si bien fait...

    ...la démonstration de: "Qui choisi, prend pire".
    Ce que beaucoup d'électeurs aujourd’hui doivent se mordre les pouces et se repentir, les pauvres.

    Il devient de plus en plus évident que ce personnage n'est pas en mesure de présider et prendre la gouverne de cet empire; les voilà bien mal pris nos voisins du sud. Est-ce que le Congrès est en mesure de rectifier le tir? Obama doit-il effectuer la passation des pouvoirs de la présidence à ce dément menteur? Les républicains, qui ont la pire aversion contre les russes, ont du pain sur la planche et il ne nous reste plus qu'à leur souhaiter bonne chance.

    Que leur God leur bénisse leur Amérique et les sauve de ce terrible tourment.

  • Pierre Schneider - Inscrit 11 janvier 2017 17 h 09

    Beau lapsus

    À 29mm. "I could also could run the company" ( au lieu du mot country).

    Nos voisins seront administrés comme une compagnie privée et non comme un pays.

    Beau programme.

  • Jacques Perreault - Abonné 11 janvier 2017 17 h 11

    Le 21,la poussiere tombe.
    Suivons plutôt nos affaires ici.
    Clinton..les Busch et Obama n'ont rien changé pour nous.

    • Georges Normand - Abonné 12 janvier 2017 04 h 41

      Un peu vite dit monsieur Perreault. Que dire du foutoir de Bush ? Cela n'a rien changé pour nous ? Le 11 sept, l'Irak, l'EI, la Syrie, la Libye ... La sécurité nationale et ses coûts qui ne cessent de monter, l'immigration intercontinentale. Le monde a changé et nous en faisons partie. Un peu vite dit monsieur.